DzActiviste.info Publié le lun 26 Mai 2014

ELWATAN-ALHABIB 2014-05-26 06:53:00

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L’âme piégée par le pétrole, l’histoire et le parti unique absolu
 
 
 
 
 
 

par Kamel Daoud

Pourquoi nous n’avons pas d’Etat ? Pourquoi avons-nous seulement un «Pouvoir» ? Pourquoi on a tendance à gouverner ainsi, de cette manière précisément, en Algérie ? Trois réponses selon les gens qui pensent : le pétrole, l’histoire, l’ALN-FLN. Au choix donc. La piste du pétrole est simple : un Pouvoir qui peut se passer de l’impôt peut se passer de son peuple et devient un régime. Cela se voit dans les yeux de Bouteflika quand il nous regarde à peine. Cela se ressent dans les grandes décisions que l’on prend sans nous. Cela se vérifie dans les élections, dans l’isolement des élites, la faiblesse de la classe moyenne et dans les traditions de la répression. Le Régime a son argent de poche qui lui vient du pétrole, pas de nous et donc il se comporte avec indépendance, morgue, insolence et mépris. Au mieux, il vit dans sa bulle. Il peut décider de vendre du gaz de schiste sans se gêner. C’est ce qui explique un peu la tendance monarchiste du régime.

La seconde piste ? C’est l’histoire ALN-FLN. Mémoire de notre gloire, raison de nos asservissements. Selon les historiens, c’est à cette époque où le pays était encore dans le ventre du pays, en 54, que tout s’est joué : primauté du militaire sur le civil, de la frontière sur la zone d’Alger, d’Alger sur les gens, du peuple sur les meilleurs et du populisme sur le réel. C’est à cette époque que l’on a consolidé le système de la trahison et de la méfiance, de l’armée comme corde d’amarre et corde au cou de la nation, du parti unique, du populisme, du centralisme et de la clandestinité du Pouvoir. C’est l’histoire de la guerre de Libération qui nous coûte encore en termes de construction d’un Etat fort. Cette mémoire empêche la construction de l’Etat et donne au régime cette vocation de maquis face à la plaine.

La troisième piste ? C’est celle que discuta un peu Hamrouche avec le chroniqueur : l’histoire. Pas celle de 54 jusqu’à votre dernière tasse de café, mais l’histoire des 50 premières pages déchirées de notre mémoire. Il y a un étrange et fascinant atavisme dans la nature du régime algérien. Il a des tendances ouvertes à imiter les colons (sans moi, c’est le chaos ou les marais), un penchant à imiter les Ottomans et leur mode de désignation du Dey (ou de l’assassinat du Dey), une vocation à rejouer les janissaires et les Barberousse. L’Algérie a même des cycles de réédition de ses messianismes à la Ibn Toumert, des fièvres de fanatisme, des cycles d’émirats fanatiques et de royaume religieux. L’histoire « sans Etat » de l’Algérie est beaucoup plus longue que l’histoire de son indépendance, fera remarquer Hamrouche lors de son passage à Oran. Le régime garde souvenir de ses anciennes natures et les Algériens rééditent un peu parfois leur anciens comportements dissidents ou saccageurs : face à la ville, face à l’urbain, face à l’espace communautaire, face au rite, face à l’autorité centrale, face à l’impôt ou face à la loi. On fait des appels de phares pour signaler un radar de route mais on est peu solidaires pour sauver le pays ou préserver son écologie. Cela nous vient de l’histoire coloniale, de l’histoire ottomane, espagnole ou romaine. On se souvient mieux de comment contourner les lois que de ce qu’a tenté le Roi Jugurtha.

A la fin ? Il nous faut monter loin et profond. Pour comprendre ce pour quoi on n’a jamais eu un pays et ce pour quoi il faut absolument sauver celui que l’on possède enfin et qui nous obsède. Car un étrange cycle est en mode depuis deux décennies presque : nous sommes passés du régime centraliste collégial au messalisme du premier mandat. Puis du messalisme du premier mandat à la régence d’Alger et, aujourd’hui, depuis les dernières élections, on est passé de la régence d’Alger aux premières monarchies du Moyen-Âge avec un éclatement discret du pays entre régions, clans et tribus. Cap sur la préhistoire, si on n’analyse pas très vite notre histoire. Tout cela ne nous aide pas à construire un Etat. Et tout cela nous pousse à en construire au plus vite.


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