DzActiviste.info Publié le dim 14 Avr 2013

Emeutes du logement. Le Wali de Ouargla gèle la liste

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Houria Alioua
El Watan le 12.04.13

Emeutes-Ouargla-2013Edifices saccagés et brûlés, voitures incendiées, routes bloquées, fumée de bombes lacrymogènes persistante, pneus en feu et amas de cailloux dans tous les sens.

Telle était l’image chaotique de Ouargla, hier, alors que les protestataires d’une liste de logements sociaux affichée mercredi matin ont dévasté la ville et semé la panique au sein de la population. Vingt-sept policiers ont été blessés dans les affrontements. L’un d’entre eux est dans un état grave. Les autorités ont demandé des renforts aux wilayas voisines pour renforcer la sécurité des bâtiments publics. Le wali de Ouargla a décidé hier dans la soirée de geler la liste des bénéficiares et a annoncé la constitution d’une cellule de crise pour contenir la colère de la rue. Il a ordonné une enquête en déclarant que personne n’était au-dessus des lois de la République. Après une grève de trois jours, les écoles ont prolongé le débrayage, les commerces ont baissé rideau dans la matinée et les boulangeries ont décrété une journée sans pain, peu après la fournée de 6h.

En 48 heures à peine, Ouargla a renoué avec les violentes émeutes d’antan, où tous les édifices publics et privés sont caillassés et mis à sac par des jeunes en furie qui viennent de partout sans qu’aucun dispositif sécuritaire ne les dissuade. Les casseurs s’en sont pris de nouveau, hier matin, au siège de la daïra. L’extension externe a été incendiée avec des cocktails Molotov. Les casseurs, qui avaient brûlé des pneus usagés et lapidé les bâtisses et des véhicules de passage s’en sont ensuite pris au nouveau siège de la CNEP-Banque, une agence à l’entrée du Ksar dont les travaux ont pris plusieurs décennies et qui vient d’être sérieusement détériorée. L’agence Mobilis, la CNAS et le parc communal ont également été saccagée et incendiée. Des photographes ont été pris à partie par des émeutiers qui leur ont confisqué leur matériel. Les affrontements avec les forces de l’ordre se poursuivent depuis mercredi matin à travers plusieurs quartiers, à Gherbouz, Mekhadma, Saïd Otba et le Ksar.

Les jeunes sont en colère et sont particulièrement violents car, selon eux, la liste de bénéficiaires de logements est majoritairement féminine : «Des jeunes filles célibataires, bnat eljamiaa, braouia, des personnes étrangères à la wilaya, alors que les demandes des locaux sont dans les tiroirs de l’administration depuis 1995 pour certains ainsi qu’un favoritisme pour les nouveaux dossiers, histoire de bâcler le travail et mieux servir les copains !» Le chef de daïra de Ouargla a réussi à amplifier la colère en affichant un sentiment de devoir accompli, et saluant le comportement civique des habitants de Rouissat, qui auraient d’ores et déjà présenté des requêtes réglementaires et recommandant aux mécontents «de faire un recours au lieu de tout casser» et d’attendre les nouvelles enquêtes sociales que ce dernier supervisera en personne.

Les notables et élus si actifs pour contrecarrer la marche du 14 mars et pour être aux premières loges lors des visites ministérielles, sont invisibles. 696 logements ont été attribués alors que plus de 12 000 demandeurs attendent depuis deux ans cette distribution. C’est dire que cette liste suscitait les convoitises des uns et les désirs de dérapage des autres. Des désirs contrariés lors du rassemblement pacifique du 14 mars. Comment expliquer sinon la persistance du recours au tout-sécuritaire après les promesses et engagements personnels du chef de daïra. Ce dernier avait non seulement promis que les dossiers seraient traités rapidement, mais aussi que cela serait fait dans la transparence et l’impartialité totales de l’administration.

Espoirs

A la faveur des espoirs suscités par la marche du 14 mars dernier et par les engagements du Premier ministre, cette liste entachée d’irrégularités, présentée à ce moment précis de bouillonnement social venu du Sud, ne pouvait que susciter un soulèvement. «Les citoyens qui se sont rassemblés mercredi matin devant le siège de la daïra de Ouargla pour prendre connaissance de la liste des bénéficiaires de ces fameux logements sociaux croyaient sûrement que les choses avaient changé», se désole un citoyen. Seul changement notable, le P/APC de Ouargla qui a dénoncé, par un communiqué officiel, la liste qu’il considère «illégitime» et «irrégulière». Djezzar Adelhamid avait refusé de signer la liste bien avant son affichage.

Il vient d’oser ce que personne n’a fait avant lui : dire non à l’administration. Membre d’une commission de distribution présidée par le chef de daïra et où il n’a pas son mot à dire, ce dernier a demandé le gel et la révision de la liste, soulignant que «l’opération nécessite des enquêtes sociales plus approfondies pour déterminer les vrais bénéficiaires, ceux répondant aux critères réglementaires». Le P/APC est également le seul responsable à avoir appelé les émeutiers au calme allant jusqu’à demander des comptes au chef de daïra et à la commission de distribution qu’il rend responsables des derniers troubles. A l’heure où nous mettions sous presse, les affrontements se poursuivaient dans le centre-ville s’étendant à Beni Thour et Aïn Beïda après le caillassage et le pillage des établissements étatiques de l’artère principale de la ville, alors que le commissariat central se situe à quelques mètres seulement.

Des logements de mauvaise qualité :

Les nouveaux logements sociaux ressemblent à ceux construits auparavant qui polluent l’espace saharien, tout en ne réglant pas une crise de logement qui persiste. Des bâtiments en béton à deux, trois et quatre étages et à perte de vue.

Des bâtisses hideuses aux mille malfaçons, avec de minuscules cellules pour chambres, des boiseries et du carrelage de mauvais choix, des canalisations qui ne fonctionnent pas, etc.

Ces logements sociaux sont situés au milieu des dunes, à 8 km de Ouargla, dans la cité-dortoir de Hai Ennasr communément appelé El Khafdji… n’en déplaise à Abdelmadjid Tebboune qui prône la réalisation de logements sahariens adaptés au relief et au climat hostile du désert pour offrir un meilleur cadre de vie aux habitants du Sahara, où il fait déjà 38° C et où il en fera bientôt 50. H. A.

Notre collaborateur arrêté :

Mohamed Ali Algmi, notre collaborateur du bureau de Ouargla, a été interpellé et maintenu dans les bureaux de la police judiciaire pendant plus de trois heures sous prétexte qu’il n’avait pas d’autorisation de photographier le siège incendié de la daïra de Ouargla et qu’il n’était pas muni d’un ordre de mission explicitement dédié à la prise de photos. Il n’a été relâché qu’après réception d’un ordre de mission ou la couverture des émeutes a été précisément mentionnée. H. A.

Houria Alioua


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