DzActiviste.info Publié le mer 16 Oct 2013

En Algérie, les transferts sociaux sont élevés, mais leur impact demeure faible

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Aissa Bouziane, Maghreb Emergent, 15 octobre 2013

100224Feature3Photo1-650_429L’Algérie consacre le tiers de son PIB aux transferts sociaux, mais ces sommes énormes n’ont pas l’impact souhaité sur la vie des Algériens.

L’Algérie peine à organiser la solidarité nationale. Malgré des transferts sociaux très élevés, qui atteignent le tiers du PIB, les prestations demeurent de faible niveau, et leur impact est contesté par de larges franges de la société. Spécialistes et défenseurs d’une politique de droite attaquent souvent les subventions, mettant en cause leur utilité ainsi que leur aspect populiste et démagogique. A travers les subventions, le gouvernement cherche la paix sociale, non l’efficacité de l’aide », souligne un économiste, pour qui cette confusion provoque un dévoiement de la politique sociale dès le départ : le gouvernement peine à définir qui peut bénéficier de l’aide sociale et des subventions. « Soutenir le prix du carburant équivaut à soutenir les propriétaires de véhicules, dont une majorité est constituée des couches moyennes et supérieures », qui devraient être exclues des subventions, selon cet économiste. Pour lui, le gouvernement « a abdiqué » quand il a décidé de subventionner des produits au lieu de cibler des catégories sociales ». En l’absence de chiffres précis, le gouvernement se contente d’approximations. Mme Souad Benadjaballah, ministre de la solidarité, de la famille et de la condition féminine, a admis que, pour tout recensement, elle se base sur le célèbre couffin du Ramadhan, distribué aux familles nécessiteuses, et sur le filet social. Selon elle, 1.6 millions de foyers ont été recensés pour bénéficier de l’aide de l’Etat. Cela donne au total entre huit et dix millions de personnes qui nécessitent une aide de base.

Distorsions

Les transferts sociaux budgétisés s’élèvent à 28.3 milliards de dollars, mais les subventions implicites sont presque aussi élevées, avec 26.6 milliards de dollars, selon Ali Aïssaoui, senior consultant à Arab Petroleum Investments Corporation. Au total, cet économiste évalue donc les subventions à 54.9 milliards de dollars, soit un peu plus de 30% du PIB de l’Algérie. Dans ce qui est budgétisé, 25% des transferts sont consacrés aux produits alimentaires de base, 29% à la santé, à l’éducation et aux transports, 46% aux logements et aux prêts bonifiés qui y sont associés. Dans les « subventions implicites », il cite notamment l’eau (16%), l’électricité (13%), le gaz (31%) et les produits pétroliers (40%). Le poids de ces subventions est « difficilement supportable » à terme, selon M. Aïssaoui. « Le gouvernement semble faire une fixation sur les objectifs souhaités, en ignorant les inconvénients et les distorsions », ajoute-t-il. Il cite les objectifs souhaités par le gouvernement, qui veut « favoriser le développement industriel », fournir de la nourriture, de l’eau et de l’énergie à un prix « abordable », et « assurer le bien-être social et la protection des ménages à faible revenu ». Mais au lieu de cela, ces mesures débouchent, selon lui, sur « la corruption et la recherche de la rente », des « distorsions dans l’allocation des ressources, la surconsommation et la contrebande », ainsi que « des avantages disproportionnés aux ménages à revenu élevé ».

Une efficacité contestée

Après un pic en 2012, consécutif aux émeutes de janvier 2011, les transferts sociaux repartent à la hausse en 2014, selon le projet de loi de finances adopté fin septembre en conseil des ministres. Le gouvernement ne s’en cache pas. M. Karim Djoudi, ministre des finances, a ainsi affirmé que « le gouvernement « met en œuvre une politique de préservation du pouvoir d’achat des citoyens et des populations ». Il a cité à ce sujet « l’effort déterminant de soutien des prix des produits et des services de base », ce qui « a permis le maintien d’une inflation à un niveau raisonnable ». Pour 2014, toutes les subventions et aides déjà en vigueur seront maintenues, selon le projet de loi de finances, actuellement débattu au parlement. Elles devraient même augmenter de 106 milliards de dinars (1.5 milliards de dollars). Difficile de les réviser alors que l’Algérie s’apprête à organiser une élection présidentielle en avril prochain. Mais ces aides ne permettent pas d’éviter des émeutes, des grèves et des actes de violence. Un dirigeant syndical met également en cause « l’incurie de l’administration », qui « aggrave les gaspillages décidées par le gouvernement » pour aboutir à « une aide sociale mais inefficace »


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