DzActiviste.info Publié le ven 12 Oct 2012

Enquête sur l’arrestation et l’inculpation de Yacine Zaid, l’homme qui refuse de se taire

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Arrêté lundi 1 octobre devant un barrage de police à l’entrée de la ville de Hassi-Messaoud, 800 km au sud d’Alger, le syndicaliste et militant des droits de l’homme Yacine Zaid a été molesté par un policier en présence de deux collègues avant d’être présenté devant le procureur. Placé sous mandat de dépôt, il comparaitra lundi prochain devant le tribunal de Ouargla pour «agression d’un agent de l’ordre ».


Son arrestation provoque un tollé en Algérie et à l’étranger alors que les autorités sont accusées d’avoir monté une cabale pour faire taire un militant gênant.Un mouvement de solidarité s’est noué autour de Yacine, des rassemblements sont organisés en Algérie et en France et des parlementaires européens interpellent le gouvernement algérien pour demander sa libération immédiate.
DNA a interrogé longuement l’épouse de Yacine Zaid, plusieurs témoins ainsi qu’un de ses avocats. Voici le récit de l’affaire tel que nous l’avons reconstitué à partir de ces témoignages directs.
Lundi 1 octobre, Yacine Zaid, 41 ans, syndicaliste et militants des droits de l’homme, se rend dans la ville de Hassi-Messaoud, zone pétrolière ultra sécurisée pour une affaire administrative.
Dans le bus, il est accompagné de son ami Aibek, chômeur et membre de la ligue des droits de l’homme.
Arrivé devant un barrage de police, le bus s’arrête. Les policiers ordonnent aux voyageurs de descendre, munis de leurs pièces d’identité. Pour entrer à Hassi-Messaoud, le saint des saints du pétrole algérien, il faut impérativement un sauf-conduit.
« Eteins ce  téléphone »
Les contrôles effectués, tous les voyageurs repartent. Sauf Yacine Zaid. Les policiers ordonnent au conducteur de démarrer. « Celui-ci reste avec eux ! » Le bus démarre. Yacine prend alors son téléphone portable et informe un membre de la ligue des droits de l’homme. « Ils m’ont embarqué. » L’alerte est lancée.
« Eteins ce  téléphone », lui ordonne un des policiers avant que le portable ne soit saisi, ainsi que les bagages et l’ordinateur du syndicaliste. Yacine est menotté dans le dos et conduit dans la logia qui sert de bureau de contrôle.
Télégramme d’observation
L’arrestation est effectuée sur la base d’un télégramme d’observation lequel demande un contrôle et une fouille minutieuse de Yacine Zaid dans les barrages ou au niveau des postes frontaliers. D’où émane ce télégramme ? D’une autorité militaire, avance un avocat du syndicaliste.
C’est sur la base de ce télégramme qu’il avait été enquiquiné le 13 septembre 2011 à l’aéroport d’Alger alors qu’il s’apprêtait à ce rendre à Dublin, en Irlande. L’homme est donc fiché et surveillé…
A l’intérieur de la logia, trois policiers en uniforme entourent Yacine assis sur une chaise. Deux de chaque côté, à droite et à gauche, et un troisième au milieu qui insulte Yacine, l’abreuve de gros mots, avant de lui donner, deux, trois gifles.
Le policier provoque Yacine alors que celui-ci est toujours menotté : « Tu veux me frapper ? Me frappez ? », lui lance le policier.
Aibek qui a refusé de monter dans le bus, assiste à la scène. « Un seul policier était chargé de donner des gifles à Yacine, témoignage-t-il. Mon ami avait toujours les mains derrière le dos, menottes aux poignets. Yacine ne pouvait donc pas se défendre, en aucun cas…»
Comment osez-vous humilier un citoyen?
Aibek interpelle alors les policiers : « Pourquoi le frappez-vous ? Vous êtes des hagarine (oppresseurs), vous n’avez pas le droit de l’humilier ainsi… » Un des policiers lui demande de dégager les lieux…
Habitué aux intimidations des forces de l’ordre, Yacine reste calme mais menace ses interlocuteurs : « Vous allez le payer très cher, dit-il. Je vais déposer plainte contre vous. Comment osez-vous humilier un citoyen et frapper un militant des droits de l’homme ? »
Quand ils découvrent que Yacine est un militant des droits de l’homme, grande gueule, pas intimidé, droit dans ses bottes, pas le type à se laisser faire, les policiers expliquent alors avoir reçu des instructions pour procéder à un contrôle d’identité. Le fameux télégramme d’observation émanant de l’autorité militaire.
Voulaient-ils le provoquer pour qu’il commette une erreur qui lui vaudrait des poursuites ? Ont-ils agi par excès de zèle ?
Maintenant que tu refuses les excuses…
Toujours est-il que, selon le récit fait par Yacine à son épouse, un policier tente à un arrangement : il demandera des excuses au syndicaliste et « l’affaire s’arrêtera là… »
Se sentant humilié, bafoué dans son intégrité physique et morale, Yacine repousse l’offre. Les policiers se braquent. « Maintenant que tu refuses les excuses, lui dit en substance l’un d’eux, on va procéder autrement. Nous allons dire que tu as frappé le policier et que tu l’as insulté…»
Sa femme est catégorique : Yacine ne pouvait pas esquisser le moindre geste dès lors qu’il avait les menottes aux poignets.
Le commissariat central de Ouargla est alors avertit de l’arrestation de Yacine Zaid. Un 4×4 de couleur blanche arrive sur les lieux. Deux policiers embarquent rudement le militant, toujours menotté.
L’alerte est lancée
Entre temps, l’alerte est déjà donnée et l’information circule dans les médias et sur les réseaux sociaux. Les amis du syndicaliste, les organisations des droits de l’homme, les associations, s’activent pour sensibiliser sur le cas de Yacine et demander aux autorités de le libérer.
Dans le commissariat, Yacine sera entendu par les agents de la police judiciaire. Il refuse de signer le PV d’audition.
• Lire Menotté lors de son arrestation : Le certificat médical de Yacine Zaid fait état de blessures
Le soir, vers 20 h30, il est autorisé à communiquer brièvement avec son épouse. « Ne t’inquiètes pas, je suis au commissariat, lui dit-il. Je vais bien. Demain je passe devant le procureur. » Première nuit au commissariat central de Ouargla.
Chez le procureur
Le lendemain, l’attente sera longue avant de passer devant le bureau du magistrat. Alors que l’audition est prévue dans la matinée du mardi, Yacine sera finalement auditionné dans l’après-midi.
Devant le procureur, il livre sa version des faits. Entre temps, une plainte est rédigée et déposée contre lui par un policier pour agression. Négligence ou précipitation, la plainte n’était pas accompagnée d’un certificat médical qui attesterait que l’agent a reçu des coups.
Dans la même journée, des avocats ont été contactés par ses amis, mais personne n’a pu arriver à temps pour l’assister dans son audition.
Mandat de dépôt
Il n’empêche : le procureur ordonne la mise sous mandat de dépôt de Yacine Zaid et sa mise en examen pour un seul chef d’inculpation : « agression d’un agent de l’ordre public » sur la base de l’article 144 du code pénal. Sa comparution est fixée pour lundi 8 octobre.
Le prévenu risque de deux mois à deux ans d’emprisonnement et une amende de 1000 à 500 000 dinars.
Première nuit de prison
Yacine passera mardi 2 octobre sa première nuit de prison. A l’intérieur, des prisonniers le reconnaissent. Il faut croire que l’homme fait régulièrement parler de lui depuis deux années pour ses activités syndicalistes, ses campagnes de solidarité en faveur des familles démunies et pour ses démêlées judiciaires.
Le lendemain, il reçoit sa femme qui lui rend visite. Fraichement marié, le couple s’est déjà préparé aux multiples tracasseries. L’épouse le trouve avec un t-shirt blanc sale « alors que Yacine est un homme est très propre ». Elle l’informe du vaste mouvement de solidarité né autour de sa cause et des démarches engagées pour obtenir sa libération. « Yacine est content, combattif et confiant », confie-t-elle.
Plainte contre le policier
Son avocate de Hassi-Messaoud, celle-là même qui l’a défendu à maintes reprises dans les procès intentés contre lui par une multinationale de Hassi Messaoud, s’entretient avec Yacine au parloir.
Décision est prise de porter plainte contre pour coups et blessures. Selon maitre Sidhoum, autre avocat de la défense, la plainte devrait être déposée dans la journée du jeudi avec à l’appui un certificat médical.
« Yacine portait au moins des traces au cou alors qu’au cours de son interpellation et de son admission au commissariat il avait les mains menottées », avance l’avocate.

Lire l’article original : Enquête sur l’arrestation et l’inculpation de Yacine Zaid, l’homme qui refuse de se taire | DNA – Dernières nouvelles d’Algérie


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