DzActiviste.info Publié le mar 21 Mai 2013

Entretien accordé à H24Infos : La "paix froide" va continuer» entre le Maroc et l’Algérie

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Qu’est-ce qui pourrait changer entre le Maroc et l’Algérie si le président Bouteflika décède? L’Algérie, qui fait face à des défis internes, ne risque pas de chambouler sa diplomatie. Akram Belkaïd, journaliste algérien, nous livre son analyse.

Akram Belkaïd est journaliste et essayiste algérien. Il vient de publier Retours en Algérie (Editions Carnetsnord, mai 2013). Il travaille avec Le Quotidien d’Oran, Afrique Magazine, Géo et Le Monde Diplomatique. Au fait des arcanes du pouvoir algérien, il livre à H24info son analyse de la crise politique traversée par l’Algérie à cause de la maladie et des rumeurs de décès du Président algérien. Il explique aussi ce qu’un éventuel décès de Bouteflika pourrait avoir comme impact sur les relations entre les deux frères ennemis.

Comment interpréter les informations contradictoires, entre version officielle et information de presse sur l’Etat de santé du président Algérien ?
C’est une chose habituelle, propre au système algérien. A la fin des années 1970, il avait fallu plusieurs mois avant que les autorités ne reconnaissent la maladie du président Boumediene. Aujourd’hui, ces éléments contradictoires démontrent à quel point le système algérien préfère le silence et refuse la transparence. D’ailleurs, la règle en la matière est simple : ceux qui savent se taisent et ceux qui parlent sont ceux qui ne savent rien. Je pense aussi qu’il y a un flottement au sommet de l’Etat sur la manière dont doivent être organisées les choses pour la suite.

Si jamais Bouteflika décède. Que prévoit la constitution algérienne ? Que risque-t-il de se passer ?
La Constitution prévoit qu’il y aura un intérim assuré par Abdelkader Bensalah, le Président du Conseil de la Nation. Cela durera le temps que de nouvelles élections soient convoquées. Quant à savoir ce qui va se passer, personne n’est capable de le prévoir aujourd’hui. Une chose est certaine, le système algérien va faire en sorte que le formalisme soit respecté et que le processus électorale présente toutes les garanties de validité. Quant à savoir ce qui va se passer en coulisse… J’imagine qu’il y aura un « beauty contest » entre divers candidats…

Qui préside aux affaires de l’Etat algérien pendant la période de maladie du président ?
L’exécutif n’a pas cessé de fonctionner car, ne l’oublions pas, cela fait déjà plusieurs années que le président algérien est malade et diminué. En fait, le système fonctionne par à-coup. Les décisions ordinaires sont prises au quotidien mais rien n’est décidé pour les grands dossiers. C’est cela qui est inquiétant. L’Algérie fait du surplace même si sa bonne santé financière donne le change.

Quel impact le décès de Bouteflika pourrait-il avoir sur les relations maroco-algériennes ?
Il n’est pas sûr qu’il y aura un impact immédiat. Le successeur de Bouteflika devra d’abord faire face à nombre d’enjeux internes et je le vois mal prendre une initiative majeure à destination du Maroc. Le scénario d’une « paix froide » telle qu’elle existe depuis plusieurs décennies est le plus probable même si une grande surprise est possible. De toutes les façons, ce n’est pas un seul homme, aussi puissant soit-il, qui changera la donne. Il faudrait que deux élans, algérien et marocain, se rencontrent.

Les médias internationaux pronostiquent l’arrivée d’une aile dure aux commandes de l’Algérie si le président, considéré comme un des derniers représentants de l’ancienne garde, venait effectivement à mourir ?
Dès qu’il s’agit d’Algérie, nombre de médias étrangers aiment à imaginer des scénarii catastrophiques. Certes, le risque d’une succession heurtée est là. Mais, c’est aussi un pays qui a vu pire notamment durant les années 1990. La société algérienne n’a pas envie de revenir à des temps difficiles où elle serait privée de la relative aisance dont elle bénéficie. Peut-être que l’arrivée au pouvoir d’un représentant de la génération post-Guerre d’Algérie aidera à faire évoluer le système politique en place depuis l’indépendance. Il y a urgence à faire face aux grands défis de l’Algérie : santé, éducation, diversification de l’économie.

Y’aura-t-il un changement dans la gestion par l’Algérie du dossier du Sahara et sur la question de l’ouverture des frontières entre les deux pays dans ce cas ? 
Sur le Sahara, il ne faut pas s’attendre à des changements sauf à imaginer un rapprochement spectaculaire entre l’Algérie et le Maroc. Alger continuera de défendre l’option du référendum d’autodétermination. Par contre, on peut imaginer un geste de détente à propos de la frontière mais, là aussi, cela passera nécessairement par une négociation globale. Et, à ce sujet, les déclarations récentes de certains politiciens marocains parlant de recours à la force pour reprendre certaines villes a eu un effet des plus déplorables. La situation entre nos deux pays est déjà difficile, il est complètement irresponsable d’en rajouter !

Propos recueillis par Z.C.
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