DzActiviste.info Publié le jeu 11 Oct 2012

Entretien exclusif avec Anwar Haddam

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Par Said Radjef . 11 octobre 2012

« Il est temps pour que les putschistes et leurs alliés laissent le peuple choisir librement ses représentants et son autorité politique. »

Figure de proue de l’opposition algérienne et acteur actif de St Egidio, Anwar Haddam vit en exil aux USA. Membre influent du FIS, il fera l’objet d’une compagne de dénigrements d’une rare férocité de la part du régime militaire et de ses relais.

Radjef Said : Bonsoir Mr Anwar Haddam. Juste quelques semaines après le décès du premier président de l’Algérie indépendante en l’occurrence Ahmed Benbella, nous venons de perdre un autre président en la personne de Chadli Bendjedid. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

Anwar Haddam : Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Mr. Said Radjef, Assalam et merci pour cet entretien. Permettez-moi de présenter ici encore une fois mes sincères condoléances à la famille du défunt Président Chadli Bendjedid. Nous demandons à Allah de lui pardonner et accorder Sa miséricorde et inspirer sa famille de la patience. Il n’ya pas de doute que l’homme faisait partie du système politique dictatorial et corrompu de l’Algérie d’après l’indépendance; il est au fait peut être l’un des fondateurs de ce terrible système imposé à notre peuple par la force. De son temps et même durant son règne plusieurs crimes ont été commis contre notre peuple, des crimes économiques, politiques et même des meurtres contre des opposants à ce régime sanguinaire. Cependant, comme je l’ai exprimé en plusieurs occasions, et de son vivant, il faut reconnaitre que l’homme était honnête avec son peuple dans sa tentative de réformer les conditions du pays et celles du peuple, particulièrement vers la fin de son règne. Avec sa disparition, l’Algérie vient de perdre un homme sage qui aurait pu contribuer, dans le cadre d’un éventuel conseil national de sages, à la résolution de la crise du choix de l’autorité politique qui perdure en Algérie depuis son indépendance et qui est la cause de tous ses problèmes. Il est regrettable qu’il lui ait été impossible de publier ses mémoires avant sa mort. Avec le verrouillage politique et médiatique que subit notre peuple, je doute fort d’ailleurs que ces véritables mémoires seront publiées. Aujourd’hui déjà certains pseudo-journalistes de service nous révèlent des « scoops » sur le soi-disant contenu de ces mémoires. On veut nous faire avaler par ces « scoops » que le défunt aurait décidé de dissoudre le Parlement le 4 Janvier 1992, le jour même où il fait publier les résultats des élections législatives au Journal Officiel de La République. Quelle contradiction! Selon ces apprentis journalistes de service, le défunt aurait décidé de dissoudre le Parlement afin d’empêcher ce Belkhadem de devenir Président de la République, rappelons le, selon la Constitution, par Intérim et pour une duré de 45 jours seulement! Le pouvoir en place à Alger n’a aucun respect pour notre peuple, il n’arrête pas d’insulter l’intelligence de notre peuple glorieux ! Ce que je vais déclarer ici serait peut être politiquement incorrect pour certains confrères de l’opposition. Cependant, étant donné la situation de notre pays, mon sens de responsabilité et mon amour pour mon pays et mon peuple, tout cela me pousse à exprimer ouvertement mon souhait qu’il y’ai une ou plusieurs personnes parmi les véritables « décideurs » actuels du pays qui auraient le courage de prendre eux aussi, comme le défunt Chadli, la décision, celle d’hommes d’état dignes de ce nom, d’engager le pays vers de véritables reformes et vers un nouveau système politique qui serait effectivement représentatif du peuple dans sa diversité. Il faut bien sure cette fois- ci qu’ils aillent jusqu’au bout et ne « s’arrêtent » pas en cours de route. Pour ma part, comme nous l’avions fait durant la période du frère AbdelKader Hachani avec le Président Chadli, Allah yerhamhoum, je tendrais la main à ces personnes courageuses, et je serais prêt à participer à leur coté à la reconstruction de notre pays. La situation de notre pays est grave, les futures de notre peuple et son unité nationale sont en danger!

Radjef Said : Selon vous quelle est la situation dans notre pays ?

Anwar Haddam : Malgré la richesse merveilleuse de notre pays l’Algérie et son immense potentiel humain et matériel, notre peuple vit une faillite sociale devenue intolérable. En effet, ceux qui suivent la situation de notre Algérie constatent clairement les effets négatifs de la politique poursuivie par ces autoproclamés « décideurs » depuis leur coup d’état militaire du 11 Janvier 1992 contre le choix du peuple, afin d’assurer la continuité de leur emprise sur les institutions de l’état. Une Politique dangereuse et irresponsable qui a conduit notre pays vers une profonde crise multidimensionnelle et qui est devenue une véritable menace pour l’avenir du pays et la cohésion sociale de notre peuple.
Rappelons qu’en 1988, l’Etat été au bord de la faillite à cause des politiques suivies par le pouvoir en place à Alger depuis l’indépendance de 1962 ; 80% des entreprises de l’état (le secteur privé été pratiquement inexistant) étaient dans la zone rouge. Après 25 ans de régime militaire avec pour façade un parti unique, les Algériens ont réalisé que le passage d’une société vers une autre plus juste et productive est d’une importance capitale, et aucune réforme, dans n’importe lequel des secteurs de la vie, ne peut réussir sans la participation du peuple par le biais de ses représentants démocratiquement élus.

Je suis de ceux qui ont toujours pensé que le Président Chadli avait compris cela. Il s’été engagé alors à respecter cet appel exprimé par le peuple à travers ses jeunes lors des événements d’Octobre 1988 – ou le printemps /soulèvement populaire Algérien. Ainsi, il a engagé une série de reformes politiques. Malheureusement une poignée de criminels hors-la-loi, civils et militaires, tous nostalgiques d’une certaine Algérie Française, ont décidé autrement. Ils ont orchestré un coup d’état militaire contre le choix du peuple, causant une tragédie nationale dont les blessures profondes attendent toujours à être pansées. 20 après ce coup d’état ignoble, malgré la rente pétrolière et toute l’aide qui leur été accordée par la communauté internationale, ces putschistes «sauveurs de la démocratie » en Algérie n’ont fait qu’ empirer la situation socio-politico-économique du pays. Ils n’arrivent pas à comprendre que toute réforme de la situation dans le pays sera vouée à l’échec si elle ne concerne pas le système politique et la manière dont les décisions politiques sont prises.

Ainsi, concernant la situation sociale par exemple: il y’a un mépris excessif pour le simple citoyen: un désordre total et programmé dans les services publics, des marchés des fruits et légumes dispersés dans les trottoirs et les routes sans système de soins de minimum ou de nettoyage, il est vrai que dernièrement le régime commence à s’attaquer à ce problème qu’il a lui-même entretenu depuis des années…. La fraude sévit à tous les niveaux, ainsi que la dilapidation de la richesse nationale et la rashwa…Une nouvelle classe d’un richissime si insultant est apparue au même moment qu’une autre d’une pauvreté incroyable dans un pays si riche en réserve de monnaies étrangères et en ressources naturelles vitales ! Tout cela afin de protéger la démocratie en Algérie!

En plus de tout cela, il ya la situation préoccupante à nos frontières du Sud du pays , cette « partie utile » de l’Algérie comme certains occidentaux aiment le décrire. La situation au Nord du Mali est dangereuse et. Nous sommes contre toute présence militaire étrangère, dans toutes ses formes, en Algérie ou dans notre région. Le pouvoir en place à Alger du fait de son illégitimité populaire et constitutionnelle est incapable de faire face à une telle situation qui menace directement la sécurité nationale de notre pays.

Il est temps pour que les putschistes et leurs alliés laissent le peuple choisir librement ses représentants et son autorité politique. Les Janvieristes ont essuyé un grand échec dans la construction d’un état dans lequel le citoyen jouira de la liberté et dont l’économie sera solide, crédible, et capable de rivaliser et d’être compétitif dans le système économique mondial. Cela est dû à l’absence de pouvoir politique émanant du peuple et reflétant sa diversité. 50 ans après son indépendance, notre peuple a le droit de se doter d’un système politique qui lui permettra d’atteindre l’objectif de la guerre de libération du 1er Novembre 1954 : obtenir l’indépendance nationale par : 1- restaurer l’Etat algérien, souverain, démocratique et social, dans le cadre des principes de l’Islam. 2- Respect des libertés fondamentales, sans discrimination ethnique ou religieuse.

Notre Algérie a un grand potentiel pour se développer et assurer un haut niveau de vie pour notre peuple tout entier. Les problèmes courants de l’Algérie ne sont pas impossibles à résoudre. En effet, les valeurs de solidarité sociale et d’aide mutuelle, qui sont des expressions de notre identité nationale, sont des capitaux très significatifs. Notre peuple a réalisé beaucoup de succès dans beaucoup de situations impossibles à travers l’histoire. Cependant, pour accomplir ceci, l’Algérie doit être gérée par des représentants du peuple, dûment élus, possédant l’intégrité, la volonté politique et la détermination pour employer efficacement les grands potentiels du pays. En effet, notre Algérie a une terre fertile et des ressources naturelles souterraines, une population jeune et dynamique, un héritage culturel historique très riche, une tradition riche et profondément enracinée de diversité et de respect de pluralisme, un potentiel entreprenant important avec des possibilités élevées permettant à notre pays de faire face à la compétition internationale, et une position géostratégique, qui peut l’aider à assumer un rôle influent dans notre région Maghrébine et Méditerranéenne. Aussi, notre Algérie a un grand potentiel d’attraction pour le tourisme avec sa beauté naturelle unique et ses emplacements historiques. Il est temps d’ouvrir le champ politique afin de permettre à des représentants élus du peuple de mobiliser ce grand potentiel de l’Algérie, de réaliser ainsi la prospérité de notre peuple dans sa diversité, et reconstituer la respectabilité de notre pays.

Le système politique actuel, qui n’a aucune légitimité populaire ou constitutionnelle, est devenu une véritable menace pour l’avenir du pays, son tissu social, et les intérêts stratégiques de notre peuple. Il est temps d’intensifier les efforts pour entreprendre le changement, et mettre un terme à l’aventure si coûteuse du 11 Janvier.

Radjef Said : Contrairement aux dictatures arabes, l’Algérie n’a pas été touchée par la fièvre du printemps arabe. Y a-t-il pour autant une exception algérienne ?

Anwar Haddam : En effet, étant donné la situation de notre pays, beaucoup se posent de telles questions: pour quand la révolution Algérienne ? Y-a-t-il une exception algérienne ? La réponse est que le changement de système politique en Algérie est inévitable. Cependant il ne se réalisera pas de la même manière que celui de nos pays voisins. D’ailleurs le changement dû au soulèvement populaire en Tunisie est différent de celui d’Egypte, de Libye, du Maroc, du Yémen, ou de la Syrie. Il faut bien comprendre et analyser la situation de chaque pays. Je pense que pour nous en Algérie, nous vivons l’étape post-soulèvement. Il ya 20 ans, le peuple algérien a été seul parmi les peuples de la région à se lever contre le pouvoir dictatorial en place, et de manière tout à fait pacifique. Mais malheureusement il été justement seul… c’est pour cela que les putschistes ont transformé cet effort pacifique pour un système politique représentatif du peuple en une tragédie nationale avec plus de 250000 victimes, des milliers de torturés et de disparus, des centaines de milliers de déplacés au sein du pays ou forcés vers l’exile …et tout cela avec la bénédiction de la communauté internationale ! Ainsi, les peuples de la région bénéficient aujourd’hui de l’expérience algérienne et tant mieux pour nos peuples frères. Les pouvoirs en place et leurs alliés étrangers ont une grande difficulté à manipuler les peuples révoltés vers la violence et le terrorisme. Aussi, le pouvoir en place à Alger ne pourra pas garder l’Algérie isolée de son nouvel environnement.

Dans cette période post-soulèvement, qui certes perdure dans notre pays, nous avions à résoudre d’abord un problème crucial afin de réussir le changement souhaité. Il s’agit celui de « la relation entre le civile et le militaire ». Celle relation constitue à mon avis, l’obstacle majeur devant tout changement démocratique réel chez nous en Algérie. Les pays voisins du printemps arabe commencent à se rendre compte de cette réalité. Car même s’ils ce sont débarrassé du dictateur, le système politique dictatorial est toujours en place. Nous aurons ainsi à partager nos expériences avec nos voisins sur le comment résoudre ce problème qui devient de plus en plus apparent dans tous ces pays. Il ne fait aucun doute que tout gouvernement a besoin d’une armée et des services de renseignement afin de surmonter les défis et les menaces potentielles de sécurité que connaît le pays. L’information et sa compréhension sont nécessaires pour comprendre le contexte stratégique et les développements potentiels de sécurité, y compris les risques de sécurité et opportunités, ainsi que les actions, inactions, les motivations et les stratégies des ennemis actuels et potentiels de l’État. L’information et sa compréhension sont essentielles dans l’identification des intérêts stratégiques nationaux, l’élaboration de politiques de sécurité et des stratégies efficaces, définition des rôles et des missions adéquates pour les forces de sécurité, et l’élaboration des doctrines et des opérations.

Cependant, insister uniquement sur l’efficacité des services de renseignement est dangereux pour la démocratie. L’efficacité dépend généralement sur le secret, ce qui cause, comme c’est le cas chez nous en Algérie, des abus et protège les services de toute forme de contrôle et de responsabilisation. Ce qui constitue un obstacle majeur devant tout effort de transition démocratique.

Ainsi, afin de réussir le changement, l’Algérie a besoin de maintenir les services de renseignement loin de la politique et des partis politiques; ils sont la pour servir l’État et les citoyens. La transparence de la gestion des forces armées et de sécurité est nécessaire et crucial non seulement pour prévenir des actes répréhensibles tels que la dilapidation de la richesse du pays, les violations des droits de l’homme, mais aussi pour aider à améliorer l’efficacité du renseignement pour la protection des intérêts stratégiques nationaux.

En somme, afin de réussir le changement tant souhaité par notre peuple, l’Algérie a besoin de réformes démocratiques des forces armées et de sécurité. La démocratie veut que celles-ci soient politiquement neutres, transparentes, responsables, et efficaces. Aussi, une véritable réforme démocratique des forces armées et de sécurité implique des reformes en vue d’établir un cadre institutionnel où les gouvernements civils démocratiquement élus contrôlent l’armée et les agences de renseignement tout en maximisant leur potentiel d’efficacité. Le défi consiste à développer et maintenir des forces armées et de renseignement qui protègent la démocratie et sont démocratiquement responsables.

Radjef Said : A quoi vous fait penser l’affirmation selon laquelle le printemps arabe est un complot d’inspiration sioniste soutenu par l’Occident ?

Anwar Haddam : Je pense que c’est une vue trop simpliste, et qui reflète l’ignorance de ses auteurs aussi bien de la réalité occidentale que de celle, et surtout, de nos peuples. En effet, il est clair que les grands centres d’études stratégiques Américains et Européens, avec toutes leurs études et analyses, n’ont pas vu venir ces soulèvements populaires Tunisiens et autres. Cependant, il est sure aussi que les occidentaux se sont réveillés rapidement et ainsi font tout afin de défendre ce qu’ils pensent être leurs intérêts nationaux. Comme il ne faut pas oublier que ces soulèvement ont permis à leur peuples de se débarrasser seulement de leurs dictateurs respectifs; les dictatures et leurs systèmes politiques sont encore en place. Ainsi beaucoup reste à faire pour réussir un véritable changement. Il faut aussi que les nouveaux dirigeants des pays du printemps arabe engagent les pays occidentaux afin de définir ensemble une nouvelle économie politique des relations internationales qui protégerait les intérêts stratégiques des uns et des autres …

Radjef Said : Les peuples arabes sont coincés entre des régimes despotiques et la voracité de la haute finance internationale qui brandit l’argument des droits de l’homme pour spolier tout sur son passage. Que vous inspire cette situation tragique aux allures kafkaïennes ? N’avez-vous pas l’impression qu’on est entre le cholera et la peste ?

Anwar Haddam : Je pense ces régimes despotiques au fait sont les protégés des big corporations et de la haute finance internationale. Ces dernières utilisent en effet l’argument des droits de l’homme afin d’exploiter plus nos ressources naturelles. Cela devra pousser tous les peuples de la région à assumer leur diversités respectives, et en tenant compte de leurs spécificités, à s’unir autour d’un projet national propre à chacun d’eux pour le changement tant souhaité.

Radjef Said : Etes vous de ceux qui pensent que les divisions qui déchirent l’opposition algérienne est un gage de la démocratie ?

Anwar Haddam : Cela serait vrai dans le cadre d’un système démocratique bien établi. On parlera alors non pas de déchirement de l’opposition, mais plutôt de compétition démocratique entre partis politiques pour gagner la confiance du peuple pour le servir. Malheureusement ce n’est pas le cas pour notre cher pays l’Algérie. Nous subissons un système dictatorial fermé. Ainsi, la coopération et le consensus est crucial lors de l’étape de la construction d’un nouveau système politique qui serait représentatif du peuple dans sa diversité. L’intérêt national suprême nous demande aujourd’hui à nous tous, Algériens et Algériennes, d’assumer nos responsabilités, de dépasser nos différences idéologiques et politiques, et d’œuvrer ensemble afin de préparer les conditions propices pour que le changement du système politique soit compréhensif et réel. Ce système politique doit répondre aux aspirations du peuple et refléter sa diversité, éviter à notre pays le chaos, et mettre un terme à la faillite sociale et à la dilapidation des ressources humaines et matérielles de notre pays, il doit combattre tous les maux qui entravent son développement national. Un changement consensuel pacifique, bien accompagné, entrepris de manière graduelle et responsable, qui soumettrait l’Etat à la disposition du peuple pour protéger ses intérêts stratégiques et les éléments nécessaires pour son développement, comme les ressources énergétiques, l’agriculture, la sécurité alimentaire et militaire, et pour parvenir à la paix et la stabilité de l’Algérie et des pays voisins.

Afin que le changement nous conduise vers un système politique meilleur, sans causer à notre peuple de nouvelles souffrances, notre pays a besoin de nous tous et il faut sans délai avoir une nouvelle vision de la situation et son traitement; une vision capable de comprendre clairement les exigences du présent et de formuler un modèle alternatif et réaliste au système politique actuel répondant aux attentes de tous les Algériens de différents courants, et leur ouvrant à tous, sans exclusion, de nouveaux horizons.

Radjef Said : Quel est votre sentiment sur les prochaines élections locales ? Êtes-vous prêt à des alliances avec d’autres forces politiques pour une sortie de crise sans violence ?

Anwar Haddam : Concernant la première partie de votre question, sur les élections locales : Je pense qu’un régime de putschistes qui ont opposé un veto contre le choix du peuple ne peuple organiser des élections libres et transparentes. Je me demande comment, après la mascarade des élections du 10 Mai 2012, il y est encore des partis qui veulent encore une fois participer à d’autres élections organisées par ce même régime corrompu. Quelle honte !

Quant à votre deuxième question : Êtes-vous prêt à des alliances avec d’autres forces politiques pour une sortie de crise sans violence ?

La réponse est oui, absolument. En effet, l’action politique demandée aujourd’hui est celle qui permettrait d’ouvrir la voie à tous les citoyens de dépasser leurs différences, et d’intensifier leurs efforts pour réaliser un consensus national engageant tout un chacun à respecter des principes fondamentaux et essentiels pour un système politique nouveau; des principes inspirés de la lutte du peuple pour la liberté, la dignité, et la justice sociale. Pour cela, nous dans le Mouvement pour la Liberté & la Justice Sociale (MLJS), appelons les mouvements de jeunes et la classe politique à prendre ensemble l’initiative de créer une dynamique politique en coordonnant nos efforts, et en communiquant directement avec le peuple, afin d’apporter le changement souhaité du système politique.

Radjef Said : Beaucoup de jeunes universitaires m’ont chargé de vous demander des explications sur l’attentat du boulevard Amirouche. Qu’avez-vous à leur dire à ce sujet et que vous inspire la presse algérienne ?

Anwar Haddam : J’avais publié en 2006 une mise point au sujet de ma contribution aux efforts nationaux entrepris, au lendemain du coup d’état du 11 Janvier 1992, pour le retour à la légalité constitutionnelle, aussi bien qu’en ma qualité de Président de la Délégation Parlementaire du FIS à l’Etranger, de Mars 1992 à Aout 2002, qu’en tant que Conseiller Politique du Bureau National Exécutif du FIS, de Septembre 2002 à Octobre 2004, où j’avais rappelle ma mission et sa nature, telle qu’elle m’a été définie par le Bureau National Exécutif. Elle a été principalement : a) d’exprimer à l’opinion internationale les souffrances du peuple Algérien, suite au crime du 11 Janvier 1992, et ses aspirations à l’exercice de sa souveraineté, à la liberté, et à la justice sociale. b) de dévoiler la véritable nature du pouvoir en place issu de l’arrêt du processus électoral. c)d’œuvrer pour l’élaboration d’une solution politique juste et durable à la crise Algérienne.

La presse nationale refuse jusqu’à aujourd’hui de publier cette mise au point, comme elle a refusé de publier mes communiqués dans le passé: cela dit beaucoup sur cette media algérienne muselée. Aussi, j’avais dans cette mise point rappelé ma position sur l’usage de la force dans le conflit algérien, que j’ai exprimé au nom du FIS tant de fois dans les années 90, et qui se résume comme suit:

« Le FIS, basé sur son interprétation de l’Islam, a toujours exprimé son outrage à l’assassinat de civils, en particulier les femmes et les enfants. Le FIS condamne également l’assassinat des membres des familles des « Forces Spéciales » et cela malgré les actes horribles commis par ces «forces de terreur.

Le FIS s’oppose à, et condamne toute attaque contre des individus, femmes ou hommes, qui exercent leur droit d’expression d’une manière pacifique, tels que les politiciens, écrivains, ou journalistes, qui ne dirigent pas ou ne prennent pas part directement aux opérations dites de sécurité contre notre peuple.
La lutte de notre peuple se passe en Algérie et est limitée d l’intérieur de ses frontières, et est une lutte contre la junte qui a confisqué le choix du peuple et qui s’est imposé par la force des armes. »
Ainsi, toutes mes déclarations publiques ou privées, prouvent que tout en soutenant politiquement et fermement le droit du peuple de défendre ses institutions constitutionnellement choisies, j’ai toujours condamné avec la même fermeté le terrorisme et l’usage de la violence à des fins politiques, et j’ai toujours prôné la solution politique à la crise politique que traverse l’Algérie.

Quant aux accusations de certaines medias concernant mes réactions à certains événements qu’à vécu notre pays durant la décennie sombre qui a suivi l’arrêt du processus électoral, et qui, malgré mes maintes clarifications à leur sujet, sont toujours reprises par certains cercles, à chaque fois que sont annoncées des mesures pour tourner cette page triste imposée à notre peuple, comme cela est le cas de l’affaire de l’attaque du Commissariat Central du Boulevard Amirouche d’ Alger, j’avais précisé encore une fois entre autres sur cette affaires ce qui suit: J’ai condamné ce fâcheux incident, dans le seul communiqué issu à ce sujet et datée du 5 Février 1995, en déclarant clairement tout à fait au début du texte que: «Parmi les principes de base du Djihad en Islam, figurent celui de ne point tuer les enfants; les vieillards, les innocents de façon générale, ainsi que celui interdisant de supplicier la personne humaine, quelque soit sa race ou sa religion». Ainsi, contrairement aux accusations de certaines medias, je n’ai donc jamais proclamé la responsabilité de l’attentat. Comme il est bien indiqué dans son long titre, c’était un Communiqué explicatif à propos de l’attentat après les interprétations tendancieuses d’une partie des medias.

J’ai déclaré aussi dans ce communiqué que:

1) « Le commissariat central d’Alger, haut lieu de torture et d’exécution connu de tout un chacun, était apparemment visé.» où le terme ‘apparemment’ a été utilisé parce que l’information reçue, après les faits, par la Délégation Parlementaire n’étais pas d’une source direct,

2) la constitution en toute urgence «d’un comité indépendant afin d’enquêter sur tous les actes terroristes et les graves atteintes aux droits de l’homme. »

En conclusion, tout en assumant mon entière responsabilité des conséquences de ma mission au sein du FIS lors de ces années, je rejette catégoriquement toutes les accusations non fondées faites jusqu’à ce jour par des cercles connus pour leur opposition farouche à tout effort entrepris pour une réconciliation nationale réellement inclusive. Comme je continuerais In Sha Allah à œuvrer pour le rétablissement de la vérité sur tous les crimes commis contre notre peuple, pour l’élaboration d’une solution politique juste et durable à la crise Algérienne, ainsi que pour les libertés fondamentales et justice sociale en Algérie.
Radjef Said : Je vous remercie Mr Anwar Haddam de la disponibilité dont vous avez fait preuve pour répondre à des questions qui font encore bégayer notre histoire.

Entretien par Said Radjef
11 octobre 2012


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