DzActiviste.info Publié le mer 5 Fév 2014

Entretien: «Le coût et l’impact écologique n’incitent pas à exploiter le gaz de schiste»

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Pour le professeur et expert économique de l’université Alger III, Khelifa Omar, l’Algérie devrait réfléchir à d’autres alternatives énergétiques et éviter l’exploitation du gaz de schiste pas uniquement pour des raisons économiques mais surtout écologiques.

Algérie News :Récemment, le ministère de l’Energie et des Mines avait annoncé la découverte d’un important gisement pétrolifère estimé à plus de 1 milliard et demi de barils. Quel impact cela pourrait avoir sur les réserves stratégiques de l’Algérie ?

Khelifa Omar : Sincèrement, ni moi ni personne ne peut se prononcer sur les réserves énergétiques du pays. Depuis une quinzaine d’années, ce genre d’informations ne sont plus disponibles. Pour revenir à votre question, il est utile d’apporter certaines précisions. Quel crédit peut-on apporter à ce genre d’annonces ? Il y a eu plus de 400 découvertes ces dix dernières années, cela ne veut pas dire qu’il a eu quatre cents nouveaux sites d’exploitation car plusieurs découvertes restent inexploitables au vu de leurs coûts. Les annonces à prendre en considération sont celles qui indiquent les coûts d’exploitation ainsi que le type de techniques utilisées pour faire d’une découverte une opportunité commerciale..

 

Des choses ont été dites sur l’exploitation du gaz de schiste, et des experts avancent que l’Algérie disposerait de la troisième réserve mondiale après la Chine et l’Argentine. Quelles sont les conséquences écologiques de ce genre d’activité ?

Officiellement, et se référant aux chiffres avancés par le ministère, on parle de plus de dix-sept mille milliards de mètres cubes. Ces chiffres nécessitent des travaux d’exploration plus poussés pour déterminer avec précision le volume des réserves. Le plus important n’est pas tant le volume des réserves mais plutôt le coût de l’exploitation. Il faut savoir qu’un puits de gaz de schiste permet l’exploitation effective de 15 à 25% du contenu au moment où le reste se dissipe dans la couche terrestre. Pour ce qui est du gaz naturel, c’est l’inverse. L’exploitation est maximale puisqu’elle atteint les 95%.

 

Mais quels sont les risques écologiques ?

Pour vous illustrer les risques, permettez-moi de vous donner un exemple précis. L’exploitation du gaz de schiste provoque des failles et l’effondrement de certaines couches terrestres. En 2012, les experts ont enregistré plus de 1 300 séismes dans l’Etat du Dakota du Nord directement liés à l’exploitation. L’exploitation nécessite des forages constants et à répétition vu la durée de vie limitée d’un puits, qui ne dépasse pas une année. Ceci dit, il faut savoir que l’exploitation a recours à des additifs chimiques dangereux et à l’utilisation massive d’eau. Avec les fissures provoquées, c’est les nappes phréatiques qui sont polluées. Trop de contraintes entourent le gaz de schiste.

 

A vous entendre, on comprend que vous êtes contre l’exploitation du gaz de schiste en Algérie…

Oui, absolument. Pour moi, c’est une fuite en avant. Certains estiment qu’il suffit juste de développer les bonnes technologies pour rentabiliser au maximum les puits. Pour moi, les conséquences écologiques sont irréversibles. Un jour ou l’autre, les hydrocarbures conventionnels vont diminuer.

 

Quelles sont les alternatives dont dispose l’Algérie ?

Continuer à exploiter le gaz naturel et le pétrole et en même temps, penser à optimiser notre consommation énergétique. Propos recueillis par Aziz L.


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