DzActiviste.info Publié le jeu 4 Fév 2016

Etape décisive de la liquidation du PAGS : la RPI de 1990

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Le blog de algerie-infos

Taupe commune, talpa europaea. Photo DR

Taupe commune, talpa europaea. Photo DR

« J’ai quitté le parti en 1990, lors de l’adoption de la résolution politico- idéologique (RPI)«  confiait hier Fatah Agrane après tant d’autres membres du Pags avant lui.Qu’est-ce que cette RPI? Le blogueur a retrouvé un texte où Sadek Hadejrès évoquait en 2010 cette fameuse résolution qui avait déboussolé la base du Pags. Elle marquait l’irruption ouverte d’un courant liquidateur à la direction de ce parti. Cette résolution  fut rédigée par Hadj Bakhtaoui, un membre du BP ancien du Malg à la plume insidueuse réputée, qui initiera la scission du 12 janvier 1992, avec la création du FAM, dès le lendemain du coup de force des généraux. Avec quatre autres dirigeants, ils affirmaient dans leur communiqué que « les hésitations de la direction du Parti ont favorisé l’émergence du FIS ». Hadj Bakhtaoui a respecté le calendrier de liquidation adopté par les Services et poursuivra sa carrière au plus haut sommet de l’Etat.

Le projet de « RPI » (résolution politico-idéologique) de 1990

Baudruche idéologique et diversion politique des faux rénovateurs

Par Sadek Hadjerès 20 juillet 2010

Un document fantomatique

Pourquoi ai-je parlé précédemment de document éphémère et fantomatique ?
Parce que, une fois réalisés les démantèlements organiques souhaités, la fonction manipulatoire du document à double face était épuisée. Dès lors, il fut recouvert de la poussière du temps et de l’oubli, aux sens propre et figuré.
Habituellement, quand un document est jugé fondamental, il est l’objet d’études, de références, de séances de formation et de stages éducatifs.

Il n’y a rien eu de tout cela.
Libérés du souci de cacher leur jeu, les initiateurs du « grand monument idéologique » défendront ouvertement plus tard l’option libérale dans ses dimensions les moins acceptables pour les aspirations sociales et le destin même du pays.
C’est ce qu’on a pu lire dans un article du quotidien Le Matin, dans la première moitié des années 90, dont j’ai malheureusement perdu la référence et la copie. Si quelqu’un pouvait en retrouver la trace, cela en vaudrait la peine, ce fut un vrai monument érigé à l’ultralibéralisme capitaliste, du reaganisme ou thatchérisme pour « sous-développés ». Le texte avait été présenté pompeusement par le quotidien comme génial, et prolongé le lendemain par une suite des plus brouillonnes. Son auteur H. B (Hadj Bakhtaoui, ndlr) inspirateur et rédacteur principal de l’APRPI, préconisait dans « Le Matin » que l’Algérie sacrifie délibérément plusieurs générations malgré les souffrances populaires sous le talon de fer du Capital afin d’accéder au rang de grande nation moderne.

À cette thèse devenue rapidement poussiéreuse, s’est ajoutée la poussière matérielle qui a recouvert littéralement la presque totalité du stock des brochures censées au départ porter au loin le message du monde à venir.
Après la distribution initiale de deux à trois cent exemplaires environ des textes de résolutions, jamais personne n’est venu demander une seule des milliers de brochures entreposées et recouvertes d’une couche de poussière grise dans un sous sol. Jusqu’à ce que le propriétaire de ce dernier, excédé par l’encombrement stérile de son local durant plusieurs années, se décide à les livrer à la décharge publique.

Manœuvres en vue de la déstabilisation du PAGS

Un autre trait me vient en mémoire quant à l’objectif essentiellement manœuvrier du noyau d’initiateurs de la RPI. Il leur fallait beaucoup plus réussir à court terme une déstabilisation et une prise en mains du PAGS, que chercher à convaincre les militants en présentant franchement et clairement leur volonté de prendre des distances ou renier les objectifs du combat mené jusque là.
Ils avaient besoin, pour apparaître comme sauveurs, porteurs d’une alternative salvatrice face à des évènements critiques, d’un texte dans lequel alternent les vrais acquis du PAGS et des affirmations floues, ambivalentes, difficilement accessibles à une réfutation directe.
L’énoncé de thèses abstraites, de postulats séduisants érigés en conclusions, c’était tout le contraire d’une démarche qui aurait permis des confrontations fructueuses à partir de données précises, accessibles à des évaluations concrètes et vérifiables pour les besoins des luttes en cours. Il était plus facile de qualifier ces besoins de populisme alors que la braise brûlait sous les pieds des couches appauvries de la population.
Le besoin de débats clarificateurs était qualifié d’archaïque face à la vérité Unique présentée sous label moderniste, avec comme pierre de touche une catégorie métaphysique, celle de l’opposition entre l’ancien et le nouveau.
Une suite de survols théoriques dans un langage ésotérique prétendait trancher par le haut en quelques semaines des problèmes complexes qui près de vingt ans plus tard font encore l’objet d’interrogations et de recherches en Algérie et dans le monde.

Il leur fallait en définitive miner les convictions enracinées par les luttes passées, mais sans choquer par des remises en cause brutales.
Dans le texte initial, beaucoup plus touffu et hermétique que celui qui a été livré ensuite (lui-même déjà lourd et laborieux), j’avais repéré trois ou quatre points essentiels. Quoique bien enveloppés, ils heurtaient radicalement des orientations fondamentales de la pensée marxiste, dont ils se réclamaient pourtant.
Je les ai alors soulignés au rédacteur principal du projet, croyant qu’il allait en débattre et justifier la remise en cause de ces principes.

J’ouvre à ce propos une parenthèse. Relever ces dérives signifiait pour moi constater et toucher du doigt des contradictions flagrantes entre les intentions affichées et le contenu des thèses avancées.
Il ne s’agissait pas de ma part d’un attachement dogmatique aux principes, j’estime que y compris ces derniers peuvent être discutés. Au sein ou en dehors du parti, ceux qui m’ont approché ou qui m’ont lu, savent à quel point je suis méfiant envers les dogmes et les a priori, que ce soit à travers les débats qui ont agité dans les années quarante le PPA dont j’étais militant actif, puis le PCA et le PAGS, et encore au milieu des années 80 à propos de la perestroïka soviétique. Je ne suis pas de ceux qui remplacent « les analyses concrètes des situations concrètes » par des citations de classiques aussi prestigieuses soient-elles.
Pas seulement par tempérament, mais par souci et par effort délibéré de tenter d’approcher les faits et les problèmes au plus près de leur mouvement dialectique.
Cela m’a valu à quelques reprises la prudence un peu méfiante de camarades sincères mais plus attachés à la défense des dogmes en tant que tels. J’en étais parfois gêné, irrité ou amusé, sachant que leurs craintes de laxisme « révisionniste » étaient infondées pour ce qui me concernait. Je comprenais leurs réactions de vigilance ou de repli face à tant d’attaques frontales ou sournoises que nous subissions, mais j’ai toujours été convaincu que la crispation n’est pas le meilleur moyen de les mettre en échec.
Je comprenais aussi qu’il n’est pas facile pour le sens commun d’admettre qu’en toute chose il y a un aspect et son contraire, unis et opposés à la fois et qu’on gagne toujours à examiner ces deux aspects avant de trancher.

Lorsque j’ai donc signalé au rédacteur principal les anomalies de son texte, susceptible d’interprétation contraires à l’approche marxiste dont il se réclamait, qu’a-t-il fait ?
Il s’est gardé d’argumenter sur les points précis que je lui signalais. Sentant le terrain incertain, il a tout simplement admis, comme une évidence : « Pas de problème ! » Et il accompagne cette dérobade d’une « grande concession », totalement « inattendue » :« je supprime plusieurs pages ou paragraphes avant et autant après chacun des passages incriminés ». De l’air de dire, ça te satisfait ?
Ainsi le débat de fond sur des points cruciaux était évacué, c’était une « transparence »glauque, celle dont le caméléon Eltsine pratiquait à la même époque les vertus avant de dévoiler « le faux jeton » qu’il était.

Refus absolu de la réflexion collective

Je ne vais pas aborder ici l’analyse de la résolution point par point. Elle serait des plus fastidieuses pour un document de soixante dix pages serrées, bardé de lourdes abstractions dont il était évident que rares ont été ceux qui en ont fait une lecture complète.
Je préfère renvoyer ceux qui voudraient en savoir plus, à un document d’époque de Abderrahmane Lagha (Moumouh pour ses amis) qui avait entrepris une analyse détaillée du noyau socio-économique de l’ARPI. La contribution de Abderrahmane Lagha a été mise en ligne par « Socialgérie », le 19 juin 2009, sous le titre : « Une démystification du discours ultralibéral « moderniste » et pseudo-marxiste ». 
Abderahmane Lagha espérait malgré tout et sans trop y croire, à cause du contenu, que sa contribution serait diffusée et versée au large débat que les auteurs et partisans de la RPI disaient souhaiter.

Il n’en fut rien, ni avant ni même après le Congrès. 
Pourtant, face aux importantes réticences constatées, la commission « RPI et programme d’action » du Congrès avait demandé à la direction « la diffusion dans le parti de la synthèse des avis et contributions » afin « de permettre à l’ensemble des militants de tirer profit des acquis de la réflexion collective ».
La commission « Résolution organique et Statuts » avait constaté de son côté après une vive et longue discussion « autour de certaines questions de fond concernant la ligne stratégique du parti …( que ) le débat sur ces questions est resté ouvert, vu qu’il s’agit de questions théoriques et qui ne pouvaient être tranchées sur place.
On relève aussi d’après quelques interventions, que le projet n’est pas parvenu à temps aux camarades, surtout la version arabe.
De nombreux délégués membres de la commission ont relevé : 1. La difficulté rencontrée par les militants pour assimiler le projet. 2.La faiblesse des débats et parfois même leur inexistence ».

Censure et refus des contributions des militants

Quels que soient les arguments développés dans les différentes contributions, à coup sûr l’ensemble des militants et le parti auraient gagné à être pris à témoin des thèses des uns et des autres.
Le fait que la contribution de Lagha ait été écartée comme celle de beaucoup d’autres en dit déjà long sur les visées assignées à la RPI. Il fallait en faire un Coran intouchable qui cautionnerait l’entreprise de démolition engagée.
On écartait tout ce qui pouvait contribuer à démystifier, dans son noyau central socio-économique, le procédé consistant à combiner la phraséologie marxiste ainsi que les références à l’expérience positive du PAGS, avec les remises en cause insidieuses des fondements historiques du mouvement socialiste et communiste.
Le projet de démolition ne se déclarait pas ouvertement, il était feutré et insidieux comme cela se faisait au même moment en URSS par les Eltsine et ses comparses, que ses admirateurs algériens fervents portaient aux nues comme un nouveau Lénine.

L’objectif réel : le démantèlement du PAGS

À la fin de l’année suivante 1991, les masques tomberont dans les deux pays, du moins aux yeux des moins naïfs, dans le même mouvement et quasiment au même rythme.
D’un côté Eltsine, jusque là grande gueule activiste et « radicale » camouflée dans l’aile droite de la perestroïka soviétique, se fera le valet déclaré du démantèlement de l’URSS en décembre 91.
De l’autre côté, presque aussitôt après, le quinteron (ou la quintette ?) des Cinq du FAM qui après avoir d’abord mis du plomb dans l’aile du PAGS, décrétait qu’il n’y avait nul besoin en Algérie ni d’un parti communiste ni d’autres partis (sinon leur « Front » mais celui-ci ne verra même pas le jour, faute d’adhérents en dépit des milliers de bulletins d’adhésion imprimés sur Alger républicain.

Peu auparavant, durant l’été 91, le futur leader du Tahaddi avait ouvert carrément le chemin idéologique et, d’une façon plus sinueuse le chemin organique d’un démantèlement tout aussi délibéré. Il avait déclaré à la stupéfaction générale des communistes et des non communistes ou même des « anti », que le PAGS n’avait jamais rien eu à voir avec le communisme.
Quant à un des leaders sinon le leader principal du futur PADS, qui héritera plus tard de quelques ruines du démantèlement, il se réveillera seulement à ce moment là et se déchaînera en protestations indignées mais impuissantes contre le projet désormais non caché de liquidation du PAGS. Malgré son passé de défense de l’idéal communiste, il ne comprenait pas dans ces circonstances trop complexes pour son approche linéaire, ce qui lui apparaissait brusquement comme un « retournement » de la part de ceux qui avaient manipulé à qui mieux mieux sa fausse vigilance antiréactionaire et ses visions simplistes et manichéennes tout en flattant ses espoirs de devenir leader maximo, « monter en grade » selon une de ses expressions favorites. Il n’y avait pas eu retournement des manipulateurs, il y avait bel et bien continuité d’un processus qu’il n’avait pas discerné quand il était temps, aveuglé par divers facteurs qu’il serait intéressant d’analyser. Il n’avait pas seulement durant près de deux ans, depuis janvier 90 (au lendemain des manifestations de femmes organisées par le FIS), non seulement cautionné moralement et politiquement l’opération anti-PAGS dans ses phases préparatoires et encore insidieuses. Bien plus, il s’en était fait ensuite un bélier zélé de la campagne de démolition de l’édifice du PAGS, initiateur de coups tordus et parfois hargneux quand les promoteurs de la déstabilisation jugeaient plus habile de mettre en avant un « PCA pure souche » pour s’occuper des besognes les moins propres.

Mauvais gardien du temple d’une orthodoxie dans ce qu’elle avait de plus discutable, il n’avait pas discerné ce que beaucoup d’autres jeunes camarades avaient bien saisi, l’anticommunisme derrière une phraséologie pseudo- marxiste. Ne voyant pas plus loin que ses calculs d’apparatchik, il ne comprenait pas que dans une actualité nationale et internationale aussi délicate, il ne s’agissait pas avec l’opération « RPI » d’efforts salutaires de rénovation et de réajustement autocritique des orientations stratégiques, nationales et de classe, du parti.
La nécessité d’engager ces efforts ne faisait de doute pour personne, à part quelques dogmatiques ou conservateurs indécrottables, dont faisait partie celui qui a apporté brusquement un soutien douteux à la prétendue rénovation. Mais un vraie mise à jour des orientations et des pratiques devait être l’affaire de plusieurs conférences nationales successives à préparer soigneusement, dans la plus grande écoute collective et le respect des opinions des militants engagés sur le terrain.
Or aucun bilan concret des orientations et des actions des vingt cinq années n’avait été encore fait, avec les témoignages vivants et directs de tous ceux qui auraient eu énormément à dire de vrai et constructif sur les vingt cinq ans écoulés, sans les écrans des cloisonnements organiques. Cela aurait permis des analyses critiques sérieuses et circonstanciées sur les orientations dogmatiques ou opportunistes qu’on aurait pu relever et sur le comportement des cadres et des collectifs aux divers niveaux de la clandestinité.

On n’a eu droit avec la RPI qu’à des appréciations générales, abstraites, au nom d’une modernité toute rhétorique dont, selon ces allégations, le PAGS (ainsi que le PCA auparavant) n’aurait pas tenu compte.
Et au nom de laquelle il serait nécessaire de remettre en question les valeurs et les intérêts essentiels des travailleurs et du socialisme comme doctrine et perspective .

Peut-on esquisser à propos de cette fameuse RPI des enseignements utiles aux nouvelles générations politiques ? Aujourd’hui, un constat objectif est fait, celui des dégâts, sans que soit encore établi le bilan approfondi des causes qui les ont produits ou favorisés. Les discussions, les échanges et les recherches restent ouvertes.

« Socialgerie » continuera d’y contribuer.

Source : Socialgerie.net


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