DzActiviste.info Publié le jeu 9 Août 2012

EXPLOITATION DES MINEURS DURANT LE MOIS SACRÉ EN ALGÉRIE Les enfants de la galette

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Enfants vendeurs au bord de la route au détriment de leur sécurité

Enfants vendeurs au bord de la route au détriment de leur sécurité

L’absence de centres d’accueil et l’indifférence des autorités publiques rendent la situation incontrôlable.

Par Wafia ADOUANE – Jeudi 09 Aout 2012
In lexpressiondz.com

L’Algérie exploite-t-elle les enfants? L’Organi-sation internationale du travail (OIT) parle d’environ 2 millions de mineurs algériens exploités en 2011. Les autorités rétorquent que ce phénomène n’existe pas en Algérie! Pour se rendre compte de la situation que vivent certains enfants algériens, il suffit de faire un tour dans les différents marchés et les abords des routes. Ce phénomène s’accentue particulièrement durant le mois de Ramadhan sachant que cette période coïncide avec les vacances scolaires. Selon une enquête menée depuis 3 ans, la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem) affirme avoir recensé pas moins de «500.000 enfants exploités sans compter ceux qui ne sont pas déclarés, notamment dans les zones isolées». Dans la plupart des cas, ces enfants sont exploités par leurs parents. D’autre part, selon un rapport de l’ONG Humanium, qui est un portail des droits de l’enfant, il est indiqué que pas moins de 25,4% de l’ensemble de la population algérienne représentent la population ayant moins de 14 ans dont le travail s’inscrit dans la catégorie des travaux forcés. «Dans cette catégorie, il y a environ 5% des enfants de 5 à 14 ans», précise cette ONG qui, par ailleurs, ne précise pas la source de ces chiffres. Aussi, il faut prendre ces statistiques avec beaucoup de précautions en l’absence d’études fiables et de références officielles. Cela étant, le cadre juridique ne manque pas en Algérie. La loi protège parfaitement bien les enfants, mais dans la pratique c’est loin d’être le cas. Exploiter un enfant, c’est lui confier des travaux qui sont un lourd fardeau pour lui. C’est-à-dire, un job qui fait obstacle à son éducation tout en menaçant sa sécurité, sa santé et son bien-être puisqu’il est faible et incapable de défendre ses propres droits.

L’exploitation peut prendre plusieurs formes, à savoir, le travail forcé ou dangereux, la traite des enfants, et la prostitution enfantine. Par contre, les travaux de bénévolat ou même payés qui préservent les droits fondamentaux de l’enfant selon son âge et sa capacité physique sont encouragés. Ceci parce qu’ils pourraient avoir des impacts positifs, notamment si l’enfant les fait avec délectation. C’est une occasion donc de lui faire apprendre la responsabilité, la coopération, la tolérance et le bénévolat avec les autres afin de servir la société civile surtout en temps libre.

Sofiane, 13 ans, est un jeune vendeur à Belouizdad qui observe le Ramadhan. Il garde la table de son ami, 21 ans. «Cela fait quelques années que j’ai commencé à vendre des produits de nettoyage au marché», atteste-t-il. Et d’ajouter: «Mon ami installe quotidiennement sa table que je garde de 9h du matin à 16h». Comme rétribution, il perçoit 4000 DA s’il arrive à écouler toute la marchandise. Pour lui, c’est une affaire familiale, de père en fils. Son père a aussi une table dans le même marché. Interrogé sur que ce qu’il fait avec cet argent qu’il gagne, il dit qu’il achète tout ce dont il a besoin. «Cette fois-ci, j’achèterai des vêtements pour l’Aïd», confie-t-il en souriant. Ce n’est pas du tout le cas d’un gosse en tee-shirt bleu juste à côté de lui. Il vient de recevoir une raclée de la part de son patron sous le regard des acheteurs. La cause: il a fait tomber la marchandise par terre.
Abderrahmane, qui a à peine 14 ans, vient de Aïn Benian pour vendre» el matlouaâ (galette traditionnelle) et les feuilles de brick. Au total, il a ramené 50 feuilles. En l’espace de trois heures, il ne lui en reste que 15, affirme-t-il. Pour lui, travailler est un devoir pour faire vivre sa famille composée de sa mère divorcée, son frère et sa soeur qui l’accompagnent souvent. Tout comme Saïd qui travaille comme «garçon» dans une cafétéria au centre- ville d’Alger. Il lui arrive de veiller jusqu’à 4h du matin servant les clients et lavant la vaisselle.

L’exploitation sous différentes formes

Le pire des cas, c’est quand les parents eux-mêmes obligent leurs propres enfants à ramener de l’argent et qu’importe le moyen utilisé. Hanane, une fille de 13 ans, issue d’une famille défavorisée, vit cette situation. «Ma mère m’oblige à ramener de l’argent chaque jour en me menaçant tout le temps de me tuer», informe-t-elle avec la peur sur son visage. Malheureusement, le cas de cette adolescente poussée à quitter l’école à l’âge de 9 ans n’est pas une exception. Trois soeurs âgées entre 11 et 14 ans vivent la même situation. Leur mère les a confiées à une femme de ménage depuis deux ans et demi. Elle les envoie quotidiennement à 7h du matin faire le ménage chez une voisine. Existe-t-il une situation plus dramatique que d’être exploité par ses parents? Les enfants des zones rurales, généralement, sont encore plus exploités en raison de leur situation difficile et d’enclavement. Privés de scolarisation, un grand nombre parmi eux sont exploités dans les champs et au dur labeur: ils récoltent les différents fruits des champs selon la saison. Samir, Fatah et Mohamed, trois amis de Bordj Menaïel, dont l’âge ne dépasse pas 15 ans, vivent le même calvaire. Commençant très tôt le matin, de 4h jusqu’à midi sans arrêt, ces enfants cueillent le raisin et la pêche comme des abeilles dans une ruche. Ils restent exposés au soleil moyennant un salaire journalier non fixe qui leur suffit à peine pour survivre. Passant devant le marché de Boudouaou, un tout jeune enfant a refusé de donner son nom. Il a converti un espace de la rue en parking qu’il garde jour et nuit armé d’un bâton. Il oblige toute personne qui gare son véhicule de payer une certaine somme. «Wash n dire, nroh nesraq, rani nekhdem» (que voulez-vous que je fasse? Je ne vais pas voler? «Je suis en train de travailler» maugrée-t-il un visage marqué par la misère. Certains enfants font des travaux qui les exposent à des dangers et qui ne correspondent pas à leurs capacités physiques. Plusieurs familles forcent leurs enfants à travailler n’importe où malgré leur très jeune âge et elles comptent sur leur progéniture pour subvenir à leurs besoins.

Ce fait est vite constaté ces jours de Ramadhan, des enfants partout, surtout la nuit. Ils font tout pour amasser quelques dinars.

Ces dernières années, on observe malheureusement une augmentation significative du nombre d’enfants travaillant dans un environnement hostile et qui peut être nocif pour leur santé. Nombreux sont les enfants qui souffrent de cette situation tragique, qui le font parce qu’ils n’ont pas d’autre choix. Ils sont obligés de quitter l’école très tôt afin d’aider leurs parents à subvenir aux besoins élémentaires en ce mois de Ramadhan. Certains sont, soit orphelins ou responsables d’autres personnes à leur charge malgré leur très jeune âge. Cela ne le justifie pas! 23% de la population algérienne vit en dessous du seuil de pauvreté, d’après le même rapport de Humanium. Cependant, il n’existe aucune excuse hormis que ce fait est une violation flagrante des droits fondamentaux de l’enfant. De même, la pauvreté et l’ignorance touchent deux fois plus les zones rurales que d’autres. Ce qui fait que les enfants de ces zones enclavées sont plus exploités que les autres.

Souffrir en silence

C’est dire qu’au moment où les autres jouissent de leurs droits et vivent leur enfance au maximum, plage, colonies de vacances, manèges, jeux électroniques. etc., ces misérables issus des classes sociales défavorisées triment pour avoir de quoi sustenter leur famille. Pour endiguer ce problème crucial, Forem a entamé plusieurs démarches. Elles consistent à faire apprendre aux enfants dans les écoles leurs droits ainsi que les lois interdisant toute violation de leurs droits fondamentaux. Cette initiative, première du genre, a pour but principal d’informer les enfants en même temps de sensibiliser leurs parents sur les lois et les pénalités qu’ils encourent. A cet effet, des spécialistes de Forem ont donné des cours aux écoliers de certaines régions et mènent des campagnes de sensibilisation sur le danger de l’exploitation des enfants. La mendicité est un fléau social grave qui distort toute la société algérienne tout comme les autres sociétés arabes. Plusieurs escrocs profitent du mois de Ramadhan pour gagner la sympathie des autres en mendiant tout en acceptant d’être exposés à l’humiliation et la dégradation de leur personne. Eh oui, c’est la perte de la valeur humaine! Ils sont partout jour et nuit, occupant les rues et les trottoirs, les places publiques, les entrées des mosquées et dans les moyens de transport. Ils font leur possible pour gagner la sympathie des gens avec des moyens illégaux au vu et au su de tout le monde. Les femmes, pour leur part, accompagnent des enfants avec des malformations congénitales et les exposent comme des bêtes de foire devant tout le monde dans une scène inhumaine pour tenter d’arracher quelques pièces. Comment appelle-t-on cette situation? Selon les normes internationales des droits de l’homme, l’exploitation des enfants dans la mendicité est une sorte de traite des personnes dans leur propre pays tandis que la traite de personnes est de vendre les êtres humains ou de les forcer à l’esclavage ailleurs. Cela prouve que la traite des personnes existe vraiment en Algérie sous d’autres formes. En ce moment critique caractérisé par l’absence totale des autorités publiques, on s’interroge; existe-t-il vraiment une société civile en Algérie? Si oui, à quoi sert-elle si elle ne traite pas ce genre de problèmes sociaux qui menacent l’avenir de la future génération? Est-elle en période d’hibernation tout au long de l’année? Est-ce le destin de ces innocents d’être exploités dès leur enfance même par leurs propres parents? C’est notre société qui est responsable, admettons-le. Ensemble pour dire non à l’exploitation des enfants algériens. Privés de leurs droits fondamentaux, ces enfants qui sont les hommes de demain vivent très mal leur âge. Cette situation donne une image suffisante de l’Algérie de demain! Il est temps de dépasser le protocole du 12 juin, chaque année. Certes, la majorité écrasante d’entre nous ignore cette date! C’est la Journée mondiale contre le travail des enfants. Pour ceux qui ne sont pas au courant, le thème de cette année est «Droits de l’homme et justice sociale… éliminons le travail des enfants». C’est le moment de passer à la pratique et de ne plus se contenter des dénonciations qui disparaissent le lendemain. Soyons courageux et passons au concret, débats publics, débats politiques, campagnes de sensibilisation.


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