DzActiviste.info Publié le sam 12 Oct 2013

F comme bleu, R comme marine

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France coloniale Salim Metref

Marine Le Pen sera probablement celle qui provoquera en 2017 un véritable séisme politique en France qui  démentira tous les pronostics pour l’élection présidentielle. Consacrée désormais  par les dernières enquêtes d’opinion qui révèlent qu’une tendance lourde de l’opinion française lui confère une aura incontestable et lui prédit un destin national, celle qui n’aspirait qu’à être crédible se voit maintenant investie du statut de la légitimité. Brillante avocate qui de son propre aveu a eu à défendre, dans le cadre de l’exercice de ses fonctions,  des sans-papiers  menacés d’expulsion, elle  n’hésite pas  à proclamer aussi avec force et sans état d’âme ce qui constitue l’un des objectifs majeurs de son programme politique, réduire à zéro les flux migratoires vers l’hexagone. Après avoir hérité du Front National, parti fondé par son père, ancien lieutenant pendant la guerre d’Algérie, tortionnaire autoproclamé (I) et farouche défenseur de l’Algérie française, elle a su s’imposer démocratiquement face à son concurrent immédiat, Bruno Golnisch, ténor de la droite la plus radicale,  a qui le soutien massif des groupes les plus extrémistes n’a pas suffi pour l’emporter au vote des militants.

Marine Le Pen a su s’entourer d’une équipe rajeunie et extrêmement compétente qui lui a permis d’éviter les écueils que lui tendent systématiquement tous ceux qui ne lui reconnaissent aucune volonté de rompre avec l’héritage de son père et qui lui dénient toute ambition présidentielle. Qui osera cependant en France démolir le front national et lui voler une victoire acquise par les urnes si un jour Marine Le Pen venait à battre cette fois-ci et contrairement à son père,  au second tour de l’élection présidentielle de 2017, le candidat de la gauche où celui de la droite dite modérée ? Sans doute personne car  violer  l’expression de la volonté populaire est inimaginable dans une véritable démocratie et  cela risquerai aussi de plonger le pays tout entier dans l’inconnu et de réveiller de douloureux souvenirs du nazisme et de la collaboration.

Son métier d’avocate et sa connaissance profonde du microcosme politico-médiatique lui ont permis de dédiaboliser sans dégâts et sans atteinte à sa cohésion son parti en commençant par  revoir de fond en comble le lexique politique du front national et de nuancer si nécessaire ses éléments de langage pour provoquer une véritable rupture avec les envolées sémantiques ambigües qui ont valu de nombreux procès, parfois perdus, à son père.

Régulièrement malmenée par les journalistes lorsqu’elle est invitée à une  émission grand public, elle a appris à gérer les préjugés d’une corporation qui à l’habitude de forger à souhait une opinion publique qui commence à ne plus se laisser berner, à se réveiller et qui ne la trouve plus si infréquentable qu’on le prétend.

Mais que reste-il donc du corpus idéologique traditionnel de l’extrême droite française dans le programme politique actuel du front national et dans le discours de son égérie ?

L’Algérie française dont le souvenir continue d’agiter les plus âgés des membres de son parti et qui s’estompe au fil du temps qui passe et des liens nouveaux qui se tissent entre deux rives de la méditerranée, fortement imbriquées par la densité des échanges commerciaux mais surtout  humains, qui ne se regardent plus en chiens de faïence et qui essayent autant que faire se peut et grâce aux efforts des plus sincères et non pas «des plus compromis des deux bords »  de construire ensemble  un espace de paix et de prospérité économique, mutuellement avantageux pour deux pays qui se respectent, débarrassé de toute ambigüité et  loin de toute haine et rancœur du passé.

L’antisémitisme qui a toujours constitué l’un des moteurs de l’extrême droite française et qui n’est plus dans l’air du temps car réduit à sa plus faible expression par les puissants lobbies qui existent en France, qui veillent et qui débusquent le plus petit dérapage verbal qu’un arsenal juridique mis en place depuis la loi Gayssot permet de juger et de condamner. Il est également  anéanti par  l’immense investissement pédagogique consenti au profit de l’apprentissage de la coexistence paisible des différentes communautés qui existent en France et qui se «fondent et se confondent dans le socle républicain ».

L’islamophobie comme «substitut à l’antisémitisme » surtout depuis les malheureux dérapages de Marine Le Pen à propos notamment des prières de rue, du voile et de la viande halal. Probablement pas car le débat sur le marché de la viande halal par exemple et contrairement à ce que l’on pourrait croire, a été lancé par une émission diffusée par une grande chaine de télévision publique. Les  thèmes récurrents débattus à propos de l’Islam ont été souvent  initiés et portés par des personnalités politiques françaises qui ne sont pas connues pour leurs sympathie pour l’extrême droite,  souvenons-nous du débat sur l’identité nationale, et qui l’ont même souvent combattu surtout lorsque cette dernière à manifesté d’autres convulsions immédiatement condamnées par l’establishment. Et il  serait aussi naïf d’oublier que l’islamophobie a été produite et diffusée dans une partie de l’opinion française par certains intellectuels français qui à force de ressasser  les sempiternels arguments de la laïcité, de la liberté de la femme et  de brandir la «menace islamiste» ont réussi à créer un climat délétère qui aujourd’hui profite à la montée en puissance de la peur et de l’incompréhension et qui inciterait peut-être certains à commettre un jour l’irréparable.

En réalité, l’extrême droite est aujourd’hui un rassemblement politique dont les contours sont extrêmement mouvants qui reflète la  complexité des enjeux sociopolitiques et exprime les aspirations profondes d’une opinion française désabusée par les promesses non tenues et échaudée par les scandales politiques et financiers qui décrédibilisent la politique.  L’extrême droite a étendu ses tentacules et a phagocyté au détriment du parti communiste une partie de l’électorat populaire, capté des pans entiers des classes moyennes, séduit le monde rural, engrangé les déçus de la gauche et s’est même offert d’autres trophées en attirant vers elle quelques membres de la famille écologiste. C’est dire que le terme de rassemblement convient le mieux à une entité politique qui s’élargit au fur et à mesure que se succèdent les échecs de ceux qui depuis la libération dirigent en alternance la France.

Les revendications politiques ont aussi pour certaines d’entre elles changé et se sont adaptées aux défis de l’heure et sont devenues plus  profondes et plus subtiles. Les questions sociétales comme celles relatives à la famille ont fait aussi leur œuvre. La fragmentation de la société française s’est effectuée entre un monde rural profondément ancré dans le terroir qui refuse légitimement d’abdiquer devant le diktat  des puissances de l’argent et les chantres de la dépossession culturelle et qui fait de la défense de la patrie, de la famille, de l’école et de l’agriculture le leitmotiv de son engagement politique et des villes qui grandissent, subissent la pression migratoire tout en en s’accaparant une bonne partie de la richesse nationale sans la produire véritablement. Une inéquitable répartition de la richesse et des efforts qui frustrent la France profonde qui pour l’instant gronde en silence et contient sa colère.

Les questions de la maitrise des flux migratoires, de sécurité internationale comme le refus de l’interventionnisme militaire  français au Mali et en Syrie, les grands problèmes d’environnement ainsi que le «pouvoir supra national» incarné désormais par Bruxelles qui bride la souveraineté des peuples et confisque le pouvoir politique au profit de la technostructure et au détriment des élus font partie des éléments que l’extrême droite a su diluer avec intelligence dans sa matrice idéologique originelle. Globalement, il s’agit maintenant de survivre face un monde nouveau qui déferle et qui risque de tout engloutir grâce à ses puissantes articulations médiatique, politique, financière et militaire.

Qui peut dire par exemple aujourd’hui que ceux qui votent en France pour l’extrême droite et qui porteront peut-être en 2017 Marine Le Pen à la magistrature suprême ne sont que des ultras qui s’habillent en treillis, bombent le torse à l’occasion de la fête du 1er Mai où conduisent comme cela se faisait autrefois des expéditions punitives souvent à l’aide d’explosif contre les immigrés dans les foyers Sonacotra ? Personne car la réalité est toute autre. L’élection présidentielle française de 2017 pourrait révéler l’ampleur des échecs  des politiques successives conduites par les gouvernements de droite comme ceux de gauche et exprimera les grandes frustrations d’une majorité silencieuse qui décidera  peut-être de confier les destinées de ce pays à une femme, à une militante qui aura réussi de mener le combat non pas pour le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et  l’islamophobie mais contre cette pieuvre politique, militaire et financière qui aujourd’hui à travers le monde appauvrit les peuples, déclenche les guerres, sème le désordre et asservit les hommes !

(I)                 Jean-Marie Le Pen se serait vanté dés 1962 d’avoir torturé en Algérie en déclarant « Je n’ai rien à cacher, j’ai torturé parce qu’il fallait le faire ».

 


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