DzActiviste.info Publié le mer 30 Avr 2014

Festival culturel du théâtre de Sidi Bel Abbes : « La graine de la haine »

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Toujours créatif et à la recherche d'idées nouvelles, le jeune metteur en scène Abbas Mohamed Islam a choisi cette fois-ci un texte à la tonalité contemporaine et expérimentale du dramaturge et cinéaste émirati Salah Karama Al Ameri pour monter « El Awel moukarar » (le premier répété), en compétitition au 8 ème Festival culutrel de Sidi Bel Abbes et présentée au public lundi soir.

 

     Sari (Ahmed Meddah) est un voyageur qui traverse les forêts africaines, cumule les aventures amoureuses mais refuse tout attache. Un homme libre comme le vent des nuits estivales. Un soir, il est rattrapée par son passé dans un bar ou ce qui en ressemble. Munie d'un parapluie, une fille, qui fuit la tempête et qui est en quête d'appartenance, entre et entame la discussion avec Sari. Il lui parle des villes, de la chasse aux crocodilles, de la jungle, de ses amours, lui rappelle ses danses tribales et tente même de la séduire.

Rym (Kenza Bousmaha) le repousse et lui conte son histoire inévitablement triste. Une nuit de pluie, Rym est née. Sa mère court pour faire l'annonce au père qui s'enfuie « avalé par la nuit ». « Que dois-je reconnaître puisque tu dis que je suis ton père ! », réplique Sari, une bouteille de vin à la main. Le vin ? Une boisson « magique » qui aide l'homme tourmentée et sans conscience à s'échapper du monde réel. Sari ne veut rien savoir. Ryma le supplie pour arracher « la graine de la haine » qui est en lui.

Entre passé et présent, Ryma et Sari ravivent les souvenirs. Sari sent que la décision peut ne pas lui appartenir. Le destin, probablement ! Sa vision intérieure amène Sari à parler presque sans arrêt, donne l'impression de vouloir se débarasser de lourdeurs de la vie passée. Il refuse de revenir à la raison, d' assumer le passé. Le spectacle physique amène Sari à bousculer Ryma qui le force à voir le monde en face. Abbas Mohamed Islam a eu recours à des symboles et s'est appuyé sur des musiques du patrimoine targui et saharien pour souligner son souci artistique de puiser dans l'identitaire. La scnégraphie de Hamza Djabbalah rend assez bien l'atmosphère psychologique de la pièce avec une scène plongée dans une lumière rouge et une arrière scéne animée complétant le récit dramatique. Faut-il assassiner symboliquement le père?

Le metteur en scène ne répond pas. Ou plutôt sourrit. Il n'est, bien entendu, pas responsable des lectures qu'on peut faire de la pièce. « J'ai laissé la fin de la pièce ouverte, eu recours à beaucoup d'images pour réduire le bavardage sur scène. Même si dans « Awal moukarar », Sari parle beaucoup. C'est un sorte de mono récit en présence de partenaires. Le dramaturge s'est inspiré du réel. Je m'intéresse à tout ce qui a trait à notre continent. J'ai ajouté des tirades au texte original. Comme le texte est assez court, c'est devenu un défi pour le mettre en scène pour monter un spectacle complet. Au premier filage, le texte adapté à la scène a duré 40 minutes. Ce n'était pas suffisant à mes yeux pour tout dire», a-t-il dit.

Salah Karama Al Ameri aime écrire sur la ville et ses bruits, déteste les villes en béton armé et en goudron qui marquent la modernité des pays du Golfe. Le texte de Salah Karama Al Ameri a été revu par Rabah Houaddef et Lamri Kaouane alors que Samar Ben Doaud a assuré la chorégraphie de la pièce. Awal Moukarar est une des premières productions de la Coopérative théâtrale Al Fadhaa (l'espace). « Ni le metteur en scène, ni le scnégraphe ni les comédiens n'ont été payés. C'est la preuve qu'on peut faire des choses de rien du tout. Surtout que le collectif adore ce qu'il fait », a précise Abbas Mohamed Islam.

 

La chute d'un général

 

« Manfaa al harb » (l'exile de la guerre) est une pièce de la troupe El Mouja de Mostagnem présentée dimanche soir au théâtre régional de Sidi Bel Abbes. Une pièce mise en scène par Bachir Boudjemaa d'après un texte de Mohamed Chergui. Un général, qui a commis des crimes de guerre, se retrouve dans une grotte avec une opposante ou une ennemie. De discussions en découvertes, le général se confie à elle, tente de libérer sa conscience. Il parle de ce qu'il a fait, veut croire à « la justesse » de sa cause. Il est rappelé à l'ordre par l'opposante. Le militaire chute dans l'abîme, sent sa fin se rapprocher.

Sur scène, les deux personnages sont doublés. Les deux autres personnages sont censés exprimer la consience de deux êtres happés par les vents puants de la guerre et de la dérive des hommes. Plongée dans une semie obscurité, la pièce se déroule dans une sorte de grotte. Difficile d'apercevoir les visages des comédiens et les expressions qu'ils dégagent. C'est une faille. Le spectacteur est libéré qu'une seule fois avec une danse, sorte de valse viennoise.

Le général à son jeune âge multipliait les conquêtes féminines. Sentiers battus? Oui. Bachir Boudjemaa, adepte du théâtre baroque, a voulu tout essayer dans une pièce rattrapée par l'ennui et les passages à vide. Le théâtre baroque ou le théâtre de l'excès et de l'ostentation est à peine présent dans la pièce « Manfaa al harb ». « J'ai aimé le texte et ses symboles. On y retrouve des images de ce qui s'est passé en Algérie et même dans les pays arabes. C'est ma première expérience de mise en scène. Nous sommes là pour apprendre aussi. Jouer dans un espace réduit était un défi pour nous. Nous avons trouvé des difficultés », a soutenu Bachir Boudjemaa.


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