DzActiviste.info Publié le jeu 8 Mai 2014

Filière céréales, la Dream Team algérienne

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Par Djamel Belaïd*

Il peut être étonnant de parler de « dream team » hors du secteur sportif. Portant, ce qui se passe actuellement au niveau de la filière céréales est positif.
Jamais du point de vue d’augmentation de la production nous n’avons jamais connu de telles évolutions positives.
A qui en revient le mérite ? Nous nous proposons de mieux faire connaître les membres de cette « équipe Algérie » qui gagne : cadres dirigeants d’institutions, d’entreprises publiques ou privées ou enfin simples citoyens.

Les attaquants de pointe : La banque agricole

Dans toute opération économique, l’argent constitue le « nerf de la guerre ». Aussi, rendons à « César, ce qui appartient à César ».
En premier lieu l’augmentation des rendements de céréales vient du financement de la filière. Tous les postes qui constituent la marge brute sont en augmentation.
On, ne peut donc que louer l’action des Décideurs ayant pris les mesures d’augmenter les prix à la production, de soutenir les prix des intrants agricoles ou de favoriser le crédit (Rfig et Ettahadi) et les organismes bancaires en charge de cette application.

CCLS, PMAT, ANABIB, des ailiers sûrs

Afin de suivre un itinéraire technique efficace, les céréaliers ont plus de moyens matériels à leur disposition.
PMAT mais également les importateurs (on aimerait qu’ils soient également fabricants) mettent sur le marché des tracteurs, matériel aratoire, de semis, d’épandage, de pulvérisation et de récolte.
PMAT a engagé, sous la direction de son PDG, Attouchi Salah, ingénieur en construction mécanique, un vaste programme de construction d’engins, dont certains en partenariat comme les moissonneuses-batteuses Sampo.
L’OAIC à travers les CCLS et grâce à l’énergie et au dynamisme du P-dg, M. Belabdi Mohamed, apporte une aide conséquente sur le terrain. Exemples : fourniture de semences certifiées, engrais, phytos et aide d’unités de motoculture.
Grâce entre autres, à Anabib, se développe l’irrigation d’appoint des céréales. Quand on sait que les céréales sont en déficit hydrique 8 fois sur 10 en fin de cycle, on imagine l’intérêt de la mise en place progressive de cette mesure.

Firmes d’agrofournitures et minotiers, une défense efficace

Une révolution a lieu depuis quelques années dans les campagnes. Aux agronomes des instituts techniques et services agricoles viennent s’ajouter les vulgarisateurs du secteur marchand.
Sur le terrain, les firmes de produits phytosanitaires et d’engrais développent des réseaux de technico-commerciaux.
C’est par exemple le cas de l’entreprise privée PorFert dirigée par les frères Meziani et basée à Béjaïa.
De leur côté les principaux possesseurs de moulins mettent en place des réseaux d’appui technique à de gros céréaliers afin de produire en quantité mais aussi en qualité du blé dur.
Le conseil technique auparavant cantonné à de la simple diffusion d’information est aujourd’hui accompagné d’un acte marchand.
Il en est profondément modifié positivement dans son efficacité. La dynamique en cours a trouvé un cadre original sous forme de clusters régionaux : les CRIC.
Une palme particulière est à réserver à Eriad et au Groupe Benamor. Celui-ci a initié la mise en place de réseaux d’appui aux agriculteurs.
Enfin, Mme Djamila Ikhnèche, du groupe Eriad, a indiqué à la presse que cette entreprise allait mettre sur le marché une farine de blé tendre importée enrichie à 30% de semoule de blé dur produite localement. Cela permettant de réduire les importations.

Les universitaires, des remplaçants sur le banc de touche

Djamel Belaïd, ingénieur agronome

Djamel Belaïd, ingénieur agronome

Des universitaires s’illustrent par des innovations remarquables. On peut noter ainsi les résultats de Mme SATI de l’université de Batna qui montrent que l’application de boues résiduaires permet de doubler le rendement du blé.
Mr Arezki Meckliche de l’ex-INA El-Harrach a montré que des fongicides et des pulvérisations foliaires d’engrais doublent le rendement de l’orge. Mr Hamenna Bouzerzour au sein d’une équipe à Sétif propose avec succès l’abandon du labour et l’utilisation du semis direct qui améliore le rendement et permet de lutter contre l’érosion.
D’autres encore montrent l’intérêt de mieux utiliser les engrais azotés ou phosphatés en sols calcaires. Cependant, pas assez écoutés, pas assez intégrés ces pionniers restent parfois sur la touche, tels des remplaçants sur leur banc…

Paysans, des ramasseurs de balles

Tous ces moyens financiers et techniques sont mis en œuvre par les céréaliers. Jamais on ne pourra assez louer leurs efforts, (ensemençant) chaque année leurs parcelles (même) au risque de voir la sécheresse réduire à néant leurs efforts sans possibilité de récupérer la mise de départ (frais de labour, engrais, semences).
Etrangement ces acteurs de premier plan, bien que contribuant fortement au succès de la filière sont mis en retrait.
En effet, existe-t-il des instances où les céréaliers ont leur mot à dire? A distribuer des crédits ? A gérer des agronomes ? Comme le note dans un de ces articles l’agroéconomiste Omar Bessaoud, le « dirigisme administratif » offre peu de place à des élus représentatifs des paysans en Algérie.
Combien des céréaliers, membres du prestigieux club des 50 quintaux du MADR, une fois les flashs de la cérémonie annuelle de remise des distinctions (passés) accèdent à des postes de responsabilité dans leur région?
Quelles responsabilités professionnelles sont proposées à Mr Abdelkrim Salmi de Négrine (Wilaya de Tébessa), lui qui a obtenu un rendement de 84 quintaux/ha ou à Mr Mostfa Benouis qui dépasse les 60 quintaux dans la wilaya de Relizane ?
En France de tels céréaliers seraient membre du Conseil d’Administration de la coopérative céréalière ou du CA de la Chambre d’Agriculture.
Il faut faire passer les agriculteurs les plus aptes à prendre des responsabilités du statut de ramasseur de balles à celui de donneur d’ordres et de coach.

Mettre les bons joueurs au poste adéquat

Les progrès en matière d’augmentation des rendements céréaliers sont tangibles. Certes, comme le faisait remarquer l’agroéconomiste Slimane Bedrani, dans un article de la presse nationale, avec toutes les sommes investies on aurait pu faire mieux.
Faut-il désespérer ? Nous pensons que la situation actuelle n’est que la résultante des forces socio-économiques en présence. Pour faire progresser les choses, à chacun de s’engager. Comment ?
L’artisan soudeur peut mettre au point des dispositifs permettant d’améliorer les outils du céréalier.
L’universitaire peut grâce à internet partager le fruit de ses recherches. L’ingénieur et technicien de terrain peuvent accélérer les procédures administratives et aller vers plus de céréaliers en pratiquant l’enregistrement de performances et en faisant connaître comme le fait le groupe Danone les meilleures pratiques de terrain.
Quant aux agriculteurs… Qu’il nous soit permis de citer cette image vue dans un film algérien du début des années 70.
Dans un village reculé, un journaliste demande à des villageois ce qu’il en est de leur relation avec les autorités politiques. La réponse fuse : « ma djaw lal ‘anedna, ma rohna lihoum » (ni ils sont venus vers nous, ni nous ne sommes allés vers eux).
Nous pensons que c’est aux agriculteurs de tout mettre en œuvre pour bâtir des organisations professionnelles représentatives.
La filière céréale constitue actuellement une dream team remarquable. Des succès nouveaux sont possibles. Il faut pour cela mettre les bons joueurs au bon endroit.
Dj. B.

(*) Ingénieur agronome
http://www.djamel-belaid.fr/

Classé dans:Financement et investissement dans l’agriculture, Marché agricole et régulation, Productions animales et végétales Tagged: agronome, céréales, OAIC, Rfig


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