DzActiviste.info Publié le sam 23 Fév 2013

Forum social maghrébin: Les autorités algériennes ne veulent pas d’un « autre monde possible »

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Nejma Rondeleux, Maghreb Emergent, 23 Février 2013

fsmaghrebinTandis que la Tunisie s’apprête à accueillir la planète entière pour discuter d’un « autre monde possible » lors du Forum social mondial prévu du 26 au 30 mars à Tunis, l’Algérie s’enferme et s’entête dans la répression de toutes actions suspectes de velléités contestataires. Quand il s’agit des chômeurs, en particulier, la réaction des autorités ne se fait pas attendre comme l’illustre l’arrestation à Alger, mercredi 20 février, de dix militants tunisiens, marocains et mauritaniens venus assister à un Forum maghrébin sur le chômage et la précarité.

Voilà un voyage dont ils se souviendront longtemps. Au lieu de débattre d’une stratégie maghrébine de défense des chômeurs, dans le cadre du forum organisé par les comités du pré-emploi et filet social, des chômeurs et diplômés chômeurs du Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (Snapap), Intissar, Dhabi et leurs huit homologues maghrébins ont passé leur séjour à Alger entre le commissariat et l’aéroport. Au moment de leur arrivée sur le lieu du forum vers 11 heures, mercredi 20 février, ils sont arrêtés par la police, puis transportés au commissariat où ils seront retenus pendant neuf heures, a déclaré à Maghreb Emergent un des participants tunisiens. Ne voulant entendre parler ni d’union maghrébine, ni de préparation au Forum social mondial (FSM), encore moins de déclaration pour la lutte contre le chômage et l’emploi précaire, les autorités algériennes s’empressent de renvoyer ces militants chez eux. Sauf que les connexions aériennes entre les pays de la région sont bien moins fréquentes que les liens entre les organisations syndicales qui œuvrent à la concrétisation d’un Maghreb social.

Les malheureux militants se retrouvent prisonniers à l’aéroport Houari Boumediene. « Nous avons passé deux jours dans une salle de police de l’aéroport, sans pouvoir sortir, sauf pour aller aux toilettes en étant escortés par deux ou trois policiers. Sans nourriture et sans couverture, nous étions contraints de dormir par terre », témoigne Dhabi, membre de l’Association nationale des diplômés chômeurs du Maroc (ANDCM), qui a rejoint Marrakech avec son autre collègue le vendredi. « On a été mal traités », renchérit Intissar, membre de l’Union tunisienne des diplômés chômeurs (UDC). « A chaque fois qu’on demandait quand allions nous pouvoir rentrer chez nous, les policiers ne disaient rien », raconte la jeune chômeuse de 24 ans diplômée d’une licence qui a regagné la Tunisie avec ses quatre camarades le jeudi soir. Quant aux trois militants mauritaniens, leur calvaire à l’aéroport a été écourté par un vol pour la Mauritanie dès le mercredi soir, a déclaré à Maghreb Emergent Yamina Meghraoui, présidente du comité des femmes syndicalistes du Snapap.

Une union renforcée par la répression

Loin de briser le mouvement de revendication, la réaction des autorités algériennes a, au contraire, renforcé les liens entre les organisations syndicales des différents pays. « On est plus unis à présent que l’on a vécu notre réalité en tant qu’Algérien et Maghrébin », souligne Idriss Mekkideche, membre du comité national du pré-emploi et filet social du Snapap à l’initiative du forum. « On s’est entendu pour qu’il y ai plus d’échanges entre nous, car nous sommes plus déterminés que jamais à réaliser cette union pour la lutte contre le chômage et l’emploi précaire », poursuit le militant. « On ne va pas abandonner notre camarade algérien malgré la volonté d’un régime à empêcher notre combat », déclare de son côté le militant de l’Association nationale des diplômés chômeurs du Maroc.

L’échec du forum en Algérie sera vite oublié. Les organisations syndicales se préparant déjà au Forum social mondial de Tunisie prévu du 26 au 30 mars à Tunis. « Plusieurs activités sur la question du droit des chômeurs devraient êtres animées par le forum maghrébin inscrit comme organisation participante au FSM », annonce Idriss Mekkideche qui fait partie du Forum social mondial Algérie, chargé de préparer la présence des mouvements sociaux algériens en Tunisie. Là, au moins, les Algérien(ne)s pourront crier, en toute liberté, « un autre monde est possible » !

Lire aussi : Algérie – De nombreux chômeurs condamnés par la justice à Ouargla pour « manifestation illégale »


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