DzActiviste.info Publié le sam 30 Mar 2013

Forum Social Mondial : Retour de Tunis

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Résumé de mon intervention à la conférence organisée dans le cadre du Forum Social Mondial, par Malika Benarab-Attou, députée européenne, en partenariat avec le Groupe d’Intelligence économique et scientifique de Tunisie.

La conférence a débuté à 14h00 et a pris fin à 18h30.

La 1ere partie de la conférence traite de l’état des lieux sur la problématique de l’exploitation de gaz de schiste dans les pays du Maghreb, suivie par un débat avec les invités. Nos amis Mohamed Balghouti de Tunisie et Mohamed Benata du Maroc ont également évoqué l’état des lieux dans leurs pays respectifs. Il est en de même pour la députée Malika Benarab Attou qui a abordé le sujet en ce qui concerne le continent européen.

Au cours de la deuxième partie de la conférence, beaucoup de volets ont été soulevés, comme la perte de souveraineté, le non rendement économique de l’exploitation de gaz de schiste, la prédation des multinationales, le grand risque de pollution des nappes phréatiques, l’économie d’énergie, le solaire, l’éolien,,,,,etc. Enfin sur la manière de sensibiliser davantage les citoyens et la société civile pour contrer le projet. Un autre débat avec les participants à conférence a également eu lieu.

 

 

Le texte qui suit est le résumé de mon intervention : 

« Tunis, jeudi 28 mars

L’exploitation de gaz de schiste est officiellement autorisée en Algérie. Le chef de l’Etat a promulgué la loi 07/05 loi 05-07 du 28 avril 2005, qui a été publiée dans le Journal Officiel de la République algérienne le 24 février 2013. Cette loi, votée en première fois en 2005, a été soumise pour révision aux députés de l’actuelle législature, mandatés pour siéger à l’Assemblée populaire nationale de 2012 à 2017.

Le projet d’amendement propose l’introduction de plusieurs articles, entre autre celui relatif à l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels. Le motif des exposés du projet d’amendement stipule dans son article 6 « l’introduction de nouvelles dispositions spécifiques à la prise en charge de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels ».

Dans la suite, l’article 11 du même motif d’exposés stipule « l’introduction de mesures fiscales incitatives pour encourager les activité relatives aux hydrocarbures non conventionnels, aux petits gisements, aux gisements situés dans les zones très faiblement explorés notamment l’offshore, aux gisements à géologie complexe et/ou manquant d’infrastructures ».

L’article 35 de la loi accorde à une entreprise un délai « de quarante (40) ans dans le cas de l’exploitation d’hydrocarbures non conventionnels gazeux ».

Le texte a été discuté à l’Assemblée le 21 janvier. Le 24 janvier suivant, la majorité des députés ont approuvé. Seuls les députés du Front des forces socialistes (FFS) l’ont rejeté. D’ailleurs, ils ont quitté la salle, pour démontrer leur protestation face à ce projet. Ces derniers refusent l’exploitation de gaz de schiste.

Il faut remonter à l’année 2011 pour constater que l’idée d’exploitation de gaz de schiste commençait à prendre forme et ce, à partir de New York, lors d’un déplacement du ministre de l’Énergie et des Mines, qui affirmait que l’Algérie détient de grands gisements de gaz de schiste, même plus importants que ceux des États-Unis. Le PDG de Sonatrach, le 7 juin 2012, depuis Kuala Lumpur, en Malaisie, donne des chiffres fracassants sur des études qui, selon lui, sont déjà terminées alors que l’opinion publique croyait que l’on venait juste de débuter un forage de reconnaissance. Il annonce, dans le même contexte, qu’une superficie de 180 000 km2 a révélé un «potentiel énorme» de gaz de schiste, dépassant plus de 600 millions de mètre cubes par kilomètre carré, ce qui signifie que plus de 2000 milliards de mètres cubes peuvent être récupérés. Comment est-il arrivé à 2000 milliards ? Pour aboutir à de telles précisions, ces études ont bel et bien commencé depuis bien longtemps.

Dans un entretien que j’ai réalisé pour le quotidien El Watan avec Dr Hocine Bensaad*, expert en hydrocarbures et conseiller auprès du PNUD, les travaux d’exploration en Algérie ont déjà commencé au sud de In Salah. Des contrats ont déjà été signés avec trois compagnies : Eni SpA, Royal Dutch Shell Plc et Talisman Energy. Les négociations se poursuivent actuellement avec Exxon. Ce qui a été rendu public, c’est que l’entreprise Repsol a entrepris des travaux de prospection dans le bassin de l’Ahnet 1 et l’Ahent 2. Les études préliminaires ont été effectuées par Schlumberger.

Dans le même entretien, Dr Bensaad indique qu’opter pour l’exploitation de gaz de schiste est un choix qui va fragiliser le pays et remettre en cause sa souveraineté sur une partie de son territoire pour avoir plié juridiquement devant les exigences des multinationales. Il va susciter un mécontentement grandissant des populations locales pour avoir été spoliées d’une eau si nécessaire pour leur vie et qui aurait tant servi à développer une agriculture et une activité touristique au Sahara*.

Ce qui a caractérisé la problématique, c’est son traitement dans l’opacité la plus totale. Le projet d’exploitation de gaz de schiste a été décidé à la limite du secret. Aucun débat national n’a eu lieu, et le collège des experts et des spécialistes n’a pas été consulté et n’a pas été invité pour présenter les avis, les rapports ou les recommandations. La commission des affaires économiques de l’assemblé, s’est contentée de la consultation de trois responsables pétroliers, deux universitaires et d’un économiste.

En outre, la problématique de l’exploitation de gaz de schiste en Algérie n’a pas été  débattue, au préalable, dans la sphère publique. Les citoyens algériens n’ont pas eu connaissance de ce projet. A titre d’exemple, uniquement deux émissions télévisées ont été organisées sur Canal Algérie, chaîne qui n’est pas très suivie localement. Seule une partie de la presse écrite a pu rapporter les voix de ceux qui dénoncent les risques de l’exploitation de gaz de schiste.

Pour la mobilisation, je pense que malgré la promulgation de la loi autorisant l’exploitation de gaz de schiste, les Algériens pourront toujours contraindre les pouvoirs publics à abandonner ce projet. Car si le texte juridique autorise, de point de vue logistique, il faudrait en Algérie, encore 5 à 6 ans pour que l’exploitation de gaz de schiste soit effective. Donc, nous ne perdons pas espoir. Nous continuerons à vulgariser, sensibiliser. Et la mobilisation se fera étape par étape. Il faudrait souligner un caractère que je dirais typiquement local. C’est que par expérience, les Algériens ne vous suivront pas tant que votre démarche n’est pas claire et n’est pas transparent, et tant qu’elle ne s’inscrit pas dans un projet porteur d’un intérêt pour la communauté.

Et tous ceux qui sont contre l’exploitation de gaz de schiste sont traités de manipulés ou agissant pour un agenda extérieur ou pour les intérêts des multinationales. Des arguments d’un autre âge lorsqu’on sait que seules les multinationales sont les bénéficiaires de cette exploitation, et seuls les barons des réseaux occultes peuvent se partager les marchés de la sous-traitance. Les désastres sur l’environnement, les pertes économiques et les risques sur la souveraineté nationale, ne sont pas pour les prometteurs de l’exploitation de gaz de schiste des inconvénients. Seul leur intérêt suprême prime, notamment lorsqu’il s’agit de du partage de plusieurs millions de dollars.

Au-delà de la problématique de l’exploitation de gaz de schiste, c’est toute la stratégie nationale dans le domaine de l’énergie qui est à revoir. Pour cela, l’activation du Conseil National de l’Énergie, avec un élargissement de sa composante pour intégrer les départements de la santé, de l’environnement, des ressources hydriques et de l’aménagement du territoire, de l’enseignement supérieur et de l’agriculture, en plus de l’organisation d’un débat national sur la stratégie énergétique, sont plus que nécessaires. L’objectif sera d’évaluer les politiques suivies jusque-là et d’élaborer une stratégie globale et des perspectives. Ce débat serait sanctionné par un Livre Blanc.

Nous n’avons nul besoin d’exploiter le gaz de schiste. Nous ne voulons pas compromettre le devenir des générations d’Algériens qui nous succèderont. Nous devons reprendre le contrôle de l’économie, imposer la prise en compte des besoins réels et des nuisances indésirables. La gestion des affaires de l’État doit aller dans le sens d’une approche plus démocratique, du moins plus pragmatique. La représentation des citoyens et leur rôle actif dans les processus décisionnels deviennent alors des questions cruciales. Les Libertés Citoyennes doivent prendre forme concrètement. C’est un long combat qu’il faut mener pour arrêter cette tentative d’exploiter le gaz de schiste.

Mehdi Bsikri, citoyen, membre du CNLC »

 

 

 

 

 

 

 


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