DzActiviste.info Publié le dim 7 Oct 2012

Frantz FANON. Biographie

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Frantz FANON. Biographie

Frantz-Fanon1.jpgFrantz FANON est né le 20 juillet 1925 à Fort-de-France (Martinique), troisième d’une famille de huit. Il fait ses études secondaires au lycée Schoelcher où il bénéficie des cours d’Aimé Césaire par l’intermédiaire de son frère Joby.

En 1943, il part en dissidence, par l’île voisine de la Dominique, pour rejoindre les Forces Françaises Libres : il arrive au Maroc, puis en Algérie et enfin débarque à Toulon. Il est blessé en traversant le Rhin.

Cette participation marque la fin de ses illusions quant à la « Mère Patrie ».

Après sa démobilisation et sa réussite au baccalauréat en Martinique, il s’inscrit en médecine à Lyon. Il obtient un diplôme de médecine légale et de pathologie tropicale, se spécialise en psychiatrie et passe une licence de psychologie.

Il se marie en 1952. Il choisit d’aller à Saint-Alban comme interne dans le service du Dr. Tosquelles, républicain espagnol exilé, car il sait qu’on y expérimente des méthodes nouvelles en psychiatrie. Il présente le concours du médicat des hôpitaux psychiatriques.

Il fait alors une demande pour un poste en Afrique (Sénégal), puis en Algérie.

C’est dans ce pays qu’il est nommé, en novembre 1953, médecin-chef à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville : il y transforme la vie des malades et prend la mesure des profonds traumatismes qu’engendre le régime colonial. Il a très vite des contacts avec des militants nationalistes de la base.

Dès 1954, il héberge, cache des militants, des responsables de la Wilaya IV. En juillet 1956, il envoie une lettre de démission à Robert Lacoste, ministre résident en Algérie.*

Il est expulsé d’Algérie.

Les contacts sont pris avec la direction de la résistance algérienne ; il rejoint Tunis, s’engageant totalement dans ce combat qu’il fait sien, en tant qu’Algérien, choisissant l’Algérie comme patrie.

Il travaille au département Information à Tunis avec Abane Ramdane. Il est membre de la rédaction d’El Moudjahid, tout en continuant à exercer la psychiatrie. En janvier 1960, le GPRA le nomme représentant à Accra : il effectuera différentes missions en Afrique.

En décembre 1960, il se sait atteint d’une leucémie mais ne ralentit pas pour autant ses activités. Il meurt le 6 décembre 1961 aux Etats-Unis. Selon son vœu, son corps est ramené à Tunis et enterré en terre algérienne.

De février à mai, il a écrit Les Damnés de la terre qui paraissent, à Paris, juste avant sa mort. Ses ouvrages publiés : Peau noire, masques blancs (Le Seuil, 1952), L’An V de la Révolution algérienne (Sociologie d’une révolution, Maspero, 1959), Les Damnés de la terre (Maspero 1961, avec une préface de Jean-Paul Sartre), Pour une révolution africaine (Maspero, 1961, textes rassemblés après sa mort).

Ces ouvrages ont eu plusieurs rééditions et traductions dans de nombreuses langues : la plus récente en français, aux éditions de La Découverte.

La « Lettre à un Français », quoique plus largement destinée, a été probablement écrite pour Lacaton, psychiatre, Chef de service à Blida à la même époque que lui et qui venait de Bordeaux. Démocrate, plutôt à gauche, il a donné un coup de main à la résistance mais a très vite freiné. Il attendait de rentrer en France le plus vite possible. A sa lecture, on peut être frappé par la connaissance que Fanon a acquise de la société coloniale de l’époque.

La Lettre de démission est bien contextualisée dans la courte biographie donnée.

Quant à l’extrait de la troisième lettre, c’est vraisemblablement la dernière écrite par Fanon. Roger et Yolande Taîeb était un couple de juifs tunisiens très engagés. Outre leur engagement, ils étaient très cultivés et d’une grande hospitalité. Roger et Frantz étaient devenus très amis. Avec Roger Taieb, F. Fanon pouvait parler de tout.

Comme Alice Cherki l’écrit dans Frantz Fanon, portrait (Le Seuil, 2000), « cette lettre, écrite dans la solitude, loin de toute mise en scène, est le reflet le plus intime et le plus exact de l’état d’esprit de Fanon à cette dernière époque de sa vie ».

Alice Cherki et Christiane Chaulet Achour

* 1956 Lettre au Ministre Résident

Monsieur le Docteur Frantz Fanon

Médecin des Hôpitaux Psychiatriques Médecin-Chef de service

à L’Hôpital Psychiatrique de BLIDA-JOINVILLE

A Monsieur le Ministre Résident Gouverneur Général de l’Algérie

ALGER

Monsieur Le Ministre,

Sur ma demande et par arrêté en date du 22 octobre 1953, Monsieur le Ministre de la Santé Publique et de la Population a bien voulu me mettre à la disposition de Monsieur le Gouverneur Général de l’Algérie pour être affecté à un Hôpital Psychiatrique de l’Algérie. Installé à l’Hôpital Psychiatrique de Blida-Joinville le 23 novembre 1953, j’y exerce depuis cette date les fonctions de Médecin-Chef de service. Bien que les conditions objectives de la pratique psychiatrique en Algérie fussent déjà un défi au bon sens, il m’était apparu que des efforts devaient être entrepris pour rendre moins vicieux un système dont les bases doctrinales s’opposaient quotidiennement à une perspective humaine authentique. Pendant près de trois ans je me suis mis totalement au service de ce pays et des hommes qui l’habitent. Je n’ai ménagé ni mes efforts, ni mon enthousiasme. Pas un morceau de mon action qui n’ait exigé comme horizon l’émergence unanimement souhaitée d’un monde valable.Mais que sont l’enthousiasme et le souci de l’homme si journellement la réalité est tissée de mensonges, de lâchetés, du mépris de l’homme ? Que sont les intentions si leur incarnation est rendue impossible par l’indigence du cœur, la stérilité de l’esprit, la haine des autochtones de ce pays ?La Folie est l’un des moyens qu’a l’homme de perdre sa liberté. Et je puis dire, que placé à cette intersection, j’ai mesuré avec effroi l’ampleur de l’aliénation des habitants de ce pays. Si la psychiatrie est la technique médicale qui se propose de permettre à l’homme de ne plus être étranger à son environnement, je me dois d’affirmer que l’Arabe, aliéné permanent dans son pays, vit dans un état de dépersonnalisation absolue.

Le statut de l’Algérie ? Une déshumanisation systématique.

Or le pari absurde était de vouloir coûte que coûte faire exister quelques valeurs alors que le non-droit, l’inégalité, le meurtre multi-quotidien de l’homme étaient érigés en principes législatifs. La structure coloniale existant en Algérie s’opposait à toute tentative de remettre l’individu à sa place.

Monsieur le Ministre il arrive un moment où la ténacité devient persévération morbide. L’espoir n’est plus alors la porte ouverte sur l’avenir mais le maintien illogique d’une attitude subjective en rupture organisée avec le réel ?

Monsieur le Ministre, les événements actuels qui ensanglantent l’Algérie ne constituent pas aux yeux de l’observateur un scandale. Ce n’est ni un accident, ni une panne de mécanisme.

Les événements d’Algérie sont la conséquence logique d’une tentative avortée de décérébraliser un peuple. Il n’était point exigé d’être psychologue pour deviner sous la bonhomie apparente de l’Algérien, derrière son humilité dépouillée, une exigence fondamentale de dignité. Et rien ne sert, à l’occasion de manifestations non simplifiables, de faire appel à un quelconque civisme. La fonction d’une structure sociale est de mettre en place des institutions traversées par le souci de l’homme. Une société qui accule ses membres à des solutions de désespoir est une société non viable, une société à remplacer.

Le devoir du citoyen est de le dire. Aucune parole professionnelle, aucune solidarité de classe, aucun désir de laver le linge en famille ne prévaut ici. Nulle mystification pseudo-nationale ne trouve grâce devant l’exigence de la pensée.

Monsieur le Ministre, la décision de sanctionner les grévistes du 5 juillet 1956 est une mesure qui, littéralement, me paraît irrationnelle. Ou les grévistes ont été terrorisés dans leur chair et celle de leur famille, alors il fallait comprendre leur attitude, la juger normale, compte tenu de l’atmosphère.

Ou leur abstention traduisait un courant d’opinion unanime, une conviction inébranlable, alors toute attitude sanctionniste était superflue, gratuite, inopérante.

Je dois à la vérité de dire que la peur ne m’a pas paru être le trait dominant des grévistes. Bien plutôt il y avait le vœu inéluctable de susciter dans le calme et le silence une ère nouvelle toute de dignité et de paix.

Le travailleur dans la cité doit collaborer à la manifestation sociale. Mais il faut qu’il soit convaincu de l’excellence de cette société vécue. Il arrive un moment où le silence devient mensonge.

Les intentions maîtresses de l’existence personnelle s’accommodent mal des atteintes permanentes aux valeurs les plus banales.

Depuis de longs mois ma conscience est le siège de débats impardonnables. Et leur conclusion est la volonté de ne pas désespérer de l’homme, c’est-à-dire de moi-même.

Ma décision est de ne pas assurer une responsabilité coûte que coûte, sous le fallacieux prétexte qu’il n’y a rien d’autre à faire.

Pour toutes ces raisons, j’ai l’honneur, Monsieur le Ministre, de vous demander de bien vouloir accepter ma démission et de mettre fin à ma mission en Algérie, avec l’assurance de ma considération distinguée.

http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-un-militant-anticolonialiste-farouche-frantz-fanon-78298240.html


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