DzActiviste.info Publié le jeu 10 Jan 2013

Fuite des capitaux vers l’étranger :La saignée s’accélère

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L’exportation illicite des capitaux en devises vers l’étranger est en passe de devenir en Algérie le sport favori de certains mafieux au col blanc.
Le Global Financial Integrity, organisme américain qui traque les mouvements suspects des capitaux à travers le monde prédit pour 2012  selon certaines indiscrétions à environ 2 milliards de dollars la manne en devises sortie illégalement du pays sous différentes formes.
Mais où atterrit l’argent exporté illégalement du pays ? Généralement dans des banques taillées sur mesure ou ciblées. Les paradis fiscaux sont bien sûr le point de chute des valises remplies de dollars. Collecteur et redistributeur à la fois, le paradis fiscal assure l’effacement des traces de certains mouvements de capitaux, grâce notamment à l’entrée en jeu de sociétés écrans crées pour une mission déterminée : blanchir l’argent et le réexpédier vers une destination à investissement (Europe en priorité).
En haut d’affiche des destinations devenues bizarrement attractives pour les fraudeurs, Alicante et Marseille.
Si pour la première, les prix de l’immobilier en chute libre suite à la crise financière du pays ont attiré les rapaces algériens, Marseille par contre de part sa situation géographique fait rêver les malfrats à s’y installer et investir grâce à l’argent sorti frauduleusement d’Algérie.
Un ambassadeur algérien en poste dans une capitale européenne s’est offert en 2011 un appartement luxueux dans la ville d’Alicante. Il est vrai que les montants des transactions immobilières font frissonner plus d’un. Un F6 de 186 m2 situé dans la zone de San Fernando est mis actuellement en vente par une banque pour une modeste somme de 210 000 euros seulement. Le même appartement aurait une valeur quadruplée s’il était situé dans une ville française de seconde zone. 7à 8 fois plus pour le même bien implanté dans la région parisienne.
Mais l’ambassadeur n’est pas le seul sur la liste des acquéreurs algériens, des patrons d’entreprises, des hauts cadres de sociétés, des médecins, des agriculteurs, figurent parmi les acheteurs de biens immobiliers en Espagne, rapporte une source crédible habitant la ville d’Alicante depuis une décennie.
De son côté, la cité phocéenne est devenue ces dernières années la Mecque des transactions immobilières effectuées par les ressortissants algériens décidés à faire fuir leurs capitaux d’Algérie et s’assurer d’un pied à terre en France. 
Anciens ministres, commerçants en tous genre, industriels, cadres de l’administration algérienne, ils sont des dizaines à avoir placé ces cinq dernières années « leur argent » à Marseille, Nice, Lyon et Paris en achetant des biens (villas, appartements, hôtels, commerces, etc.…).
Parmi ces vautours, un industriel de Chlef est passé à la vitesse supérieure en 2012. Il n’est autre que le patron du GSG (groupe sanitaire général) sis à Chlef. Représentant exclusif d’une marque automobile allemande dans cette ville, A. R. a procédé rien qu’en 2012 à l’achat de deux hôtels à Marseille.
En effet, R., également patron de la briqueterie El Ouarsenis (Chlef toujours) a crée le 23 janvier 2012 la Sarl Faray au 12, impasse Dupre dans le 15ème arrondissement de Marseille. En octobre dernier, le couple R. via leur Sarl Faray prend possession de l’hôtel La Caravelle sis au 5 rue Guy Mocquet (6 ème arrondissement marseillais). L’appétit de cet industriel ne s’arrêtera pas là puisque deux mois plus tard, le 21 décembre précisément il signera l’acte d’achat d’un autre établissement hôtelier jusque là propriété d’un couple d’anciens employés de l’OAIC et situé au 32 rue Paradis, endroit très prisé par les enseignes de marque. L’accord global sur l’achat du fonds de commerce et des murs de l’hôtel Le Provençal aurait été fixé à plus de 600 000 euros. Ce concessionnaire automobile de Chlef était d’ailleurs en concurrence avec deux autres algériens, intéressés par l’acquisition de cet établissement hôtelier. Il est question d’un homme d’affaire de Tiaret et un ancien joueur de l’EN championne en 1990 de la coupe d’Afrique des nations de football. Un élu du 4ème arrondissement marseillais, un temps intéressé par l’achat de cet hôtel avait préféré prendre possession quant à lui d’un bien similaire situé sur le prolongement de la même rue. L’hôtel Esterel précisément, appartenait à un ressortissant algérien.
Déjà possesseur de plusieurs appartements mis en location dans la cité phocéenne, R. mis à part ces deux acquisitions en 2012 d’hôtels marseillais viserait selon des sources crédibles à élargir son champ d’activité et serait prêt à mettre la main sur d’autres biens mis en vente essentiellement par des propriétaires algériens ou franco-algériens.
Selon des indiscrétions, le DRS aurait déjà ouvert une enquête sur cet opérateur économique bien introduit dans les milieux d’affaires algérois. Certains se demandent même s’il n’est tout simplement pas l’homme de paille d’un général algérien qui agit dans l’ombre.
Dix ans auparavant, un autre algérien s’était distingué par ses investissements dans le secteur du tourisme marseillais. Il est question d’un ancien wali de l’Est, M.D. Le 29 janvier 2002, il avait acheté le fonds de commerce de l’hôtel Massilia sis au 25, boulevard Salvator à Marseille 6ème. La Sarl Nady Hôtel dispose par ailleurs d’un autre hôtel au 157 cours Lieutaud (13006). En plus clair, D. est patron de deux établissements de tourisme dans le sud est de la France.
En matière d’achats de biens immobiliers toujours, un ancien chef d’un parti d’opposition s’est offert en 2011 un appartement situé à la rue Saint-Suffren et à quelques pas de la réputée place Castellane (13006).
Selon bon nombre d’agents immobiliers installés à Marseille, l’année 2013 pourrait connaitre l’accélération du rythme d’achat de biens immobiliers en France par des ressortissants algériens. « Les demandes d’achat sont nombreuses, j’ai effectivement plusieurs algériens désireux d’acquérir des appartements ou des affaires commerciales. Nous, on n’est pas là pour chercher si ces gens viennent ici blanchir leur argent ou pas, nous on est là pour vendre ou louer des biens » rétorque un patron associé d’une agence immobilière du centre ville marseillais. Tout est bon pour expédier à l’étranger le trésor caché qui aiderait à obtenir un pied à terre en Europe. 
Dans ce contexte, il est utile de se demander si l’Algérie collabore avec le TRACFIN (traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins) ? Ce service français chargé d’enquêter sur toute présomption de soupçon en matière de fraude financière est en mesure de fournir toutes les preuves matérielles impliquant des algériens dans ce genre d’opérations de transfert illicite de devises étrangères. Tous les renseignements détenus par cet organisme proviennent essentiellement des banques françaises (80% des déclarations). Des observateurs estiment cependant que le TRACFIN pourrait fermer l’œil sur ces mouvements de capitaux provenant d’Algérie en prenant en compte les investissements attendus des auteurs de ces opérations. Force est de constater aussi que l’acheminement vers la France ou vers l’Espagne de ces montants astronomiques connait des itinéraires exigeant des enquêtes minutieuses et des commissions rogatoires appelées à débusquer les malfrats. L’Espagne contrairement à la France a balancé aux algériens ses listings comportant les noms et les montants qui avaient atterris dans les banques ibériques.
Djamel Bara LQA


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