DzActiviste.info Publié le mar 22 Avr 2014

Gabriel García Márquez est éternel ! (que Dieu ait son âme)

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Gabriel García Márquez est éternel ! (que Dieu ait son âme)

Gabriel García Márquez, né le 6 mars 1927, à Aracataca, petite ville de Colombie, vient de mourir, au bel âge de 87 ans. Certes s'attendait-on, depuis un certain temps, à ce décès : la santé de Marquez était défaillante et il était hospitalisé, depuis plusieurs jours, pour une infection aiguë des poumons. Chronique d'une mort annoncée, donc, pour paraphraser le titre de l'un de ses meilleurs romans ! Mais, enfin, la disparition d'un génie des lettres, que le prix Nobel de littérature vint consacrer en 1982, laisse toujours orphelins ses lecteurs assidus, dont je suis, leur instillant ainsi dans leur mélancolique souvenir un goût, paradoxalement, aussi émouvant qu'amer. C'est la vie, la triste vie, hélas ! De cette précarité de l'existence, inhérente à la fragilité de la condition humaine, Gabriel García Márquez, qui fut aussi un grand journaliste (au Mexique et en Espagne, notamment), en était parfaitement conscient, ainsi qu'il l'avait lui-même confié en un de ses magnifiques contes fantastiques, emblématiquement intitulé, comme anticipant là de trois ans ce funeste parcours du temps, «Mémoire de mes putains tristes»: L'année de mes quatre-vingt dix ans, j'ai voulu m'offrir une folle nuit d'amour avec une adolescente vierge. Je me suis souvenu de Rosa Cabarcas, la patronne d'une maison close qui avait l'habitude de prévenir ses bons clients lorsqu'elle avait une nouveauté disponible. Je n'avais jamais succombé à une telle invitation ni à aucune de ses nombreuses tentations obscènes, mais elle ne croyait pas à la pureté de mes principes. La morale aussi est une affaire de temps, disait-elle avec un sourire malicieux, tu verras. Mon cher Oscar Wilde, à qui Gabriel García Márquez, dandy à ses heures perdues, avait emprunté l'élégante habitude d'arborer un œillet à sa boutonnière, l'avait, du reste, déjà proclamé, ainsi que l'atteste un de ses plus célèbres aphorismes : «Je résiste à tout, sauf à la tentation.» Il ajouta, dans «le Critique comme artiste», cette sentence lapidaire et pourtant limpide, confirmant par là à quel point l'esthétique s'avère, en dehors de toute considération d'ordre moral ou temporel, supérieure à l'éthique : «Tout art est immoral.» C'était aussi là le credo de García Márquez ! Le «réalisme magique» de García Márquez est teinté de cette flamboyance tragique (voir des textes tels que «l'Incroyable et triste Histoire de la candide Erendira et de sa grand-mère diabolique» ou encore «l'Automne du patriarche»). Dans ce superbe récit qu'est «l'Amour au temps du choléra», il écrit: «La seule chose que je regretterai en mourant, c'est que cela ne soit pas par amour.» Qu'à cela ne tienne : si García Márquez, ainsi qu'il l'avait prédit à regrets, n'est malheureusement pas mort par amour, bien qu'il vienne de s'éteindre paisiblement chez lui, auprès de sa femme et de ses enfants, mais à cause des simples, quoique douloureux, effets de cette incurable et inexorable maladie qu'est la vieillesse, ses lecteurs se souviendront de lui, grâce à son immense talent de conteur, avec respect tout autant que de gratitude, et pourquoi pas, d'amour. » LIRE. "Comme je suis devenu García Márquez", par García Márquez Il est évident, du reste, que son œuvre, comme pour tous les grands hommes, lui survivra: c'est là l'un des miracles, inespérés, de l'Art. Cette immortalité, la vraie, celle qui n'a pas besoin d'académie, française ou autre, pour advenir -, elle est déjà en germe en son roman le plus fameux, qui le rendit célèbre mondialement : «Cent ans de solitude», paru en 1967. Reste que pour nous, survivants à l'ombre de ses livres, c'est une nouvelle solitude littéraire, sinon tout simplement humaine qui se profile à l'horizon. Notre seule consolation, mais quelle énorme consolation : Gabriel García Márquez, l'écrivain, est, lui, éternel !

Daniel Salvatore Schiffer Philosophe


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