DzActiviste.info Publié le lun 23 Sep 2013

Gaz de schistes : « 40 ans », que c’est court !

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Gaz de schistes : « 40 ans », que c’est court !

Sans surprise le ministre de l’Énergie et des Mines, Youcef Yousfi, a annoncé l’intention de son secteur de lancer des projets d’exploration de «shales gas». La révision de la loi sur les hydrocarbures n’avait de raison d’être que cette perspective : l’exploitation à brève échéance de ces hydrocarbures « non-conventionnels ». Les promoteurs du « nouveau » texte de loi l’ont soigneusement caché à l’opinion nationale. Ils nous disaient que « L’exploitation interviendra à l’horizon 2050 » ! Aujourd’hui il est clair que ce n’était-là que manœuvres et tromperies. L’annonce est faite et établit que l’exploitation de cette ressource décriée s’impose à la nation par le mensonge, la duperie et aussi par une forme de chantage.

Un choix illégitime et antinational.

Nous avons été quelques-uns à dénoncer la démarche gouvernementale. À souligner la dangerosité de l’arbitrage en défaveur des gaz de schistes. A dire qu’il faut consacrer les gigantesques ressources hydriques du Système Aquifère du Sahara Septentrional au développement des zones sahariennes et des hauts plateaux. L’affectation de cette ressource à l’exploitation des gaz de schistes n’est pas une fatalité. Elles seraient mieux utilisées si elles étaient affectées à d’autres emplois.

L’autre reproche et pas le moindre, réside dans la nature des cadres et les formes occultes qui ont procédés à cet arbitrage. Ce choix est le fait du prince, une décision autoritaire. Pourtant, son importance devrait faire qu’il soit, au minimum, opéré dans le cadre du Conseil national de l’énergie ; ou, encore de manière plus idéale, dans le cadre d’assises nationales impliquant toutes les compétences nationales qualifiées pour ce type de choix.

Le Conseil national de l’énergie reste toujours aux abonnés absents et le potentiel d’intelligence dans ce secteur, comme dans tant d’autres, subit la marginalisation. D’où l’illégitimité patente de cet arbitrage.

A la longue liste de griefs pourrait être ajouté celui-là : en l’état où s’opère ce choix, personne ne peut anticiper l’impact de la fracturation hydrochimique des schistes sur les mers souterraines d’eau Sahariennes. Ailleurs, cette technique incontournable dans l’exploitation des hydrocarbures non-conventionnels a été source de pollution, de détérioration de l’environnement, et aussi d’apparition d’activités sismiques d’intensité considérable là où il n’en existait pas.

Khellil pour cacher la forêt ?

Les révélations sur la gestion Khellil marquent depuis des semaines notre actualité. Mais cela sans induire la moindre mise en cause de la gestion du secteur. Pourtant l’ampleur des méfaits présumées, attribuées à l’ancien ministre du secteur, dénotent avec la disculpation des modes de gestion du secteur. Ces malversations peuvent aisément illustrer la manière dont ce secteur est l’objet d’une gestion prédatrice, inféodée aux intérêts des majors et contraire à nos intérêts nationaux. La « personnification » excessive de ces révélations les fait apparaitre comme une diversion sur des problèmes encore plus graves : ceux de la stratégie de gestion du secteur en lui-même, de façon particulière, et de la définition d’une stratégie nationale de développement de façon générale.

Il serait intéressant d’examiner comparativement les politiques suivies par le « ministère Khellil » et le « ministère Yousfi » et de déterminer si elles sont à ce point différentes. Cette comparaison pourrait faire apparaître que les quelques milliards de dollars de possibles détournements et commissions reprochés à l’un peuvent paraître négligeables et s’estomper devant la démesure de la dilapidation des ressources stratégiques du pays et la compromission de ses chances de développement qui découlent des politiques poursuivies par tous.

Tant de mépris pour les algériens.

Dans le même temps, c’est à la panse des Algériens que le gouvernement s’est adressé pour réviser la LHC. Attitude méprisante qui s’ensuit naturellement de la stratégie de corruption de la société dans son entièreté. Selon le postulat de cette stratégie prédatrice, l’Algérien peut être menée par le bout de son climatiseur, le carburateur de son « 4×4 » et au besoin anesthésié par les performances aléatoires d’une équipe nationale de football, groupe hétéroclite, préfabriqué de toutes pièces.

Le gouvernement « a rué dans les brancards » en cherchant principalement à nous faire peur : à l’horizon 2025, l’énergie va manquer ! Cet alarmisme dramatisé à dessin et surtout focalisé sur le choix arbitraire de satisfaire les besoins énergétiques du « matou Algérie » tourne le dos à l’impérative recherche de stratégies tendues à l’éveil de l’Algérie en un « lion de l’Atlas ». En faisant peur le gouvernement s’est dispensé de son obligation d’expliquer et de convaincre.

Une stratégie prédatrice.

C’est ce qu’il fait depuis un moment. Depuis le début de ce siècle, le gouvernement a monétisé de façon effrénée nos hydrocarbures. Il thésaurise une partie de cette manne, en redistribue une autre pour corrompre la société [1], le reste il le met en circulation dans des circuits et des formes qui n’induisent aucune accumulation dans l’économie algérienne. Ce cycle infernal de paupérisation nationale est entretenu. Monétisation des hydrocarbures, affectation d’une partie des ressources à des emplois de confort comme inauguré par le fameux PAP[2] de Chadli, mise en circulation d’une énorme masse monétaire pour qu’in fine soit alimentés des circuits obscurs de l’import import et des transferts vers les paradis fiscaux. Les augmentations salariales du premier semestre 2011 ont entrainées une ahurissante progression du parc automobile, d’où la tendance haussière de la consommation énergétique domestique, cette conséquence sert à son tour de prétexte à la casse des schistes qui permettra la circulation, cette fois dans des circuits internationaux, de sommes astronomiques de monnaies lourdes. La machine est bien huilée !

Tout est illégitime dans cette histoire, tant les politiques suivies, les besoins mis en avant que les politiques prônées pour les satisfaire. Les choix et les manières avec lesquelles ils s’opèrent, le maintien à distance de la société dans des décisions qui engagent son avenir, tous ces aspects sont à condamner et à rejeter.

« Cui Bono ? », toute politique a ses bénéficiaires.

Maintenant qu’une partie du mensonge est dévoilée. Que le véritable horizon de l’application de la « Loi Yousfi » est établi, les Algériens devraient avoir la présence d’esprit de s’interroger sur l’identité de ces experts qui se bousculent, aux tribunes des symposiums, pour nous vanter l’« Eldorado » des hydrocarbures non-conventionnels. Ces gens-là ne se trémoussent jamais sans raison. Ils ne le font que lorsque le filon est juteux. Mais toute la question est de savoir pour qui il l’est ? Les algériens peuvent-ils croire à la nouvelle fable, selon laquelle les majors pétroliers, qui dans leur histoire n’ont jamais hésité à asservir les peuples, se démèneraient, cette fois, pour faire notre bonheur !? Les temps auraient-ils à ce point changé ?

Regardons juste cette affaire avec un peu de lucidité Ce sont ceux-là qui vont nous « vendre leurs technologies » qui s’accablent à tracer « nos politiques » ! « Allez aux gaz de Schistes, c’est votre seule voie de salut !! » disent-ils à ces tribunes périodiques que leur offre le MEM. Mais, pour y aller nous devons tout leur acheter ; leurs technologies, leurs foreuses, leurs camions, leurs additifs, leur cilice, leurs adoucisseurs d’eau, etc., etc., et que pouvons-nous, raisonnablement, escompter comme retour sur investissements, nous qui aurons condamné pour l’éternité notre Sahara et nos hauts plateaux ?

Dans les années 1970, la stratégie algérienne était d’éviter que nos hydrocarbures ne soient captifs de l’industrie pétrolière française. Les cadres du secteur ont su forger des stratégies gagnantes. Que les revenus générés aient été mal employés n’enlève rien au génie de ces hommes. Mais quel est le sort qui est fait aujourd’hui à cette intelligence ? Quel est le sort qui est fait à cette ambition ?

 


[1] Il aurait été plus « correcte » de dire : « acheter la paix sociale » ? Corrompre la société me semble plus pertinent.

[2] PAP : Plan anti pénuries.


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