DzActiviste.info Publié le dim 25 Nov 2012

Gaz de Schistes : la question se règle aujourd’hui !

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 À quoi correspond la déclaration de Mr Abdelmalek Sellal ? Tant que le silence du ministre de l’Énergie persistera, qui pourra le dire avec certitude? Le premier ministre s’est distingué sur cette question des gaz de schistes par des déclarations singulières. Il est passé de l’affirmation que l’Algérie est en mesure d’exploiter les gaz de schistes dans 10 ans et que le pays en a les moyens, à celle du renvoi de cette exploitation à l’horizon 2040 – 2050 ! Que s’est-il passé entre ces deux déclarations ? Dès lors que la première déclaration de Mr Sellal est manifestement une affirmation légère, rien n’assure que la seconde soit une parole d’État à prendre « sérieusement » au sérieux ?! Voilà où mène le style imprimé à l’exercice du pouvoir en Algérie. Un style qui en tout et sur tout ne véhicule que mépris et défiance à l’égard de l’opinion et du peuple. Une parole publique dévalorisée. Une ligne gouvernementale illisible. Un pouvoir dont l’arrogance n’a d’égal que l’opacité de ses intérêts et l’étroitesse de sa base sociale.

L’absence inexplicable des démocrates


Il y a des absents de taille dans cette bataille autour de l’exploitation des gaz de schistes. Une bataille que mènent des plumes libres dans les colonnes de la presse nationale.  Avec quelques forces saines émergentes ; des cadres intègres qui ont encore un attachement réel aux intérêts du pays et un respect d’eux-mêmes qui a miraculeusement survécu aux vicissitudes d’une carrière dans un système hostile à la compétence et à l’intégrité.

Les absents ce sont les démocrates. De ce que je connais de leurs positions, la déception est à la mesure des enjeux. Parmi eux, il y a ceux qui, engagés dans des batailles électorales, ont tout de même pris le temps d’exprimer « leur démarcation ». Une condamnation de principe qui doit tenir lieu de combat. L’un dans une courte déclaration lors d’une conférence de presse, l’autre dans une déclaration émanant de sa direction. Des rejets qui entendent prendre de la distance avec « une option qui fait perdurer la rente » ! Ça en dit long non seulement sur la sous-estimation de la question présente, mais de l’ensemble de la problématique économique algérienne. Se pourrait-il que l’Algérie puisse du jour au lendemain se passer de la mobilisation de la rente pétrolière ? Aurait-elle un levier secret qui lui permettrait d’asseoir son développement sur d’autres ressources ? Voilà un autre débat intéressant.

Il y a aussi, il faut s’y arrêter, ceux qui pensent que les paradigmes écologiques qui prennent de plus en plus de place dans les approches politiques sont une « invention » du centre capitaliste pour contraindre et contrarier l’émergence de puissances qui lui sont étrangères et concurrentes (sic !) !! Et de conclure ; que l’opposition à l’exploitation des Gaz de Schistes participe de cette logique perfide qui travaille au maintien de l’Algérie dans son sous-développement (resic).Il suffit d’observer que sans l’implication des États-Unis il ne saurait être question d’une quelconque exploitation des Shale Gas en Algérie pour relever immédiatement l’absurdité du raisonnement.

L’alliance islamo-américaine


Il reste les islamistes, que certains pourraient croire capables d’un quelconque intérêt sur le sujet qui nous intéresse. Il faut voir que cette question touche à deux considérations sur lesquelles les islamistes ne peuvent avoir les positions que leur prêterait le sens populaire commun. L’une ne les interpelle pas et l’autre les engage à la plus grande retenue. La première, celle de la souveraineté nationale qui n’est pas parmi leurs préoccupations essentielles, bien au contraire. Pour eux « l’attachement à la souveraineté nationale » n’est que la manifestation d’un mimétisme à l’égard de l’occident, une manifestation de l’essence même de ce qu’ils appellent  « Hizb França », un concept (diabolique ?) qui détourne les croyants de leur devoir de participation à la reconstruction de « l’Oumma ». Pourquoi donc iraient-ils réveiller un quelconque attachement à ce sentiment « occidentaliste » qui contrarie la grande fraternité islamiste ? D’autant plus que, dans le cas présent,  cette souveraineté est battue en brèche par les intérêts d’un oncle Sam qui voit d’un regard bien veillant leur possible accession aux commandes du pays. Non, les islamistes n’ont aucune raison de s’inviter dans ce débat sur la stratégie politique du pays. Tout autant que l’oligarchie bureaucratique, leurs intérêts sont aux antipodes de ceux de la Nation.

Le gouvernement : une parole décrédibilisée.


Après avoir montré une obstination à toute épreuve dans l’option de la valorisation des Shale Gas, le pouvoir, à la surprise générale, retourne sa veste et renvoie sine die l’option qui lui tenait tant à cœur. Pourtant il la présentait comme un choix, à ce point vital pour le pays que son existence même en dépendrait !! Y aurait-il eu une découverte d’un champ supergéant de pétrole à Ahnet[1] ?  Si tel est le cas, il y’a intérêt à ce qu’il s’agisse d’un nouveau Ghawar[2] pour justifier ce retournement de position; si retournement il y’a ?!

Les atermoiements flagrants du pouvoir ont pour le moins un mérite : ils démontrent l’absence de stratégie nationale dans le domaine le plus névralgique pour le pays, celui de l’énergie et plus spécialement des hydrocarbures. Il est donc urgent que l’opinion démocratique et patriotique se mobilise. La définition de la stratégie énergétique nationale ne peut plus se régler dans les conciliabules d’alcôves de l’oligarchie bureaucratique, ni dans les manigances avec les chancelleries étrangères. Trois mesures d’urgence devraient être au centre d’une large mobilisation.

Stop au Fraking, Conseil National  de l’énergie et Livre blanc !


La première doit rassurer sur la récente déclaration du premier ministre, montrer qu’il ne s’agit pas d’une manœuvre visant à laisser passer la mobilisation avant de revenir à la charge à la faveur de la présidentielle ou d’un remaniement gouvernemental. Une disposition interdisant le Fraking (fracturation hydraulique de la roche-mère, procédé invasif, polluant et source d’une activité sismique « anthropique ») doit être introduite dans la révision de la loi sur les hydrocarbures. Ou bien, une loi instituant une veille technologique sur les techniques d’exploitation des Shale Gaz avec interdiction du Fraking doit être présentée au parlement. Sans cela, la déclaration faite devant les partenaires sociaux ne garantit en rien une réelle avancée sur le dossier de l’exploitation controversée des Gaz de Schistes.

Les deux autres mesures sont solidaires et se complètent. Il s’agit de l’activation du Conseil National de l’Énergie – avec, il est souhaitable, un élargissement de sa composante pour intégrer les départements de la santé, de l’environnement, des ressources hydriques et de l’aménagement du territoire, et de l’agriculture –, s’adjoint à cela l’organisation d’un débat national sur la stratégie énergétique aux fins d’évaluer les politiques suivies jusque-là et d’élaborer une stratégie globale. Ce débat serait sanctionné par un livre blanc.

Il est à espérer que les patriotes et démocrates prennent la mesure de l’importance des questions que soulèvent l’option de valorisation des Shale Gas, l’absence de stratégie énergétique nationale qui articule les volets relatifs aux énergies classiques et renouvelables dans une optique qui assure la sécurité du pays et réunit les conditions de son envol socio-économique. Le volet écologique de la question actuelle n’est pas des moindres, mais il est loin d’être son seul impact. Les conséquences des projections en cour impacteront l’Algérie et les Algériens bien au-delà de l’horizon 2050.


[1] Sonatrach a foré son premier puits de gaz de schiste dans le bassin de l’Ahnet, situé au sud d’In Salah

[2]Ghawar est le plus grand gisement pétrolier au monde, situé en Arabie saoudite, il s’étend sur une surface de 280 km de longueur et de 30 km de largeur.


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