DzActiviste.info Publié le mer 5 Juin 2013

Général YALA: «Agir pour sauver l’Algérie, une urgence»

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Par Fayçal Metaoui
El Watan 05/06/2013

general-yala-2Mohand-Tahar Yala, Général à la retraite,analyse la situation politique actuelle du pays

Le général à la retraite Mohand-Tahar Yala propose la création d’un mouvement citoyen national. Un mouvement qui doit se développer plus tard en parti politique. Pour Mohand Yala, l’Algérie est ciblée par un ennemi doté d’une «intelligence satanique» pour accéder aux ressources naturelles.

Il y a urgence d’agir pour sauver l’Algérie. Le général à la retraite Mohand-Tahar Yala en est convaincu. «Agir oui, mais dans le cadre d’un projet politique avec des objectifs et une stratégie pour les atteindre. Un projet qui mettra l’Algérie sur le chemin qu’il faut et qui sera une base pour l’ensemble de la société évitera au pays d’autres crises», a-t-il appuyé lors des rencontres d’El Watan. Selon lui, il n’existe pas de projet politique dans le pays. «Il n’y a que des idéologies qui s’entrechoquent et qui n’entraînent pas l’adhésion de l’ensemble de la société. Autrement dit, des idées qui vont nous mettre devant les mêmes problèmes que nous avons vécus par le passé», a-t-il insisté. La phase transitoire est, à ses yeux, la plus difficile.

Cette phase doit être mise à profit pour établir «un pacte de citoyenneté». «Un pacte qui détermine les grandes lignes qui vont être intégrées dans la future Constitution. Une Constitution qui doit avoir des garde-fous et garantir l’équilibre des pouvoirs. Nous avons des constitutionnalistes qui sont compétents et qui peuvent le faire», a-t-il noté.

L’invité d’El Watan a indiqué que le «Pacte de citoyenneté» peut être élaboré par un groupe de juristes, de constitutionnalistes et de spécialistes. «Ils doivent veiller à y mettre des dénominateurs communs de sorte à ce qu’il n’y ait plus de conflit. Dans d’autres pays, sans pacte, la citoyenneté prime. Il n’y a qu’à citer le Canada, Singapour, les Etats-Unis… Il faut évacuer tout ce qui peut diviser. La citoyenneté doit protéger la démocratie. On peut avoir une fausse démocratie, mais pas une fausse citoyenneté. La citoyenneté est la concrétisation de tout ce qui concourt à la sauvegarde de l’unité nationale en s’opposant à toute forme de xénophobie et en favorisant tout ce qui contribue à l’érection d’une véritable société civile», a-t-il soutenu.

Le mouvement de citoyenneté doit, selon lui, se structurer pour se développer en parti. «Cette structuration n’a pas, jusqu’à un passé récent, constitué une priorité ; elle est en train de se faire et sera rendue publique dans quelques semaines, comme légitimement beaucoup le souhaitent», a-t-il précisé.
L’essence du mouvement est, d’après lui, populaire. «Le mouvement de citoyenneté n’ambitionne pas de présenter un candidat à l’élection présidentielle dans la continuité de ce que nous dénonçons avec vigueur et croyance, mais un candidat à l’édification d’un Etat de citoyenneté», a noté Mohand-Tahar Yala. Il s’agit, d’après lui, de réunir tous les paramètres pour aller vers «une deuxième» République.

Statut d’ancien militaire

Le général à la retraite est-il intéressé par une candidature à la magistrature suprême ? «Cela dépend du moment, des objectifs et de ceux qui sont avec moi. Il y a deux ans, on m’a approché de plusieurs directions pour que je crée un parti. Je n’ai pas voulu, car je serai parti à la trappe, comme tous les partis créés. Créé un parti dans le sens algérien, c’est être normalisé et banalisé, disparaître après», a-t-il expliqué.

Un comité national représentatif de toutes les régions et de toutes les idéologies sera, selon lui, créé dans les prochaines semaines pour préparer le lancement du mouvement politique. Il sera doté d’un document directeur. Il a indiqué que ce comité sera ouvert aux civils et aux militaires. «Il faut absolument qu’on s’entende entre nous (…) Notre action vise à poser tout d’abord les bases pour que l’Algérie ne vive plus jamais les tragédies et les dérives qu’elles a vécues depuis deux siècles et pour qu’ils soit permis aux Algériens de rêver de vivre dans un pays fort et juste, résolument tourné vers le développement», a-t-il expliqué

L’Algérie est, selon lui, à un moment crucial de son histoire. «La presse doit jouer pleinement son rôle de quatrième pouvoir pour contribuer à sauver notre pays qui a besoin de tous parce que chacun est concerné», a-t-il affirmé. «C’est aussi pendant ces moments cruciaux où l’histoire s’accélère que nous assistons malheureusement à une forte agitation politique avec l’émergence d’ambitions personnelles. Des ambitions de gens voulant plus être président de la République que d’avoir un pays apaisé et émergent. Le débat sur les candidatures à la présidentielle est tactique, il ne sortira pas l’Algérie de la crise», a-t-il insisté. Mohand-Tahar Yala est revenu sur son statut d’ancien militaire (il a été commandant des forces navales). «Ce statut de général, membre de l’état-major de l’ANP, m’induisait une retenue publique de faire état d’une quelconque appréciation positive ou négative, des champs politique, économique, social, sécuritaire et diplomatique.

La réglementation est claire à ce sujet et cela est valable dans tous les pays. Un général n’a pas le droit d’exprimer publiquement ce qu’il pense. Cela peut avoir une influence sur la société. Lorsqu’on sort de l’armée, on est tenu aussi par la réserve pendant deux à trois ans. La réserve, surtout les militaires qui font du commerce après. Le militaire est là pour protéger la nation. C’est l’appréciation que je fais de l’armée républicaine. L’armée a ses propres codes, missions et prérogatives. Et comme dans toutes les armées du monde, le bilan de son action n’est pas une joute publique», a-t-il estimé. Il rappelle que le commandant suprême des forces armées est le président de la République. «Donc, automatiquement, l’armée est sous autorité civile. C’est clair», a-t-il répondu à une question relative à la nécessité de mettre sous contrôle civil l’action des institutions de l’armée.

«Intelligence satanique»

«Le ministre de la Défense doit se présenter au Parlement puisque les budgets sont votés par les députés. Je me rappelle qu’à l’époque, le secrétaire général du ministère de la Défense préparait des dossiers pour passer à l’Assemblée nationale. A une certaine époque, il était interpellé. Ce n’est plus le cas. Cela dit, il y a toujours des budgets qui sont tenus au secret au ministère de la Défense. Mais même à ce niveau, il y a des contrôles. Je pense que le problème de l’Algérie, ce n’est pas encore cela. On veut montrer du doigt les militaires dès que l’occasion se présente», a-t-il souligné.

«Je soupçonne ce doigt systématiquement pointé sur les cadres de l’ANP anciens et actuels, comme étant le résultat du travail de sape des ennemis de notre pays qui veulent à tout prix empêcher l’émergence d’un ‘Etat nation’, symbole de développement et de puissance. En effet, l’armée étant la ‘colonne vertébrale’ de l’Etat, la responsabiliser de toutes les dérives et généraliser cette responsabilité est le meilleur moyen de l’éloigner du peuple dont elle est pourtant issue et de réaliser cette fracture», a-t-il analysé. L’ancien général Mohand Tahar Yala évoque «l’ennemi extérieur» qui convoite l’accès des ressources naturelles du pays et qui serait doté «d’une intelligence satanique». «Un ennemi qui inscrit cette convoitise dans une démarche patiente, privilégiant le long terme et exploitant la moindre de nos faiblesses et la moindre faiblesse de nos responsables.

Cet ennemi intelligent pratiquant avec art ce que l’on appelle la stratégie indirecte, un ensemble d’ingrédients pour détruire un pays», a-t-il appuyé. Il a estimé que les questions stratégiques du pays doivent être débattues collectivement avant la prise des décisions. «Il faut mobiliser les diplomates, les députés, pour prendre une décision, faire appel à des sondages d’opinion, pourquoi pas. L’Algérie est devenue très faible sur le plan diplomatique. Lors de l’attaque de Tiguentourine, où était le président ? Au Japon, en Grande-Bretagne, en France, aux Etats-Unis, des états-majors se sont réunis pour étudier la situation. Ici, on n’a rien vu», a-t-il observé.

Selon lui, l’Algérie peut construire jusqu’à 50% de ses besoins dans le secteur maritime. «Je suis presque contre les contrats d’armement. C’est une question de souveraineté. Si nous achetons de l’armement ailleurs, nous sommes dans une souveraineté limitée», a-t-il déclaré. L’Algérie, d’après lui, n’est pas encore sortie de sa dépendance de l’ex-bloc de l’Est pour ses approvisionnements en équipements militaires. «Mais, il y a eu des tentatives pour le faire», a-t-il dénoncé.

à propos de la vacance du pouvoir : «Cette question se pose depuis 2005»

Faut-il prononcer l’état de vacance du pouvoir après la maladie de Bouteflika et son transfert en France pour soins ? «Je n’ai pas de réponse, mais cette question se pose depuis 2005», a-t-il répondu. En 2005, le président de la République a été transféré à l’hôpital militaire français du Val-de-Grâce, à Paris, pour y subir une opération chirurgicale. Est-il normal qu’un chef d’un Etat souverain se retrouve entre les mains de médecins militaires d’un autre pays ? «Ce n’est pas normal !», a-t-il répondu.

Selon lui, le président Bouteflika a été sauvé à l’hôpital parisien du Val-de-Grâce. « Il n’est pas parti pour rien. Dans cet hôpital, il y a la technique et la compétence. Cela dit, je suis en phase avec tous les Algériens sur cette question. C’est une question de convenances. La souveraineté ne peut pas être remise en cause par cela.

Aux Etats-Unis, un président est allé se soigner pour une opération de quelques minutes, il a laissé un intérimaire, le vice-président, officiellement nommé. Cela arrive dans les Etats normaux. Mais dans les non-Etats, tout est possible», a-t-il regretté. «S’il y avait une classe politique, vous ne me verriez pas ici. J’ai l’impression que chacun a son petit agenda, on se voit président de la République, puis on verra. J’ai interpellé après 2005, lorsqu’on m’a briefé la loi sur les hydrocarbures.

Je me suis dit : où est-ce qu’on va ? Personne ne bougeait, personne ne disait quoi que ce soit. C’est à ce moment-là que les yeux se sont ouverts. Lorsque j’ai compris, je n’ai pas dormi de la nuit. J’en étais malade. J’étais presque méchant en disant que c’était cela, le programme du Président. Car je n’ai jamais lu son programme», a soutenu Mohand-Tahar Yala. F. M.

Plaidoyer pour une deuxième République :

Il plaide pour une deuxième République. «Dans cette République, les choses se passeront autrement. Est-ce qu’il y a eu une première République d’abord ? Par certains côtés, nous sommes dans un non-Etat, quand on voit les manifestations publiques pour obtenir des droits par la force… on a l’impression que tout se passe par chantage.

La faute est partagée. C’est le résultat de cinquante ans de gouvernance menée par la même génération. Une génération investie de tous les ingrédients du pouvoir. Il n’y a pas de relais, pas de passage d’une génération à une autre. Deux ou trois générations ont été étouffées», a-t-il relevé.

Les générations d’après l’indépendance s’étaient, selon lui, trompées en pensant que la politique était le domaine réservé d’une certaine catégorie et que faire de la politique est suspect. «Ces générations aurait dû arracher leur droit de faire de la politique. Elles ne l’ont pas fait.

Regardez les CV de ceux qui ont dirigé ce pays depuis 1962. Ils découvraient la complexité des affaires qu’ils géraient au fur et à mesure qu’ils avançaient», a-t-il dit. Il a refusé de se prononcer sur des hauts gradés de l’armée occupant des postes sans avoir les qualifications universitaires adéquates. F. M.

La corruption au sein de l’armée :

La corruption qui gangrène les différentes sphères du pouvoir touche-t-elle aussi l’armée ? «Il y a toujours un manque de transparence dans la gestion des dépenses de l’armée. L’armée ne fait pas ses bilans à l’extérieur», répond Mohamed Tahar Yala. Le ministère de la Défense nationale est de loin le département qui consomme le plus gros budget de l’Etat sans que le Parlement n’ait un quelconque contrôle sur les dépenses.

Jamais le ministre de la Défense ne s’est présenté devant les parlementaires pour en rendre compte. Le général Yala défend la revendication que «normalement le ministre de la Défense devrait se rendre devant les parlementaires pour justifier les dépenses militaires». Mais il tente de minimiser l’ampleur de la corruption au sein de l’institution militaire.

Il estime par contre que le vrai problème n’est pas celui de l’armée, arguant que «certains milieux veulent monter du doigt les militaires, systématiquement, comme étant le résultat d’un travail de sape mené par les ennemis du pays. L’armée est la colonne vertébrale de l’Etat, la responsabiliser de toutes les dérives est le meilleur moyen de l’éloigner du peuple dont elle est issue»! De la langue de bois ? «Peut-être», admet-il. H. O.

L’Algérie aurait dû être offensive :

Pour l’ancien général, l’Algérie n’a pas été suffisamment offensive au plan diplomatique au moment de l’insurrection des peuples de la région, notamment en Tunisie et en Libye. Il minimise également le rôle de l’Algérie dans la crise malienne. «Dans la crise libyenne, l’Algérie aurait dû investir et agir bien avant que la situation ne prenne des proportions violentes, pour arranger les choses.

Il fallait soutenir des positions justes. L’attitude qui consistait à faire croire qu’il ne fallait pas s’ingérer dans les affaires internes d’un pays étranger n’avait pas de sens», juge l’ancien chef des forces navales. Il a estimé qu’à l’occasion de la crise libyenne, le gouvernement devait soumettre la question «au débat au Parlement. C’est un problème sérieux. Il fallait mobiliser la diplomatie afin d’obtenir une large adhésion de l’opinion à une position juste à adopter vis-à-vis de la Libye.

La plus mauvaise des positions c’est de rester inactif». Mohamed Tahar Yala estime que l’Algérie «est passée à côté des évènements tant au plan politique qu’au plan diplomatique alors qu’on voyait les choses venir». «L’Algérie aurait dû tout faire même en brandissant des menaces parce que cela se passe à nos frontières et que parce que tous les pays voisins sont notre profondeur stratégique», poursuit Yala.

Il estime qu’en raison d’une position ambiguë, l’Algérien «est en train de payer cher» un échec politique. Pour lui, l’Algérie n’a pas «assumé ses responsabilités et qu’elle s’est retrouvée dans une position faible. Et que la diplomatie n’a pas joué son rôle dans l’intérêt de notre pays», martèle-t-il.

Pour ce qui est de la crise malienne, le général à la retraite considère que l’Algérie a «réussi à avoir de l’insécurité à toutes ses frontières. Nous sommes le seul pays au monde avec des frontières instables. Nous avons réussi ce qu’aucun pays au monde n’a réussi».

Sur la question du survol de l’espace aérien algérien par l’aviation militaire française, le général estime qu’«il n’y avait pas de consensus au sein des décideurs algériens sur la prise de décision», laissant entendre que certains d’entre eux y étaient opposés. Pour lui, l’Algérie n’a rien gagné en ouvrant son ciel aux avions français. Il juge que depuis quelques années, en matière de rapports entre Etats, l’Algérie «est dans un rapport gagnant-perdant».

H. O.

Il a également dit…:

– Comme les sujets que j’aborde sont délicats, je ne peux pas me permettre de commettre une erreur.
– L’Etat algérien n’a pas joué dans l’intérêt du pays dans l’affaire libyenne.
– Les pays voisins sont notre profondeur stratégique et notre continuité ethnique.
– Ces huit dernières années, nous avons traité avec tout le monde selon le rapport de perdant-gagnant.
– Les Français tirent leur force particulière en Europe à partir de leurs relations de domination avec les anciennes colonies en Afrique.
– Je ne veux pas critiquer les officiers qui font du commerce après la retraite.
– Les hommes, quels qu’ils soient, ne peuvent absolument être représentatifs que d’eux-mêmes s’ils ne sont pas en phase avec le citoyen.
– Après ma mise à la retraite, j’ai pris le temps nécessaire d’évaluer le plus objectivement possible l’état de lieux de la «maison Algérie».
– Nous avons des dirigeants qui sont mis en positions de faiblesse et qui sont, par certains côtés, sous chantage.
– J’ai la réputation de ne pas m’arrêter à mi-chemin mais d’aller jusqu’au bout de mes idées et de mes pensées.
– Je ne veux pas parler de Bouteflika, j’ai tout dit à son propos.
– Lorsque j’étais chef des forces maritimes, j’ai axé mon travail sur la formation pour avoir une ressource humaine capable de maîtriser les technologies nouvelles et les concevoir.
– Dans la prise d’otages de Tiguentourine, il était passé où le président Bouteflika ? Nous ne l’avons pas vu alors que le pays faisait face à une crise majeure.
– Le programme de Bouteflika visait à mettre le pays à genoux.
– La réussite de l’Algérie sera un facteur de paix et de stabilité dans toute la région du nord de l’Afrique.

Fayçal Métaoui


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