DzActiviste.info Publié le mar 19 Mar 2013

GLOSES SUR PROLÉGOMÈNES

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                                                  Picasso : La joie de
vivre

 

L’article Prolégomènes a soulevé des questions. Certaines d’entre elles méritent un développement.

 

 

PROLÉGOMÈNES EST-IL UN PROGRAMME ?

 

Non, surtout pas. « Tout pas fait en avant, toute progression réelle importe plus qu’une douzaine de programmes. » disait Karl Marx dans sa Critique du programme de Gotha, justement. Il s’agit simplement de garder le cap sur deux discriminants qui sont autant d’objectifs
stratégiques ( = à très long terme) : 
1) La société deproducteurs libres associés.
2)
Le dépérissement de l’État.

Dès lors, toute action, aussi minime fût-elle, qui
s
era de nature
à
faire avancer la société vers ces deux objectifs, est la bienvenue. À l’inverse, toute action qui
éloignerait de ces deux phares, doit être évitée, combattue.

 

« LA SOCIÉTÉ CIVILE EST LA VRAIE SCÈNE DE L’HISTOIRE« 

 

Ce célèbre aphorisme de Marx devrait être martelé à tout moment. L’essentiel est de bien comprendre qu’il s’agit d’engager une longue
« guerre de position » pour conquérir « l’hégémonie » (comme dit Gramsci).
Il faut
également se rendre à cette évidence qu’il n’y a pas de raccourcis capables d’accélérer cette étape.
Il
faut combattre impitoyablement la tendance récurrente qui consiste à croire que l’on peut utiliser impunément les appareils d’État 
en lieu et place de l’investissement personnel dans le travail auprès des masses. La maturation de la société civile et des
contre-pouvoirs qui lui sont intrinsèquement liés prendra 
le temps qu’il
faudra 
mais elle a besoin de ce temps pour émerger, forte et invincible. Chacun devrait se rappeler le
désastre
moral, économique, social dans lequel a été plongée la Russie des années 90 : un ivrogne pour
président,
des anciens des jeunesses communistes qui mettent en coupe réglée le pays et ses incalculables
richesses avant d’aller élire domicile dans l’état sioniste paria, des glorieux vétérans de Stalingrad qui mendient et fouillent les poubelles, des jeunes femmes qui se prostituent par
milliers… Et tout cela parce que l’État socialiste, soi-disant protecteur, avait infantilisé la société,
l’empêchant de développer les anticorps nécessaires pour résister à la brutale chute
dans le capitalisme mafieux le plus noir.

 

Voilà à quoi a mené l’assistanat généralisé et la neutralisation
de la société civile
et voilà ce qui menace, à terme, l’Algérie : ce pays est dans une phase de déliquescence morale et politique avancée. Déjà est
venu 
le temps où l’on parle de « l‘homme malade » et de partage de ses dépouilles,
comme on l’avait fait pour l’empire ottoman et l’ex-URSS. Et il ne se trouvera personne, le moment de la curée venu, pour
esquisser
le moindre geste de défense en faveur de ce régime honni. Ses chefs, d’ailleurs, ont déjà assuré leurs arrières et tiennent prêts les avions qui les
exfiltreront vers l’Étranger. Quant
à leurs chiens (et chiennes) courants, ceux qui insultent des
chômeurs courage
ux et dignes, capables de se battre et d’envoyer promener le guignol qui occupe la fonction fantôme de Premier ministre, ils ne perdent rien pour attendre parce que le jour où leurs maîtres se feront la malle, ils les abandonneront sur place.
Car tel est le sort immuable des
supplétifs.

 

De temps à autre, s’élèvent des voix appelant directement l’armée
à la rescousse ou bien indirectement, sous couvert de considérations stratégiques.
L’officier supérieur de la SM, M.C. Mesbah, vient de
faire mieux : il conseille
vivement à l’armée de se retirer de la politique -ce qui veut dire abandonner le pouvoir-, et à la SM de recadrer ses missions exclusivement autour de la sécurité nationale. Autrement dit, MCM
demande au crabe d
e marcher droit afin de sauver l’essentiel, c’est-à-dire le pouvoir de la SM, l‘armée étant profondément gangrenée par la corruption et
l’impéritie.
Mais la SM l’est tout autant, M. MCM ! (Dans un pays où tout va mal, où tout fonctionne au
bakchich, pourquoi diable en irait-il autrement pour la seule SM ?)
Et les deux,
l’armée et la SM, se tiennent par
la barbichette depuis la grande boucherie des années 90.
Inutile donc de chercher à les
découpler !
De toute façon, il est trop tard. Les solutions de replâtrage, encore moins les coups
d’état -si scientifiques fussent-ils-, ne résoudront rien.

 

À ceux, maintenant, qui pensent qu’il y a des
« patriotes » -c’est le terme utilisé par l’un des internautes qui m’interroge- dans l’armée, la SM et, de manière générale, dans tous les appareils de l’État, la réponse est
que
charité bien ordonnée commence par soi-même : que
ces « 
patriotes » mettent de l’ordre chez eux, dans leurs
appareils,
qu’ils prêchent par l’exemple ! Qui 
peut le plus, peut le moins ! Depuis le temps qu’on en parle de ces
fameux
« patriotes« , en a-t-on vu un seul, ne serait-ce que démissionner avec fracas (par exemple pour protester contre le carnage d’octobre 1988, quand la glorieuse ANP a tiré sur de jeunes
manifestants désarmés) ?
En a-t-on vu un seul
prendre sa plume -comme le fait aujourd’hui Hocine Malti-, pour dénoncer des malversations ? Des injustices ? en nommant les coupables (et pas en se cachant derrière le
pronom
houma=eux) ? Les flatter en leur donnant du « patriotes«  ne peut que les conforter dans leur si prudente réserve : si, à ne rien faire, on ne risque que d’être traités de « patriotes« , continuons à ne rien faire. Bien au contraire, il faudrait les houspiller, leur faire honte de leur silence complice.

 

Élargissons le propos pour bien prendre conscience de l’affaissement moral du pays. Durant la guerre d’indépendance (pour la libération, on attend encore), des Français
ont pris la parole et la plume pour dénoncer la sale guerre menée ici par leur propre pays.
Ils n’ont pas
hésité à mener ce qui sera une véritable campagne de démoralisation de l’armée coloniale, sans crainte de passer pour des traîtres à leur pays. 
Mais combien de voix algériennes autorisées en
ont
-elles fait
autant durant la décennie sanglante ?
Les intellectuels, écrivains, hommes de religion… ont-ils
dit : « Non à la torture ! Non aux exécutions sommaires ! Non aux disparitions forcées ! » ? Hélas ! En majorité, ils se sont mis sous la protection du système
militaro-policier. Comment pourraient-ils le critiquer maintenant ou tenir un discours crédible devant la société ?

 

Bertolt Brecht disait : « Malheur au pays qui a
besoin de héros ». Si la société algérienne est incapable de se prendre en main pour devenir une véritable société civile avec ses contre-pouvoirs bien établis ; si elle est incapable
de se détacher de sa fascination pour la violence et de son symbole, l’armée ; si elle est incapable de battre en brèche l’omnipotence de la police politique, alors elle méritera de vivre en
esclave, dans l’état de semi ensauvagement que lui réservent ses maîtres.

 

DE L’INANITÉ DES DÉBATS SUR UNE
CONSTITUTION

 

Marx se gaussait du« pompeux catalogue des droits de
l’homme » ;
il estimait qu’on devrait pouvoir se suffire d’une
« 
Magna carta » (une grande charte) de protection des
seules 
libertés individuelles et collectives fondamentales. En cela, Marx acquiesçait au pragmatisme anglo-saxon. Rappelons que la « Magna carta libertatum » a été adoptée en 1215 par les
barons anglais pour poser des limites claires au pouvoir du roi (Jean Sans Terre). Cette charte posait déjà le principe du droit civilisé, l’
habeas corpus, qui interdit l’emprisonnement illégal. (Alors qu’en 2013, en Algérie, on peut encore
disparaître en pleine rue, kidnappé par des équarrisseurs non identifiés
mais
qui sont ceux de la SM). La Magna
carta sera sans cesse remaniée au cours des siècles mais elle demeurera toujours la référence fondamentale de la législation anglaise (et américaine). Elle est considérée comme le document
fondateur de la démocratie moderne.

 

Cheikh Imrane Hossein -qui n’a rien à
voir avec les
imams
stipendiés, incultes et bornés de l’hacienda des Al Saoud ou ceux d’Égypte, ni, bien sûr, avec Marx– a pris vigoureusement à partie les Frères musulmans égyptiens et a
condamné leur prétention à imposer une constitution
au pays, ce qui créerait des fractures destructrices au
sein d’un même peuple, a-t-il prévenu.
Le cheikh prend ainsi courageusement la défense des chrétiens
égyptiens
et renvoie les FM à l’épisode de la grande concertation menée à Médine par le prophète Mohammad
avec l’ensemble des tribus et des confessions pour asseoir un vivre ensemble pacifique
.

 

[Par ailleurs, le cheikh
I
mran Hossein propose de rendre Sainte Sophie -devenue mosquée d’Istamboul- à sa destination
première de cathédrale orthodoxe, et de présenter des excuses aux chrétiens.
C’est avec de semblables
démarches, inspirées par le sens de la justice et l’intelligence politique, que l’on aura des chances de mettre en échec le plan perfide des néo-conservateurs visant à

coaliser chrétiens et juifs
contre les musulmans.
Qui ne voit, en effet, que les vociférations et la violence des groupes prétendument
« djihadistes » -alors que ce ne sont que des mercenaires manipulables à merci- font très exactement le jeu des néo-conservateurs criminels
et de leur stratégie de « guerre des civilisations ».]

 

RAPPORTS RATIONNELS À LA NATURE

 

La société des producteurs libres associés constituera la seule et
unique possibilité de résoudre le très inquiétant problème du productivisme insensé et de la destruction consécutive de la planète. Le capitalisme est voué à une production sans fin et toujours
plus élargie de marchandises. C’est son ADN, il ne peut fonctionner autrement qu’en soumettant la nature à une pression maximale. Cet
« arraisonnement » de la nature
selon le mot de Heidegger-, cette exploitation forcenée d’une nature sommée de livrer à l’homme toujours
plus d’énergie, toujours plus de richesses, de se plier encore et encore à sa volonté absurde, a mené l’humanité au bord de la ruptur
e. Si tout le monde voulait vivre selon les standards
yankees, il faudrait plus d’une quinzaine de planètes terres pour que cela soit possible. Sauf que
nous
savons 
qu’il n’existe qu’une seule planète terre. Le capitalisme est une marche
aveugle vers
l’abîme,
tout un chacun saisit aujourd’hui cette vérité concrète à partir de simples faits de la vie
courante : pollution de l’atmosphère et des océans, 
destruction du cadre naturel (les monts
Appalaches n’existeront bientôt plus sur les cartes de géographie des USA, arasés par l’exploitation des schistes bitumineux), destruction accélérée d’espèces vivantes… sans compter les dégâts
terribles de la mondialisation qui ruine la diversité des identités et des cultures et impose la standardisation yankee. Mais contrairement à ce que l’on entend ici ou là, ce désastre n’est pas
le fait du seul capitalisme financier. Ce dernier est constitutif du capitalisme en tant que mode de production et d’échange. Marx avait résumé le Capital dans la formule : A-M-A
(argent-marchandises-argent).
L’alpha et l’oméga du capitalisme, c’est l’argent ; il se trouve à son
commencement et il est sa fin.

 

Les voix de plus en plus nombreuses s’élèvent qui dénoncent le
productivisme et le consumérisme, son pendant obligé. Certaines vont plus loin, prêchant carrément la décroissance. Partout dans le monde, des organisations citoyennes oeuvrent à la protection de
l’environnement. Partout se développe une agriculture respectueuse de la terre. Tout cela témoigne d’une réelle prise de conscience que le capitalisme menace la vie sur terre. Et il n’y aura pas
d’autre remède à cette situation que
celui de faire advenir, au plus
vite,
la société des producteurs libres associés qui, seule, sera en mesure de changer de fond en comble notre rapport à la nature.


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