DzActiviste.info Publié le mer 14 Nov 2012

Grande corruption: Les scandales sont lâchés, mais pas tous…

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Transport, Hydraulique, travaux publics :
Haute corruption
Enquête réalisée par: Abdelatif Belkaim
Est-il envisageable que l’ensemble des grands projets structurants initiés et lancés par le président de la République
aient été attribués contre des pots-de-vin ? La réponse est choquante, voire irréaliste.
L’odeur de la « tchipa » émane de plusieurs secteurs sensibles allant du transport, l’hydraulique en arrivant aux travaux publics. Le plus dangereux, c’est que de très hauts responsables politiques ou
autres ainsi que des membres de leurs familles sont directement impliqués dans ces affaires de corruption active, liées aux investissements étrangers en Algérie et à la réalisation de ces grands projets. Le nombre d’affaires de corruption et de blanchiment d’argent est actuellement à la justice. Mais les noms des «gros poissons» ne sont jamais cités.

Les accusés, souvent sous mandat de dépôt depuis plusieurs mois, ne sont que des «intermédiaires» ou bien du «menu fretin» d’une chaîne tentaculaire qui gangrène notre économie et porte atteinte à la réputation de l’Algérie. Pas un jour ne passe sans qu’une nouvelle affaire de corruption n’éclate au grand jour. Même le président de la République a reconnu, à maintes reprises, la propagation de ce phénomène qui prend des proportions alarmantes. Algérie News dispose de documents officiels qui prouvent que des entreprises européennes de renommée internationale, qui avaient postulé au titre des avis d’appel d’offres pour décrocher de grands projets en Algérie, ont eu recours à la corruption. Ces contrats ont été  possibles grâce à l’intervention de hauts responsables politiques algériens ou à des intermédiaires très bien placés dans les rouages des administrations et des ministères. Il y a  eu violation des lois et réglementations en matière d’octroi de marchés publics. Certains hauts responsables impliqués ont été, dans le meilleur des cas, « écartés » sans faire trop de bruit, ou contraints à remettre leur démissions sans que personne ne leur demande des comptes. Peu, très peu ont eu la malchance d’être accusés par la justice algérienne. Ces derniers sont en détention préventive depuis plusieurs mois, une durée qui dépasse largement la durée légale prévue par la loi. «C’est une situation incompréhensible et qui dénote de la sensibilité de ces affaires. Des affaires que certains ne veulent pas voir jugées dans des tribunaux », nous explique un observateur.
Ce que propose notre enquête, ce ne sont pas des révélations sur une ou deux affaires de corruption mais de mettre la lumière sur un système organisé, presque « institutionnalisé », qui rend le recours aux commissions pour l’obtention de marchés en Algérie une règle. L’un des plus grands défis du président Abdelaziz Bouteflika, c’était de donner à l’Algérie des infrastructures de bases modernes et performantes. Des sommes faramineuses ont été allouées à ces projets. Le Président s’y ait engagé, les Algériens lui ont accordé trois mandats pour concrétiser ses engagements. Deux secteurs névralgiques, à savoir l’eau et le transport connaissent un très grand retard. Même si l’amélioration de la situation depuis 1999 est évidente, ce qui l’est moins, c’est la manière avec laquelle ces projets ont été réalisés.
Fin 2006. dans le cadre des projets du tramway d’Oran et de Constantine, l’intermédiaire Adou Sid Ahmed, propriétaire d’une entreprise de pêche, offre ses services à Marc Chania, Directeur général de l’entreprise française Alstom. Un autre intermédiaire est entré en lice, un certain Allab El Khiér, homme d’affaires. Un deal est passé. Il devait recevoir 15% de commission si Alstom parvenait à décrocher les deux projets. Ce fut le cas, mais la commission n’a jamais été payée, selon nos documents, puisque le deuxième intermédiaire voulait ni plus ni moins être associé au projet.
Les Italiens étaient très au fait des projets au niveau du ministère des Transports. Un atout considérable si l’on veut décrocher des contrats juteux. Adou Sid Ahmed a fait connaissance en 2007, grâce à son avocat Remy Myore, d’un des dirigeants de l’entreprise italienne Astaldi. Au même moment, Adou a connu aussi l’ex-directeur de la planification au ministère des Transports, Salim Hamdane Rachid par l’intermédiaire de son épouse, Widad Ghreib, fille de Abdelkrim Ghréib, ancien ambassadeur de l’Algérie au Mali.
Elle révèle à Adou que son mari pourrait l’aider à récupérer des informations « utiles » concernant les projets importants. Une rencontre est organisée à Alger, précisément au Telemly. Lors de cette «entrevue», le cadre du ministère dévoile tous les détails des projets du tramway, des voies ferrées et ceux liés à la navigation maritime avec la société Elna, ainsi que les projets « LGV 1,2 et 3 ». Les secrets des projets furent transmis à Paris par Adou Sid Ahmed. Il rencontre Angio Lonni, un directeur au niveau d’Astaldi. Un accord est conclu. Adou percevra une commission de 0,5% du montant du contrat estimé à l’époque à deux milliards de dollars. Le Président avait annulé le projet après sa visite en Chine.
Le groupement Alstom, composé de deux filiales, l’une italienne Pizaroti et l’autre espagnole Esolux, a pu récupérer des informations celui du gendre du diplomate, concernant le tramway de Constantine et d’Oran. Le groupement a décroché les deux contrats et l’informateur Hamdane Salim a reçu une commission de 275 mille  euros. Même scénario avec la société suisse Garavanta. L’informateur a fourni les détails des projets de téléphériques de Constantine, de Skikda et de Tlemcen par fax. Le montant des projets est estimé à 36 millions d’euros. Après négociations avec Hamdane et Adou, la commission fut fixée à 1%. Celle-ci devait passer à 3% pour d’autres contrats à venir. La commission de l’ex-directeur de la planification fut transférée dans deux comptes bancaires BNP Paribas en Suisse au nom de Fella et Radia Ghrieb.
Les 40 mille  euros furent versés en deux tranches. Hamdane a reçu en espèce 30 mille euros chez lui. La même société suisse avait versé des commissions pour décrocher un autre projet, celui du téléphérique d’Oued Koriche. Le contrat évalué à 12 millions d’euros a valu à nos intermédiaires une commission de 240 mille euros et une avance symbolique en espèces de cent millions de centimes. L’ex-directeur a eu droit à des vacances payées d’avances et des cadeaux divers pour lui et son épouse, des caisses de vins, une montre et du chocolat suisse.
Une autre société française compte bien tirer son épingle du jeu en Algérie. Il s’agit de la SNCFi. Elle voulait, par tous les moyens, décrocher le contrat de gestion ferroviaire à Alger. Son directeur, a dénommé Petrovsky, a sollicité les services d’Adou Sid Ahmed, d’un homme d’affaires dénommé Aït Kaci Boudjemaâ, un proche de l’ex P-dg de la SNTF, Mourad Benamar. SNCFi décroche le contrat de gestion. Chacune de ces personnes recevra trois mille euros par mois durant six ans, la durée du contrat de gestion ! Keolis, une autre entreprise française avait convenu d’un accord pour la gestion du tramway d’Alger avec Zendaoui Tayeb, ex P-dg du Métro Alger, toujours grâce à l’intermédiation de Adou et pour une rémunération de 1500 euros par mois durant onze ans. La durée du contrat obtenu par Keolis.
Les Portugais, eux aussi, n’ont pas voulu laisser les Français seuls sur le coup. Adou a joué un grand rôle pour que TPF Planege puisse décrocher le contrat de l’étude du tramway Setif et Annaba, avec l’aide de l’ex P-dg de la SNTF. Les Portugais avaient proposé une commission de 8%. Malheureusement, le projet fut décroché par une société coréenne.  Retour au projet du tramway de Constantine, dont la valeur est estimée à 34 milliards de dinars. Selon les documents dont nous disposons, le ministère des Transports a choisi en 2007 le groupement italien par décision politique. Les deux soumissionnaires pour le projet n’étaient autre qu’un groupement composé du français Alstom et de l’italien Pazerotti et de l’entreprise italienne Imprrglio. A l’issue de l’ouverture des plis, le groupement Alstom- Pazerotti a décroché le projet avec une offre financière de 35 milliards de dinars. La société italienne a proposé 41 milliards de dinars.  Abdelaziz Belkhadem, Chef du gouvernement à l’époque des faits, est intervenu pour «changer » les résultats de l’avis d’appel d’offres à travers un tour de passe-passe incroyable. Il a ordonné que le projet soit attribué à l’entreprise italienne.
Instruction a été donnée à la société Métro d’Alger d’engager les négociations. Pour justifier ce revirement, on invoque alors une erreur de calcul du montant proposé par les Italiens. Le montant fut rectifié à 34,5 milliards, juste ce qu’il faut pour détrôner le vainqueur.  Pour le projet du tramway d’Oran, d’une valeur de 38 milliards de dinars, c’est l’entreprise espagnole Alstom Isolux Corsan qui a gagné le contrat par décision politique. Le document dont nous disposons ne cite pas la personne ou l’autorité qui a ordonné l’octroi. Adou n’est jamais trop loin des « bonnes occasions ». Sur ce projet, il a délivré à Alstom une liste d’entreprises susceptibles d’être de « sérieux concurrents ». Une commission de 1% serait alors versée pour service rendu. Le gendre de Abdelkrim Ghreib, de par son intervention, a reçu 12 millions de dinars et une cravate ! Tout les documents et informations dont nous disposons indiquent clairement que ces entreprises européennes ont eu recours à la corruption d’une manière systématique pour décrocher des contrats liés le plus souvent aux projets du président de la République. Au même moment, les gouvernements et autres ONG européennes classaient l’Algérie comme l’un des pays les plus corrompus au monde.
Les documents indiquent que les italiens d’INCO, une filiale d’ANAS, avaient sollicité les services d’Adou Sid Ahmed ainsi que Belkacem Ferrachi, ex directeur de cabinet de Amar Ghoul pour s’approprier le contrat de contrôle et suivi de la tranche Est de l’Autoroute Est-Ouest pour un montant de 38 millions d’euros. Un différend entre « protagonistes » a fait que le montant de la commission a été réduit à 300 mille euros. Nos documents confirment que la rencontre entre Adou et le chef de cabinet a été possible grâce une recommandation personnelle du ministre.  Après les travaux publics et le transport, nos informations confirment que la corruption a aussi trouvé son chemin dans le secteur de l’hydraulique. La réalisation du projet du barrage de Tabout en 2009 a été possible grâce à l’intermédiation de Adou pour le compte de l’entreprise française Razel. L’intermédiaire entre Adou et le directeur du groupe Patrick Tenard n’est autre qu’un inspecteur de l’Education d’origine algérienne, dénommé Dahmane Abderrahmane. Razel a décroché le contrat pour 160 millions d’euros. Adou a touché une commission de 1%, et Abderrahmane a eu un appartement à la Cité Malki de Ben Aknoun.  Les Italiens aussi étaient sur de très bonnes opportunités dans le domaine. CMC a décroché un contrat de l’Algérienne des eaux pour un montant de 31 millions d’euros. Son directeur, Roberto Leonardi, a eu recours aux prestations de Adou, de Abdelkrim Mechia, directeur de l’Algérienne des eaux et de Allab El Khiar. Les trois hommes se sont partagé une commission de 3%. Les nouvelles connaissances de Adou, dans le domaine de l’hydraulique lui ont permis d’avoir des informations capitales sur le projet de transfert des Hauts Plateaux. La complicité de l’ex-directeur général de l’Agence nationale de gestion des barrages lui a permis de proposer ses services au groupe français Vinci contre 3% de commission.
Le projet n’a jamais vu le jour.  Concernant le projet du barrage Kaf Eddir à Tipasa, Adou a facilité, en janvier 2009, au groupe italien Pizarotti l’obtention du conrtat estimé à 101 millions d’euros contre une commission de 350 mille euros. Une aide a été précieuse à Adou sur ce coup. L’ex directeur général par intérim de l’Agence nationale des barrages a été d’une aide inestimable contre 40 mille euros. Les documents dont nous disposons affirment que Adou Sid Ahmed a reçu des commissions dans presque tous les projets d’envergure réalisés ces dix dernière années en Algérie par des entreprises étrangères. Une activité qui lui a permi de connaître un nombre important de personnalités, de hauts cadres dans différents secteurs, parmis lesquelles Cherif Rahmani. Ce dernier aurait accordé plusieurs avantages à Dahmane Abderrahmane, comme des lots de terrains.
Source Algerie news
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