DzActiviste.info Publié le lun 18 Août 2014

Hakima Sbaïhi. Un cri contre «la folie politique»

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10522106_609691975812592_7478755516911238250_nHakima Sbaïhi. Enseignante au département des langues et lettres arabes de l’université de Béjaïa

Par son cri de douleur elle a fait le buzz médiatique. Devant des jeunes rassemblés à la Fac centrale, ce samedi 6 mars, et face à la répression des forces de l’ordre, elle adresse des mots durs, vrais et courageux aux caméras. Son message a ému beaucoup d’Algériens.

-Votre coup de gueule lors de la manifestation de «Barakat !» a fait le buzz médiatique. Quelles ont été les répercussions de votre intervention sur votre vie courante et professionnelle ?

Je pense que le cri de «citoyenneté» a résonné le jour du 6 mars 2014 dans le cœur de tous les Algériens de l’intérieur et de l’extérieur du pays. J’ai participé au rassemblement comme une citoyenne algérienne et académicienne moderne, qui marque sa position éthique contre «la folie politique» atteinte par le régime aux commandes du pays, qui va jusqu’à imposer pour un quatrième mandat un homme presque mort – Que Dieu ait son âme – car dans l’esprit des Algériens il est considéré comme tel. Après mon cri de ce jour-là où la police étouffait tout Algérien qui disait : Vive l’Algérie ; moi je n’ai fait que dire tout haut ce que je pense. Et les médias ont fait que mes mots aient été entendus par des millions de personnes à travers le monde, et surtout par tous les Algériens. Ma tristesse comme mon bonheur se sont alors décuplés.

Ma tristesse pour les sans-vergogne qui piétinent le peuple, et mon bonheur d’être cette voix qui a exprimé l’oppression dans laquelle le système a noyé les Algériens. Je pense que les pleurs des Algériens après avoir entendu mes mots sont un signe révélateur de ce qu’a subi ce peuple durant des décennies d’injustice et à quel point il a été patient, sans trouver qui porte sa voix et le débarrasse de toutes les injustices, y compris par ses représentants, ses députés, ses élus et ses ministres. Tous n’ont été que des fabricants de désillusion et déception. Ma vie n’a pas changé, je suis très populaire parmi mes étudiants, ma popularité a juste grandi. Les gens m’interpellent dans la rue et désignent du doigt cette femme qui a fait face aux services d’ordre et ouvert son cœur pour l’Algérie et devant le monde entier. Ce qui me gêne sur mon lieu de travail, c’est le fait que je sois épiée dans mes démarches par ceux qui pensent que je suis une «femme politique dangereuse», moi qui fuis la politique comme on fuit la peste.

-On a senti une grande frustration et une grande colère dans votre cri ; concrètement, à quoi peut-on lier cela ?

Le travail de terrain m’a rapprochée des souffrances des Algériens. Je suis de ces personnes assidues et studieuses que le système politique a dévalorisées. Je suis issue d’un quartier populaire, Boukhalfa à Tizi Ouzou, je ne suis pas une fille de palais et je connais de très près ce qu’a subi le peuple durant les décennies passées. J’étais étudiante à l’université Mouloud Mammeri quand il y a eu la marchandisation du sang algérien, et j’avais alors peur comme tout Algérien. Je n’ai pas oublié jusqu’à présent tous les morts, mes amis et des symboles de la culture algérienne, éliminés pour vider l’Algérien de son identité et renier son droit à la citoyenneté. Il était donc inconcevable qu’une fois enseignante, de voir ce qu’il est advenu de mon pays à cause de la gabegie politique, de rester frileuse. Si je n’étais pas sortie dans la rue pour protester devant tout le monde, je n’aurais pas pu continuer à enseigner.

-Quelles solutions voyez-vous pour dépasser la crise politique actuelle que vit le pays ?

Arrêter tout de suite les niaiseries. Les hommes d’Etat qui n’ont jamais réussi de manière exemplaire que dans l’insulte du peuple algérien, il faut qu’ils sachent que le plus simple des Algériens est conscient de la ratatouille politique qui l’écarte de tous les calculs. Je veux dire que l’économie politique qui transforme un grand pays comme l’Algérie en une monarchie avilissante va être balayée par l’histoire. Et ceci est une menace réelle venant d’une nouvelle conscience qui commence à mûrir chez la jeune génération. Une politique basse qui se base sur le régionalisme et le racisme ne fera que renforcer ces jeunes dans leur élan de résistance. Ce qui se passe au sud du pays est une honte pour ce régime qui ne réagit que pour mépriser ce peuple. Vive l’Algérie. Et vive tous les Algériens


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