DzActiviste.info Publié le mer 17 Avr 2013

Hommage à Si Ali Kafi

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Ali Kafi, en bleu Shangaï

Pourquoi ne sommes-nous plus capables de distanciation, voire de nuance ? Pourquoi n’avons-nous plus que des réactions à l’emporte-pièce, presque sans états d’âme ? Pourquoi ne faisons nous plus de différence entre des gens qui ont soulevé des montagnes, et d’autres qui pèsent moins lourds que leur propre ombre, qui n’impressionne que parce qu’elle prolonge un nain qui donne le dos au soleil ? Pourquoi les seuls parmi nous qui savent encore manifester de quelconques mièvreries, même si celles-ci ne sont que des partitions distribuées en kit, pour pleureuses patentées, sont ceux qui aboient ce que le régime leur dit d’aboyer ?
Pour nous, désormais, à force de vouloir nous dépêtrer de l’emprise gluante du régime, on crache sur tout ce qui vient de lui, sur tout ce qui l’a côtoyé, sur tout ce qui à eu la moindre connivence avec lui. Lorsqu’il est question de gens qui appartiennent, ou qui ont appartenu, à cette mafiocratie qui nous broie, et qui nous altère, c’est le manichéisme le plus primaire qui a cours. Quiconque s’est laissé phagocyter par ce régime, pour ne pas dire qui s’en est laissé acheter, est donc forcément haïssable, sans aucune sorte de nuance possible.
A la longue, lorsqu’on s’est gavé de ce genre de haine, on en ressent comme une gêne. Quelque chose d’excessif et qui fausse le jugement. Un peu comme ces gens qui traitent l’Emir Abdelkader de traître, parce qu’il a conclu, avec la France une paix , un tant soit peu honorable, même si elle fut quasi inconditionnelle  pour lui.  Oubliés ses sacrifices, sa bravoure, les années de lutte acharnée. Oubliée la lâcheté des populations qui l’ont trahi, qui l’ont abandonné, qui l’ont laissé au milieu du gué, pour aller voir s’il n’était pas possible de trouver des consensus avec cet ennemi qui ne se laissait pas réduire.
Les forgerons de l’histoire se sont mis à l’oeuvre. Et ils ont fignolé l’ouvrage, pour le rendre plus beau, moins insupportable. On a donc considéré qu’il était plus facile de faire porter la faute sur un seul homme, et de continuer à croire que le peuple n’a jamais cessé d’être héroïque. C’est l’Emir le traïtre. C’est lui qui s’est défilé. On ne se rappelle plus désormais, que de certains détails de sa reddition, de certaines de ses correspondances officielles, à la France officielle, jusqu’à créditer la moindre de ses courtoisies épistolaires de bassesse, voire de félonie.
C’est le cas, aujourd’hui, du décès de  Si Ali Kafi.
Sorti du cercle protocolaire du régime, et des hymnes de circonstance, l’événement, qui aurait dû soulever une véritable et grande émotion nationale, ou juste du recueillement, du moins un silence gêné, n’a suscité que sarcasmes, parfois es gloussements de satisfaction, lorsque ce ne fut pas une insoutenable indifférence.
C’est cela l’attitude d’un peuple qui ne sait plus qui respecter, qui combattre, et qui ne sait même pas se respecter lui-même.
Parce qu’il ne sait pas rendre hommage à certains hommes, même s’ils furent de véritables héros, même si leur vie a dévié, du noble parcours qui a d’abord été le leur. Ali Kafi a été pourtant un héros, un combattant immense de la liberté.
Oui, il est vrai, Ali Kafi à été malheureusement récupéré par le régime, un régime corrupteur qui à assassiné tous ceux qu’il n’a pu acheter. Un régime qui n’a laissé à aucun héros de la révolution algérienne le choix entre la mort, l’exil amer où l’allégeance inconditionnelle aux embusqués qui ont capté les fruits de la victoire, et dont l’archétype est aujourd’hui ce Chef de l’Etat qui tremble de toutes ses membranes.
Mais nous ne pouvons occulter la part de lumière de ce grand Combattant de la liberté qu’à été Monsieur Ali Kafi.  Ce serait profondément injuste. Ce serait un suicide de la mémoire vive.
N’en déplaise à tous ceuxqui procèdent par la simplification éradicatrice, voire castratrice, Ali Kafi fut un authentique héros de la Révolution algérienne. Grand et beau, droit et vibrant de vie, de courage, d’espoir. Il fut un grand chef révolutionnaire. Avec gloire et honneur, estimé et vénéré de ses Djounouds.
Nationaliste de la première heure, militant enthousiaste du mouvement national, puis Moudjahid de l’intérieur, combattant actif, il fut de toutes les batailles, des plus suicidaires, parfois même des plus discutables. Il se propulsera, par son courage et son patriotisme, à la tête de la révolution algérienne, jusqu’à en gravir tous les grades, puisqu’il sera Colonel, Chef de la Wilaya II, après avoir combattu aux cotés de son chef, le grand Zighoud Youcef, qui donna à la révolution algérienne un tournant aussi sanglant qu’il fut décisif.
L’histoire algérienne n’a jamais dit que c’est le Colonel Ali Kafi qui éventa le coup du capitaine Léger, la fameuse et tragique Bleuite, qui a occasionné la mort de milliers d’étudiants algériens qui venaient de rejoindre l’ALN. Un coup tordu de ce capitaine des services spéciaux fit croire aux chefs de la révolution que ces étudiants avaient été envoyés par la France, pour infiltrer l’ALN. Ce fut atroce ! Ils furent exterminés par milliers, par leurs propres compatriotes, après avoir été souvent torturés.C’est le Colonel Ali Kafi qui comprit le premier que certains colonels de l’ALN étaient tombés dans le piège. Il ordonna d’arrêter le massacre, et envoya des dizaines d’émissaires, partout dans les autres régions du pays, pour sauver ceux qui pouvaient encore l’être,  pour mettre fin à l’horrible carnage qui venait de décapiter la révolution algérienne des milliers de cerveaux qui avaient abandonné l’université pour rejoindre leurs frères. Leurs frères qui allaient les égorger.
Après l’indépendance, il prit fait et cause pour le GPRA, contre Boumediène. Il avait senti le danger de la déviation. Mais il ne put rien contre la lâcheté générale. Il s’engouffra dans le fleuve de compromission généralisée, qui allait mener le pays où il est aujourd’hui.
Ce sont là des mérites qu’il faut lui reconnaître. Que nous le voulions ou non ! Le reste fut moins glorieux. Nous pouvons lui reprocher des engagements terribles, et même des connivences détestables.  Mais l’homme fut un héros et un géant. Que nous le voulions ou non !
Quand elle pourra sasser les vicissitudes qui l’ont traversée, l’histoire de l’Algérie saura reconnaître à chacun ses mérites et ses défaillances.
Pour ce qui me concerne, sans jamais l’avoir croisé, et même si j’ai dénoncé son allaince avec les généraux génocidaires,  j’ai toujours eu pour cet homme, une vraie admiration. Avant qu’il ne soit happé par les turpitudes d’un régime qui salit tout ce qu’il touche. Mais le diamant ne peut être altéré par la boue. Elle le ternit, jusqu’à la prochaine pluie.  Hommage à Si Ali !
Puisse-t-il reposer en paix !
D.Benchenouf

Observez le mépris de ces présentateurs de la télé officielle du régime, qui sont censés rendre hommage à Ali Kafi, qui a été Chef de l’Etat algérien, rappelons-le ! Ils commentant ses funarailles en parlant de Hassiba Boulemerka, et autres détails cocasses. Et ils fon dans l’emphase patriotarde, qui donne l’envie de détester tout ce qu’ils louent. Quelle déchéance ! Quelle incompétence ! Quelle tristesse ! 



  


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