DzActiviste.info Publié le dim 21 Avr 2013

Il était une fois, en Algérie…

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Indépendance6Adel HERIK

Juillet 1962

Les « héros » reviennent à la maison, qui des montagnes de Kabylie, du Nord-Constantinois, de l’Ouarsenis ou des Aurès, qui de Tunis et qui de Paris. C’est la foire d’empoigne, la grande course vers le koursi. Trente années de militantisme et sept ans et demi de guerre n’ont pas réussi à éradiquer le virus de la discorde, ce mal qui empêche la nation algérienne de prendre son essor depuis au moins cinq siècles.

Juin 1965

Le colonel au visage émacié qui a réussi à dresser les « politiques » les uns contre les autres, en manipulant un certain Ahmed Ben Bella et en restant dans l’ombre, se décide enfin à passer à l’action : la récréation est terminée. Tout le monde est sommé de se mettre au garde-à-vous. Tel un rouleau compresseur, ses trois révolutions écraseront les restes de la société algérienne traditionnelle que le colonialisme n’a pas réussi à détruire complètement. « La terre à ceux qui la travaillent », disait le slogan de la RA. Il ne devait pas y avoir beaucoup qui la travaillaient, cette pauvre terre, dans les années 70, puisque de terre à travailler, il n’en reste pratiquement plus aujourd’hui…

Décembre 1978

Le colonel au visage émacié, qui a eu le temps, en treize ans de pouvoir absolu, de devenir plus séduisant, d’apprendre à faire des discours et de se marier avec une dame de la haute société occidentalisée, lui l’Azharien marxisant, vient de rendre l’âme. Il a droit à des funérailles grandioses et le peuple pleure à chaudes larmes son dictateur parti trop tôt, sans prévenir et sans désigner son successeur. « Nam hanî’an yâ Boumadian! » lui crie le petit boutef, le regard caché par de grosses lunettes noires, du haut de la tribune érigée pour l’occasion à l’intérieur du cimetière d’El `Âlia.

Février 1979

Cheveux blancs, démarche sportive et arabe approximatif, l’officier le plus ancien dans le grade le plus élevé s’avance vers la tribune pour prêter serment. Il a été « plébiscité » par le bon peuple, après avoir été désigné par ses pairs comme candidat unique du FLN au poste de Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire. La machine à transmettre le pouvoir dictatorial a bien fonctionné, même si ce n’est pas pour tout le monde. Mais rira bien qui rira le dernier, comme le dit si bien l’adage, n’est-ce pas boutef?

Octobre 1988

Mais que se passe-t-il donc?

« Simple chahut de gamins, Sid Errâyes. Je vous promets que tout rentrera dans l’ordre dans quelques jours. »

Après 10 ans de gestion approximative de l’économie – « Le travail à la rigueur pour une vie meilleure », disaient les mauvaises langues –, une chute vertigineuse des prix du pétrole, un printemps berbère et un maquis islamiste, c’est le moment de remettre les pendules à l’heure. Allez, on donne un bon coup de balai et on reprend tout à zéro. Finie la dictature. Si, si, ce n’est pas un canular et, d’ailleurs, le 1er avril est encore loin.

Juin 1990

« M…! Ce n’était pas prévu ça! Le FIS qui rafle la quasi-totalité des APC! Qu’est-ce qu’on fait maintenant, Si Larbi? »

« Ne vous inquiétez pas Sid Errayes, j’ai mon plan. Ils n’iront pas loin. N’est-ce pas toufiq? »

« Oui, Sid Errâyes, un plan diabo…, euh, je veux dire, scientifique. »

« Tout ça ne me dit rien qui vaille, mais puisque vous avez l’air si confiants tous les deux, alors qu’on apporte le whisky et les dominos! »

Juin 91

Le pauvre Si Mouloud ne sait plus où donner de la tête. De sa tête, les salauds de la bande à Aboulkeir se sont bien payés! « Gouvernement de réformateurs, mon œil, oui. Avec des abrutis pareils qui passent leur temps à boire du whisky et à comploter, le pays sera vite réformé, dans le sens militaire du terme. Monsieur Hidouci, Monsieur Goumeziane, prenez vos affaires personnelles, on s’en va. »

nezzar, belkheir et toufiq trinquent. « Benhadj et Madani en prison, Hamrouche foutu dehors. On peut passer à la deuxième phase, maintenant. On ferre le gros poisson, on ramène rapidement la ligne avec le moulinet et dès que la bête sort de l’eau, on lui donne un bon coup de gourdin sur la tête, compris les gars? »

« Message reçu 5 sur 5, Si Larbi, ha, ha, ha… »

Janvier 92 – Avril 99

Silence, on tue.

Avril 1999

Ce n’était qu’un vieux canasson sur le retour, selon les propres dires de nezzar, mais après avoir liquidé Boudiaf en direct et forcé Zéroual à démissionner, il ne fallait pas espérer avoir un meilleur candidat. Seul un malade du koursi avide de vengeance comme boutef pouvait accepter la proposition.

« Mais de quoi as-tu peur, Si Khâled? Nous avons tous les atouts en main. Tu le connais bien, c’est un beau parleur et c’est ce qu’il nous faut aujourd’hui pour tourner la page. S’il s’avise de nous faire une entourloupe, on lui règle son compte. »

« Hé, doucement vous autres, un président assassiné en direct à la télévision, ça suffit. D’ailleurs, j’aurais jamais dû vous écouter. Moi, je crois en d`âwi echer. J’ai peur que son sang retombe sur ma progéniture. »

« T’en fais pas… Tu le connais, ce nabot qui se prend pour Napoléon. Tu sais bien qu’il n’a rien dans le ventre. Il est plein d’air. Il suffit que tu le menaces pour qu’il chie dans son froc. »

Aujourd’hui

Cela fait 14 ans que le vieux canasson, le nabot qui se prenait pour Napoléon Bonaparte, occupe le palais d’El-Mouradia, avec toute sa smala de frères, cousins, amis et wlâd el blâd. Le clan a grossi comme un torrent de boue gonflé par une crue de pétrole à 100 dollars le baril.

« Regardez-moi cette baraka! Ce n’est pas sur ces analphabètes en galons des Tagarins qu’une telle bénédiction divine peut tomber! N’est-ce pas frangin? »

« Que nenni Sid Errayes! Et le pouvoir nous revient de droit, que ces va-nu-pieds de Chawiya et de Kabyles descendus de leurs montagnes le veuillent ou non. Ne sommes-nous pas les descendants des Andalous et des Zyanides? »

« Mais ces salauds me le paieront! Tu as vu ce qu’ils m’ont fait ces fils de p…!? Oser me salir de la sorte, après tout ce que j’ai fait pour eux! Si je n’avais pas été là, ils moisiraient aujourd’hui dans une prison du TPI ou ils se balanceraient au bout d’une corde à Sâhet Echouhadâ… Mais rira bien qui rira le dernier. Je sais attendre mon heure. Ne suis-je pas revenu en force après une traversée du désert de 20 ans, hein frérot? Eheu, Eheu, Eheu… »

« Calme-toi, Abdelaziz, tu n’as plus 20 ans. Tu sais bien que le docteur Lambert de Paris t’a demandé de ne faire aucun effort et de ne pas t’énerver. »

« S’il n’y avait pas ces connards des Tagarins, il y a longtemps que je t’aurais cédé le koursi afin que tu veilles sur les intérêts de la famille et du pays, frangin. Oui, je suis fatigué et je voudrais bien aller gouter à un repos bien mérité, loin de la piétaille, à Ibiza ou Malibu. Mais ces fils de paysans bouseux devenus généraux n’attendent que la bonne occasion pour me faire un croc-en-jambe. Je leur donnerai du fil à retordre, parole de `Abdelkader El Mâli. Ah, si tu voyais, frangin, comment je les mettais au garde-à-vous ces rustres mal limés, du temps de Si El Houari, Allah yarhmou! »

Ainsi va la pauvre Algérie depuis le 5 juillet 1962, jour d’allégresse et de bonheur. Fumons du thé, le cauchemar continue…


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