DzActiviste.info Publié le mar 11 Sep 2012

Il ne préside plus, il n’accorde que des audiences : Bouteflika, un président de protocole?

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Il ne tient plus de Conseil de ministres, le dernier en date remonte au 7 février 2012, ne reçoit même pas son Premier ministre pour lui signifier ses fins de fonctions ni son remplaçant pour sa nomination officielle,. Il ne voyage plus à l’étranger, ne sort plus sur le terrain en Algérie, mais reçoit beaucoup en audiences. L’activité du chef de l’Etat est réduite aux simples réceptions protocolaires. Un président d’apparat ?


Réélu le 10 avril 2009 pour un troisième mandat avec 90,24 % des suffrages, Abdelaziz Bouteflika, 75 ans, a réduit ses activités présidentielles au strict minimum tant et si bien que son statut relève aujourd’hui presque de la symbolique. Un apparat.
Un paradoxe ce président! Jamais depuis l’indépendance du pays en juillet 1962, un chef d’Etat n’a concentré autant de pouvoirs entre ses mains sans pour autant remplir les obligations liées à sa fonction.
33 mois, 14 Conseils des ministres
Les Conseils des ministres, là où se prennent presque toutes les décisions liées à la politique du pays ? Ils sont devenus rares. En 2012, le chef de l’Etat a tenu un seul, le 7 février. L’année précédente, on en dénombre sept. En 2010, Bouteflika en a présidé six. En l’espace deux ans et 9 mois, il y a eu donc 14 conseils des ministres.
Les voyages et les déplacements à l’étranger ? Bouteflika n’en effectue presque plus. Sa dernière sortie remonte au 14 janvier 2012 pour une visite éclair en Tunisie à l’occasion de l’an 1 de la chute de Ben Ali. Pour les missions à l’étranger, le chef de l’Etat se fait représenter par le président du Sénat, par le Premier ministre ou par des personnalités de rang subalterne.
Les visites sur le terrain? Elles sont aussi espacées que les conseils des ministres. En 2012, Abdelaziz Bouteflika aura quitté une seule fois son bureau ou sa résidence pour se rendre à Sétif, le 8 mai dernier, dans le cadre de la campagne pour les législatives.
Les discours à la nation? Le dernier en date remonte au 15 avril 2011 au cours duquel il a annoncé ses réformes politiques. Quand le chef de l’Etat décide de s’exprimer sur un sujet particulier, il charge d’autres responsables pour diffuser sa parole.
Premiers ministres ignorés ou méprisés
Les réunions avec ces Premier ministres? Bouteflika rencontre rarement ses chefs de l’exécutif, entretient des rapports tendus, voir exécrables, avec eux et ne les reçoit même pas pour leur signifier leur limogeage ou leur nomination.
Il a ainsi inauguré une tradition inédite dans les annales de la politique : dégommer et nommer un Premier ministre par téléphone.
Ce fut le cas en juin 2008 avec le dézingage d’Abdelaziz Belkhadem et son remplacement par Ahmed Ouyahia. Et ce fut encore le cas en septembre 2012 avec l’éviction d’Ouyahia et la désignation d’Abdelmalek Sellal.
Le téléphone sonne
Les trois chefs de l’exécutif ont été avertis des décisions du chef de l’Etat par un simple coup de fil reçu d’un proche collaborateur à la présidence.
Mépris, fait du prince ou désinvolture, le président ne croit même plus à la nécessité d’expliquer à ses compatriotes les raisons pour lesquelles il nomme un nouveau gouvernement ou procède au départ de celui-ci.
Il peut donc accorder des audiences aux officiels étrangers et ne pas recevoir ses Premiers ministres !
Si Bouteflika ne préside plus, il reçoit en revanche. Beaucoup. Trop même. Les audiences sont devenues la seule fonction officielle que le chef d’Etat honore avec assiduité.
Au siège de la présidence ou à Djnane El Mihak, il reçoit ambassadeurs, ministres, premiers ministres, princes et émirs, secrétaires ou sous-secrétaires d’Etats.
Bref, presque le moindre officiel étranger de passage à Alger se voit honorer d’une audience présidentielle. 
Des audiences, des audiences et des audiences
Certes ce n’est pas nouveau. Depuis son accession au pouvoir en 1999, Bouteflika aime recevoir et être reçu, mais cette fonction protocolaire s’accompagnait d’une intense activité tant en Algérie qu’à l’étranger.
Aujourd’hui, son agenda est réduit qu’à cette simple fonction.
Mais ces audiences dûment filmées par la télévision nationale et médiatisées par l’agence officielle APS servent un triple objectif.
Donner d’abord l’illusion que le chef de l’Etat est un homme actif, débordant d’énergie, chaleureux autant que convivial, lui qui ne s’exprime plus ou si peu, qui ne voyage plus à l’étranger, lui qui ne se déplace plus à l’intérieur du pays.
Flatter l’égo
Elles servent aussi à flatter l’égo de Bouteflika qui adore plus que tout capter les regards, des objectifs des photographes, les caméras, qui adore parler pendant des heures de tout et de rien avec ses hôtes de marque ou de moindre envergure.
Ces audiences remplissent enfin un troisième objectif : démentir les rumeurs récurrentes sur son état de santé, remplir l’agenda vide du chef de l’Etat, palier à ses absences répétées.
C’en est tellement vrai que désormais des sources gouvernementales anonymes annoncent dans la presse que le président s’apprête à recevoir tel officiel, tel jour, pour certifier qu’il est bien portant, qu’il suit les événements, qu’il travaille…
Quoi de mieux donc qu’une audience filmée devant le perron de la présidence pour montrer à l’opinion que le président n’était pas en Suisse ou en France pour des soins ou pour un séjour de villégiature !
Alors se pose cette question : combien de temps va durer ce mode de gouvernance dès lors qu’il reste encore vingt mois avant la tenue de la présidentielle d’avril 2014?

DNA


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