DzActiviste.info Publié le ven 22 Nov 2013

Il y a 14 ans, était lâchement assassiné Abdelkader HACHANI.

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Salah-Eddine SIDHOUM
20/11/2013 LeQuotidienAlgérie.org

hachani-2Le lundi 22 novembre 1999, à 10h 45 fut lâchement assassiné Abdelkader Hachani dans un cabinet dentaire, par un individu armé d’un silencieux. Deux balles dans la tête et une autre dans le thorax ôteront la vie à cet homme politique. Un véritable travail de professionnel.

Abdelkader Hachani, 44 ans, était ingénieur en pétrochimie. Connu pour sa sagesse et sa pondération, il mènera le FIS, dont il était responsable au lendemain de l’arrestation de ses chefs historiques, vers la victoire électorale lors des premières élections législatives libres de décembre 1991.
Au lendemain du coup d’Etat du 11 janvier 1992, il publiera un appel dans la presse demandant à l’armée de respecter le choix populaire issu des urnes. Il sera alors arrêté le 23 janvier par les factieux d’Alger pour « appel à la désertion » ( ! ! ! ?). Il sera gardé arbitrairement en détention préventive durant cinq années et demie dans des conditions lamentables au bagne de Serkadji, soumis à un régime inhumain (isolement total, privation de promenade dans la cour, privation de parloir rapproché et de lecture de journaux).

Au lendemain du massacre survenu dans cette prison (21-22 février 1995 avec plus de 100 morts), il sera sauvagement agressé par ses geôliers qui tenteront de lui arracher sa barbe et sera soumis au cachot durant plusieurs jours. Il adressera au général Zeroual une lettre-témoignage sur le drame carcéral qu’il avait vécu. Il entamera plus d’une quinzaine de grèves de la faim pour réclamer un statut de prisonnier politique et son jugement.

Le 7 juillet 1997, il sera jugé lors d’une parodie de justice par le tribunal d’exception d’Alger et condamné à cinq années de prison et trois années de privation de ses droits civiques. Il est à noter pour l’Histoire que le matin de son procès, il fut sauvagement tabassé dans sa cellule par deux hommes armés de la police politique et qu’à son arrivée au tribunal, il fut à nouveau sauvagement frappé par ces mêmes hommes dans l’enceinte même du tribunal, alors qu’il venait de sortir d’une grève de la faim de plus de vingt jours et d’une hospitalisation.

A sa libération le 8 juillet 1997, il sera soumis à une surveillance stricte et à des intimidations de la police politique. Cela ne l’empêchera pas de reprendre les contacts politiques avec toutes les personnalités représentatives pour tenter de trouver une solution pacifique à la tragédie que traversait son pays. Il sera peu de temps après convoqué par la « justice » aux ordres pour avoir donné une interview à un quotidien français, sera inculpé et soumis à un contrôle judiciaire.

Tout comme il sera sujet à des provocations de la police politique. En effet, Hachani sera harcelé à partir de juillet 1998 par un certain Naïm, se présentant comme l’émissaire de « l’Emir Abou Fayçal ». Devant le refus de Hachani de discuter avec cet étrange individu, ce dernier se mettra à assaillir durant l’été 99 son jeune fils en l’interrogeant sur les habitudes et les déplacements de son père. Hachani sera surpris le 18 octobre 1999, soit moins de deux mois avant son assassinat, de voir celui qui se présentait comme étant l’émissaire de l’Emir Abou Fayçal, sortir…..du commissariat de Bab El Oued ! ! ! ! ! ! !. Il fera état de ces faits dans une lettre adressée au « ministre » de l’intérieur en date du 28 octobre 1999 (voir lettre ci-dessous).

Lors de la désignation de Bouteflika à la présidence de la république et de la promulgation de la loi de l’impunité et de la supercherie nationale appelée pompeusement « loi de la réconciliation nationale », il s’opposera à cette manipulation et réclamera une véritable réconciliation en passant par de véritables négociations avec la classe politique représentative. Il s’opposera aux manœuvres politiciennes de Kebir et des autres responsables de l’AIS récupérés par les « services ».

Il apparaîtra, à partir de cette date comme un danger certain et un obstacle sérieux aux manipulations et aux intrigues de l’oligarchie qui avait concocté la loi juridico-policière dite de « concorde civile ».

Outre l’énigme de ce pseudo-émissaire du faux Emir Abou Fayçal, qui fréquentait le ……commissariat de Bab El Oued, nous noterons deux faits révélés au lendemain de son assassinat :
q Dans une interview accordée à la chaîne TV El Jazeera (22 novembre 1999) Abdallah Yanés, ami du défunt et exilé à Londres, révélait :

Que Abdelkader Hachani lui avait affirmé lors d’un entretien téléphonique quinze jours avant son assassinat qu’il avait reçu la visite d’un « député » envoyé par le « général » Tewfik, lui proposant une villa à Hydra et un véhicule particulier de type Daewoo en échange de son accord en faveur de la loi dite de « concorde civile ». Il s’agirait d’un certain Hassan Laribi.

Que 48 heures avant son assassinat, et toujours lors d’un entretien téléphonique à partir d’une cabine téléphonique, Hachani avait dit à son interlocuteur qu’il allait raccrocher car une voiture de la police politique venait de stationner juste à côté de la cabine.

Dans un article daté du 25 novembre 1999, le quotidien Le Monde révélait que Abdelkader Hachani avait été approché par les officines du pouvoir lui proposant de soutenir la loi dite de « concorde civile » et de remplacer Abassi Madani à la tête du FIS, propositions qui lui permettraient de reprendre des activités politiques « légales ». Ce marchandage indécent fut refusé par Hachani.

Pour revenir au crime proprement dit, nous savons que Abdelkader Hachani était régulièrement pris en filature par des agents de la police politique qui ne le lâchaient pas d’une semelle et ce, depuis sa libération en juillet 1997. Comment se fait-il que le tueur ait pu l’aborder et l’abattre avec cette facilité déconcertante ? Deux possibilités :

Ses anges gardiens étaient complices et l’ont laissé filer.
Des ordres ont été donnés ce jour-là pour ne pas filer la victime, ce qui explique la fuite aisée du tueur.

Lettre d’Abdelkader Hachani au « ministre » de l’intérieur (28 octobre 1999) :
A Monsieur le Ministre de l’Intérieur,

Paix et miséricorde sur vous,
Le 13 octobre 1999 je reçois une convocation (n° 220/SGGA) pour me présenter le lendemain au siège de la sûreté du gouvernorat du Grand-Alger.
Je me suis effectivement rendu à l’endroit indiqué, où j’ai été reçu par plusieurs officiers de police. Ils m’ont informé qu’ils voulaient « bavarder » avec moi. J’ai pensé de prime abord qu’il s’agissait d’une introduction pour une enquête préliminaire judiciaire, particulièrement lorsque la séance a débuté par l’enregistrement d’informations personnelles.
Cependant, l’objet de la discussion a porté durant plus de cinq heures sur la situation politique générale du pays, plus précisément ma propre position concernant les derniers développements intervenus sur la scène nationale.
Les motifs et les causes qui ont conduit ces personnes à entreprendre une discussion de nature politique avec moi peuvent paraître objectives à leurs auteurs, mais de telles institutions ne peuvent être, à mon avis, un cadre de discussion politique. Bien au contraire, elles doivent en principe, en être éloignées.
J’ai d’ailleurs insisté sur ce point à la fin de la séance, et je tiens à vous informer afin que de telles pratiques ne se reproduisent plus à l’avenir, d’autant que mes interlocuteurs m’ont indiqué qu’il est possible que je sois convoqué à nouveau.
Je saisis cette occasion pour vous informer de faits qui ont précédé et accompagné cette convocation. Tout a commencé au mois de juillet 1998, lorsqu’une personne inconnue m’accosta dans mon quartier, sans rendez-vous préalable, prétendant s ‘appeler Naïm et qui serait envoyée par un certain Abou Fayçal qui désirerait me rencontrer, me donnant rendez-vous dans une mosquée de la capitale que je fréquente souvent pour y accomplir la prière du vendredi.
Ce fait aurait pu s’arrêter là s’il n’avait pas été entouré d’autres faits bizarres et de contradictions dans le comportement de cet individu, aussi bien avec moi qu’avec les habitants du quartier, comme cela m’est apparu par la suite.
Plus d’une année après cette rencontre, plus précisément le jour où je me trouvais dans les locaux du commissariat central suite à la convocation sus-citée, l’un de mes enfants a été surpris de voir ce même individu Naïm le prendre violemment par la main et l’interroger sur mes activités. Il lui fera comprendre qu’il reviendra à nouveau au quartier le 16 octobre 1999 à 14 heures car il voulait me rencontrer. Nous avons appris par la suite qu’il s’était comporté d’une manière rude et grossière envers les enfants du quartier lorsque ces derniers ont refusé de lui donner les informations qu’il voulait sur moi.
Cet autre fait aurait pu passer si je n’avais pas vu sortir cet individu le 18 octobre 1999 à 10 heures du commissariat de Bab El Oued, mon quartier de résidence.
Si je vous informe de ces faits, c’est dans le but de clarifier les choses, afin d’éviter à tout un chacun des motifs de suspicion et de méfiance, afin que Dieu nous guide vers le bien du pays et des citoyens.
Que le Salut d’Allah soit sur vous.
Signé : Abdelkader Hachani.

Copies :
– Présidence de la République.
– Collectif des avocats.

Le mardi 14 décembre 1999, un laconique communiqué du ministère de l’Intérieur annoncera l’arrestation la veille du meurtrier présumé d’Abdelkader Hachani, un certain Fouad Boulemia, 26 ans, «célibataire et chômeur» qui était «en possession de l’arme du crime et des papiers d’identité de sa victime». Remarquons que le présumé tueur aura gardé soigneusement sur lui, trois semaines exactement après son forfait et son arme et les papiers d’identité de sa victime.
Une certaine presse, dans sa « subtilité » et sa perversité, comme à l’accoutumée, prendra le relais des autorités officielles pour « rapporter » selon ses « sources bien informées » les informations « utiles » à nos citoyens pour bien faire « comprendre les tenants et les aboutissants » de l’affaire.
C’est ainsi que nous « apprendrons » grâce à cette presse et à ses « spécialistes » que le présumé meurtrier aurait été arrêté à sa sortie d’une mosquée ; qu’il s’agissait d’un membre du « GIA » qui aurait fui la capitale après le massacre de Bentalha pour rejoindre Antar Zouabri, dans les montagnes de Blida. Que le jour de l’attentat, il était attablé dans un café de Bab El Oued, et ce n’est qu’en voyant passer Hachani qu’il décida de le suivre et de l’abattre……
Avant que la « justice » ne se prononce, la voie était déjà toute tracée par les officines, tout comme pour Boudiaf, pour Abdallah Khalef alias Kasdi Merbah, M’Barek Mahiou et tant d’autres crimes suspects, qui est celle des « GIA ».
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L’assassin de Hachani libéré
Rédaction de Liberte, 11 mars 2006
Fouad Boulemia, l’ancien membre du GIA qui avait assassiné l’ex-dirigeant du FIS dissous Abdelkader Hachani, a été relâché, hier, de la prison de Serkadji. Boulemia, qui avait été arrêté quelques jours après l’attentat dans un cabinet dentaire à Bab El-Oued en 1999, a été condamné à mort en 2001. Lors de son procès, il avait clamé son innocence et avait indiqué avoir été torturé.
R. N.
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Abdelkader Hachani, victime de l’ »intégrisme éradicateur »?
Algeria-Watch
Ce texte est une version actualisée d’un article écrit peu après l’assassinat de Abdelkader Hachani et que les journaux Le Monde et Libération n’ont pas accepté de publier.
Sadek Sellam et Fatiha Talahite, décembre 1999
Le meurtre politique fait partie des lois non écrites de l’éradication. Abdelkader Hachani en a été victime après avoir eu à subir toutes les rigueurs des lois d’exception en vigueur en Algérie depuis 1992.
Malgré l’opposition du courant salafiste, il amène son parti à participer aux législatives du 26 décembre 1991. Artisan de la victoire du FIS à ces élections, il est la principale cible du coup d’Etat du 11 janvier 1992, dont le président Bouteflika a reconnu récemment que ce fut un « acte de violence ». Abdelkader Hachani, qui savait que les adversaires de la conquête pacifique du pouvoir étaient fournis en armes depuis longtemps, a tenté de contrôler ses troupes, incitées à réagir par la violence à l’interruption du processus électoral et à l’interdiction du FIS. En leur recommandant de résister à la provocation par « le jeûne et la prière », il leur préconisa une sorte de gandhisme musulman. Malheureusement, cette tentative avait peu de chances d’aboutir, car le FIS, qui était un mouvement en pleine effervescence, était déjà largement infiltré. De toute façon, Hachani sera mis hors d’état d’agir en faveur d’un appel au calme, puisqu’il va être arrêté pour avoir supplié les soldats de ne pas tirer sur leurs frères, et enfermé à la prison de Serkadji, où il restera cinq ans et demi sans jugement. Pendant sa détention, il fut témoin d’une tuerie qui fit plus de cent morts parmi les détenus. A son procès, qui se tient enfin en juin 1997, il est torturé durant les suspensions de séance dans les sous-sols du tribunal. Condamné à cinq ans de prison, il est donc immédiatement libéré. Cette libération semble avoir été destinée à lui faire cautionner l’accord secret conclu entre des généraux de l’armée et l’Armée Islamique du Salut, qui devait être annoncé en octobre 1997. Il se refuse à participer à une stratégie visant à compromettre individuellement les dirigeants de son parti (comme le fut Merani après juin 1991, devenu ministre puis désigné sénateur) et à apporter une caution islamiste à la politique éradicatrice. Hostile aux tractations bilatérales secrètes propices aux manipulations faisant de la mouvance islamiste un instrument de la lutte entre clans politico-militaires, il se rapproche des réconciliateurs, partisans d’une solution politique négociée.
Malgré ces réserves, il soutient les aspects positifs de la loi sur la Concorde civile et considère la trêve de l’AIS comme un acquis à préserver. Mais il n’hésite pas à en souligner les insuffisances et défend inlassablement la nécessité d’une solution politique. Pour lui, la mise en avant d’un chef de guerre comme Madani Mezrag est destinée à éclipser les politiques, afin d’assurer la pérennité d’un système dominé par des militaires secondés par des technocrates sans profil politique, les un et les autres craignant le retour des politiques légitimés par le verdict des urnes. Aussi rappelle-t-il à l’ordre Rabah Kébir lorsque celui-ci prend sur lui d’annoncer la fin du FIS, renonçant à exiger une contrepartie politique à son soutien à la loi sur la Concorde civile.
Entre les théologiens comme Ali Benhadj et les chefs de guerre comme Madani Mezrag, Abdelkader Hachani considérait qu’il y a une voie permettant de concilier l’Islam et la démocratie. Il voulait faire évoluer le FIS vers une formation de type musulman démocrate capable de gouverner dans le cadre de la Constitution de 1989, accepter l’alternance et substituer la culture de gouvernement à celle d’opposition. De ce point de vue, on peut le comparer aux islamistes jordaniens du Front de l’Action Islamique, dont les élus légifèrent au Parlement depuis 1989, aux islamo-démocrates du Parti de la Renaissance Islamique qui gagnèrent les élections d’avril 1992 au Tadjikistan ou aux islamistes de l’Islah yéménite qui siègent au Parlement de Sanaa depuis 1994. En interrompant les élections de 1992, les éradicateurs algériens ont eu une réaction analogue à celle des paras russes qui empêchèrent manu-militari l’expérience démocratique de Doutchambé, ou à celle des communistes sud-yéménites qui, avec l’aide d’émirs séoudiens, tentèrent de provoquer la partition du pays dans le seul but de torpiller la démocratie.
Les commanditaires de l’assassinat de Hachani se sont attaqués à un homme de paix, qui refusa de se prêter à la manipulation machiavélique de ses troupes et à l’exploitation des violences islamistes visant à faire accepter à l’opinion internationale le coup d’Etat de 1992 et la répression féroce qui l’a suivi. Ils ont décidé la liquidation physique d’un gêneur hostile aux fausses solutions et aux mauvais compromis qui, depuis sa libération, réussissait à convaincre ses visiteurs étrangers que l’interruption des élections n’était pas une nécessité historique. Sa fidélité à un projet politique fondé sur l’attachement aux valeurs du Coran et la défense de la démocratie dérangeait les tenants de l’éradication, dont le programme politique se réduit au refus de l’alternance, tempéré par le trucage des élections.
Parmi les personnalités politiques algériennes, Hachani était l’un des premiers à ne pas tirer sa légitimité de la guerre de libération. Il était représentatif d’une génération de scientifiques et de techniciens, produits de l’effort éducatif de l’Algérie indépendante, venus à la politique par le biais d’un ressourcement et d’un enracinement dans l’Islam par refus de la corruption et de la déculturation, et qui ont su gagner la confiance d’une majorité d’algériens. L’assassinat en plein Alger, de ce partisan de la primauté du politique sur le militaire aussi bien que sur le religieux, ruine une bonne partie des espoirs de paix suscités par les déclarations de Bouteflika.
Cet assassinat a eu pour conséquence d’exacerber les divisions et les querelles de tendances et d’influence au sein du FIS. Ce parti, dont la direction a été décapitée et les cadres dispersés par l’exil et la répression, était considéré comme un acteur incontournable par les partisans d’une issue négociée à la crise. Privé de l’un de ses derniers porte-parole légitimes et d’un rassembleur possible, il est plus que jamais exposé aux manipulations et aux manouvres occultes, ce qu’illustre la polémique autour de la lettre d’Abbassi Madani. Or, chercher à maintenir la paralysie du FIS par ses dissensions, contribue à priver les partenaires politiques d’un interlocuteur, ce qui ne fait que compromettre encore plus les chances d’un retour à la paix et favorise le pourrissement de la situation.
L’hommage rendu à Hachani après sa mort a largement dépassé le cadre de l’opinion islamique. C’était un homme respecté par ceux de ses adversaires politiques (y compris dans le courant laïcisant) qui, comme lui, refusèrent de se prêter aux manouvres du pouvoir militaire visant à les associer à sa stratégie de manipulation et de disqualification de l’opposition. Cette convergence autour du respect des règles du jeu démocratique et de l’alternance, demeure la seule perspective pour construire une alternative à la guerre civile en Algérie. La concertation avec les réformateurs et les dialoguistes, qui dénoncèrent le saut dans l’inconnu du 11 janvier 1992, lui était préférable à la fréquentation des islamistes prétendus « modérés » devenus une force d’appoint de l’éradication.
La disparition de Hachani, dont l’audience auprès des innombrables « offensés et humiliés » lui permettait de leur désigner d’autres issues que celle du radicalisme activiste, prive la politique de paix du président Bouteflika d’un soutien possible.

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Témoignage du Pr Salim BENKHEDDA
Novembre 2013
Le 22 novembre 1999 était assassiné, dans un cabinet dentaire, Abdelkader Hachani, dirigeant du FIS. Son assassin Fouad Boulemia, qui a reconnu les faits, a été condamné à la peine capitale lors d’un procès diversement apprécié.
Cet assassinat a marqué profondément mon père, et pour cause Abdelkader était le fils de si Brahim Hachani. Militant nationaliste de la première heure à Skikda
Mon père avait défendu la mémoire de si Brahim quand Ali Kafi l’avait accusé de collaboration avec l’ennemi français dans son livre. « Le meilleur argument à opposer aux mensonges de Kafi» disait-il à son fils « et de poser la question suivante comment si Brahim peut-il être un traître et être désigné ministre des Moudjahidines en 1962 !!!». Chose qu’il l’a aussi particulièrement révolté, lors du décès de si Brahim, c’est que son fils en prison n’a pas été autorisé à assister aux funérailles de son père.
Abdelkader était un fervent défenseur de la conquête pacifique du pouvoir et Il a tenté vainement de contrôler les troupes du FIS poussées à réagir par la violence à l’interruption du processus électoral et à l’interdiction du FIS.
« Parmi les personnalités politiques algériennes, Hachani était l’un des premiers à ne pas tirer sa légitimité de la guerre de libération. Il était représentatif d’une génération de scientifiques et de techniciens, produits de l’effort éducatif de l’Algérie indépendante, venus à la politique par le biais d’un ressourcement et d’un enracinement dans l’Islam par refus de la corruption et de la déculturation, et qui ont su gagner la confiance d’une majorité d’algériens.»
Hachani sera arrêté sous prétexte d’avoir adressé un appel aux soldats les incitant de ne pas tirer sur leurs frères. Il est emprisonné à la prison de Serkadji, pendant cinq ans et demi sans jugement. Il fut témoin entre autre du carnage de la prison de Serkadji . Après sa libération il refuse de cautionner l’accord secret conclu entre les militaires et l’Armée Islamique du Salut, Il se rapproche des réconciliateurs, partisans d’une solution politique négociée. Il partageait avec mon père l’idée centrale du mouvement El Oumma « lier le train des nationalistes sincères aux islamistes ». La nécessité de ne pas tomber dans le piège de la violence. Il nous rendait souvent visite. Je me souviens de la réaction une fois de mon père lors d’une discussion à propos des élections présidentielles : « il ne faut pas soutenir Taleb Ibrahimi et cautionner des élections bidons !! Tu dois faire un communiqué en condamnant ces élections et aller en prison » conseilla- il à Hachani devant ses amis étonnés.
Hachani est assassiné dans un cabinet de dentiste le 22 novembre 1999, dans des conditions mystérieuses. Dès que nous apprîmes son assassinat, nous nous rendîmes moi et mon père à la morgue de l’hôpital Lamine Debaghine (ex Maillot) dans le quartier de Bab El Oued. Le corps d’Abdelkader gisait sur un brancard, maculé de sang, Mon père s’approcha lentement de la dépouille d’Abdelkader s’abaissa religieusement et l’embrassa sur le front. J’avais rarement vu mon père avec autant d’émotion et de tristesse, lui qui d’habitude ne laisse transparaître aucun sentiment et qui reste de marbre face aux situations les plus dramatiques
Le jour de l’enterrement il tint, malgré son âge avancé, à suivre le cortège funèbre à pied à partir de la maison du défunt sur les hauteurs de Zghara jusqu’ au cimetière d’El Kettar.
Puisse Allah le tout puissant l’accueillir dans son vaste paradis et l’élever au rang des martyrs
Amine
Pr BENKHEDDA Salim


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