DzActiviste.info Publié le mer 4 Juil 2012

Images et clichés : Vérité en image ou vérité des images.

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Avant de commenter cette photo (publié par notre ami Samir Hchicha) relative aux enfants Palestiniens prisonniers et qui a suscité quelques commentaires sur facebook et surtout un détour par la Syrie des plus pernicieux, je voudrais juste ouvrir une parenthèse à propos de ce pays.

Je souhaiterais rappeler à ceux qui découvrent les carnages du régime Syrien en 2012, ses méthodes et ses victimes, que lorsque El Assad-papa avait massacré des civils à coups de blindés et de bombardiers à Hama, suite à une insurrection le 02 Février 1982 comptant entre autres 150 officiers, cela n’avait pas ému les tailleurs de la bonne pensée encore moins nos droits-de-l’hommistes, nos Ouléma, nos hommes de gauche ni même les défenseurs des édifices et joyaux architecturaux détruits alors au même titre que le tiers de la ville, pendant les 27 jours durant lesquels une répression des plus meurtrières s’était abattue sur la population de Hama.

El Jazeera n’y a d’ailleurs jamais consacré un reportage, cette sinistre boucherie sans doute « trop ancienne » à son goût, de même lorsque les mercenaires Saoudiens ont massacré, feu des projecteurs éteints, les manifestants du Bahrein allant jusqu’à traquer les médecins et les infirmières dans les hôpitaux, la chose était présentée comme une rébellion bien sûr illégitime des méchants 70% Chiites sous la coupe d’un noble Suzzerain Sunnite et ami de l’axe du bien.

Au Maroc également, autre monarchie « pistonnée » où les jeunes du Mouvement du 20 Février ont été bastonnés, torturés et continuent d’être traqués à ce jour, on ‘a pas jugé pas trop utile de nous nous donner plus de détails, sauf sans doute pour nous montrer la victoire de la démocratie et du changement via le cérémonial du baisemain.

Alors, la question mérite d’être posée sur les deux poids deux mesures, sur l’histoire tronquée et les malheurs des peuples exploités, sur nos émotions en otage et suspendues à ces horribles images rouges de sang mais aussi sur ces snipers et tueurs à gage qui font désormais partie, malgré toutes ces censures, du paysage des émeutes et des révoltes.

Vérités, questions à poser et à imposer ou quand le choc des images paralyse la réflexion.

Les images sont des armes redoutables, on le sait entre autres, depuis la seconde guerre mondiale, on le sait aussi depuis guerre du Vietnam avec ces images honteuses de militaires US fuyant en hélicoptères, on le sait avec cette fillette nue brulée au Napalm dont, à ce jour, on ne cesse de montrer la photo, mais pas ce vieux cliché noir et blanc que nous connaissons tous, non ce qu’on voit partout c’est cette photo de d’une femme sereine, élégante, une femme rescapée et soignée par les Américains et vivant parmi eux, comme pour corriger ce souvenir impérissable et nous dire, ce n’est qu’un cliché, une erreur de frappe, une victime collatérale à effacer de vos mémoires.

Depuis, la prudence est non seulement de mise et de rigueur, mais les images de guerre sont devenus la propriété des faiseurs de guerre et des vainqueurs bien sûr, et tous les services de presse du monde se plient, sans sourciller à leurs feuilles de routes, leurs parcours autorisés et les badges qui vont avec.

[one_half]Alors, nous ne pouvons que dénoncer et rappeler humblement à chaque fois qu’une image, même quand elle semble viser un prédateur avéré, ne peut en aucun cas supplanter une analyse, sans quoi nous serions les lecteurs dociles de toute la presse à sensations que tout le monde rejoint sans pudeur, par exemple, le « prestigieux » time Magazine » qui n’a pas hésité à publier en première page, comme pour nous anesthésier, nous affaiblir, voire nous abêtir, cette insoutenable image de la jeune femme Afghane mutilée par son beau père et qui nous est présentée comme une victime de la loi des Talibans, quand au même moment aux USA on exécutait une attardé mental.[/one_half]

[one_half_last]Ainsi, est-il encore permis de se demander, sans risque de se faire lyncher, pourquoi certains manifestants Syriens, pour se défendre, sans nul doute, ont été armés et pas ceux du Maroc ou des Bahrein pourtant, eux aussi férocement réprimés ? Pourquoi les Chrétiens Syriens continuent de soutenir Bachar ? Pourquoi persister dans cet acharnement anti-citoyen qui veut à tout prix « confessionnaliser » les conflits dans les pays du tiers-monde ? Alaouites, Sunnites, Wahabites, Chiites ??? Musulmans, Chrétiens, Juifs ?[/one_half_last]

A la limite, est-il encore permis de s’informer sur la Syrie et Israël sans voir toutes ces images et ces horreurs ?

La balle d’un dictateur n’a pas de confession tout comme les enfants victimes des raids en Afghanistan, à Ghaza, en Birmanie, au Soudan ou en Syrie.

Avec tous les efforts possibles et concevables, on ne peut pas se contenter de leurs sursauts de consciences et de la parole de leurs présentateurs de l’information, experts en manipulations des images, spécialistes du sensationnel et de l’émotionnel, du faux direct, des fausses blondes et même des « Mouhajabates » à 2000 dollars la tenue.

Dictatures arabes, état colonial d’Israël et monarchies inféodées : l’image à décrypter.

Oui ! Les dictateurs arabes sont un modèle d’inspiration en matière de cruauté, de tyrannie et de bestialité, et en 1988 Sharon l’a bien rappelé en souriant à propos des victimes Algériennes (Ils ont tué en deux jours plus que nous en 20 ans !), mais est-ce une raison valable et acceptable que de s’abaisser à la quantification des victimes en parlant de la Palestine ? Allons-nous faire aussi dans l’affinage et l’épuration de la notion de torture comme dans les manuels de Bush ? La privation de sommeil pendant 72h serait plus  » humaine » que la gégène, la menace de viol, les humiliations sexuelles en tout genre, le waterboarding (simulation de noyade) ne sont pas de la torture puisqu’il n’y a pas de mutilations ni de séquelles physiques[i].

Oui, osons le dire, cette photo de jeunes et très jeunes prisonniers Palestiniens est choquante et humiliante, mais au fond presque banale « comparée » à ce qu’ont subi les Jeunes Algériens (en 88 et après) avant même d’entrer dans les CTRI, au vu des prisonniers Libyens torturés par les hommes du CNT en public et obligés de manger de la viande de chiens crue, alignée devant les images des victimes en sang, Syriennes, Egyptiennes, Libyennes, Tunisiennes, Marocaines (et la liste est longue et non exhaustive), tout règne et toute transition confondus.

Oh que oui ! Ne somme-nous pas tentés de qualifier ce tableau de presque « supportable », voire respirable.

Pourtant, est-il permis de comparer ? Allons-nous juger les conflits et jauger les souffrances des peuples par le seul outil des images sur lesquels nous n’avons aucun contrôle ?

Nous étouffons tellement sous le poids de ces images, de ces tombes sans épitaphes, de ces rictus sadiques de nos despotes, que même les plus éclairés parmi nous, et en désespoir de cause, semblent dire, que chacun balaie devant sa porte, ou nous ne pouvons pas entrer en conflit avec tout le monde, ou encore, nous ne sommes pas plus Palestiniens que les Palestiniens, voire, oui, nous sommes prêts à nous allier au diable, pour peu qu’il nous aide à nous libérer.

Comme si le diable était idiot, comme si les malheurs étaient si déconnectés les uns des autres, comme si les prédateurs de toute la région ne se connaissaient pas, ne se fréquentaient pas, en secret et publiquement, ne se concertaient pas, comme si au fond, et quelle évidence ! Les battements des ailes d’un papillon en Amérique du sud ou l’abattage d’un arbre en Amazonie n’avaient aucun effet sur un Tsunami au Japon.

Petit à petit le monde des images a fait en sorte qu’aucun lien ne puisse apparaître entre, pourtant les pièces d’un même puzzle, l’image des bébés Palestiniens réduits en bouillie par les missiles Israéliens est supplantée et déclassée dans le Hit Parade des horreurs de la région par « mieux » et plus efficace pour ne jamais songer à trancher le nœud gordien qui lie cette sinistre fresque les dictatures arabes, Israël et les Monarchies inféodées.

Quand le choc subliminal des images pousse à la comparaison et à la priorisation des tragédies.

Enfants Palestiniens prisonniers, Syriens bombardés, bébés de Bentalha égorgés, manifestants birmanes sauvagement assassinés, tout nous arrive par les images, alors est-ce la cadence de ces dernières ou leur brutalité qui font l’actualité et la réflexion surtout sur l’actualité ?

Serions-nous entrés de plein pieds dans une sorte de « compétition » via seulement les images et non pas les faits ? Auquel cas l’effet de l’usure, de la recherche de la nouveauté ou du scoop à tout prix, comme pour la mode et les sujets en vogue, vont vite nous rattraper.

Les conflits, drames et guerre sont ainsi de plus en plus mis soumis à l’audimat et bien sûr à l’indignation provoquée de ces téléspectateurs, qui le plus souvent assis sur un sofa en sirotant un coca ou connectés à facebook regardent défiler les images des cadavres déchiquetés ou ensevelis.

C’est ainsi qu’un conflit peut très bien « détrôner » un autre et tel un jeu macabre de télé réalité, les conflits et les malheurs des peuples sont mis en RIVALITE.

On le sent très bien par rapport à la dite « question » Palestinienne, tout le monde s’en lasse, on veut autre chose, et surtout des choses où le citoyen-voyeur d’images ou téléspectateur indigné, aura l’impression qu’il va jouer un rôle, voter, relayer les images de massacres et gagner en mettent « OUT » un dictateur.

Et comme on s’y attendait, le doute est semé et les victimes Palestiniennes d’hier sont devenues les alliées du dictateur phare d’aujourd’hui, Bachar, un embrouillamini qui fait ravage parmi les âmes E-sensibles de ceux qui font dans l’exclusivisme et l’exclusivité.

Revenons à ce cliché, cette image ou cette réalité des enfants Palestiniens qu’on voit menottés, yeux bandés, en tenue bleue (Pas orange! Cela rappellerait trop Guantanamo, mais le tenue est bleue, comme pour le corps médical, c’est plus rassurant).

Il y a ce qu’on voit, mais il y a aussi et surtout, ce que cela aura provoqué en nous, ce que cette appareil photo et celui qui le tient auront fixé et semé en nous, car contrairement à ce que l’on croyait, cette photo est en réalité sur le point de devenir compromettante surtout quand je lis avec quelle désinvolture certains de nos compatriotes, sous L’EFFET D’IMAGES PLUS CRUELLES ET PLUS BRUTALES PRISES SUR DES VICTIMES SYRIENNES, osent traiter la question Palestinienne allant jusqu’à qualifier de « hors-sujet » ce que fait ou ne fait pas Israël dans la région, excluant ainsi les palestiniens du prétendu printemps Arabe, pire, accusant ceux qui dénoncent le fait du prince made in Israël, de paranoïaques cherchant surtout à défendre indirectement le régime de Bachar et qualifiant toute réserve sur la chaîne des Qatari, El Jazeera, de positionnement anti-changement et anti-révoltes. A croire que les irremplaçables matchs de foot diffusés en exclusivité par cette chaîne friquée sont devenus le meilleur gage de professionnalisme.

Est-ce bien utile de rappeler qu’il est irrémédiablement admis aujourd’hui, qu’au nom d’une Bible, un peuple élu « chassé » il y a deux mille ans soit réhabilité sur une terre aux contours aussi incertains que l’ADN des « races supérieures » et que les enfants et petits enfants Palestiniens de Kafer Yacine soient encore des apatrides et des géniteurs de terroristes à ce jour ? Sans droit de retour à peine 60 ans après ??

Est-ce que les fondements d’un état basés sur la notion de « race » seraient plus compatibles avec la démocratie que tout autre état théologique ? Dans quelle loge et sous quelles bottes la démocratie, l’égalité des peuples, la notion de citoyen et même de laïcité qu’on ne cesse de chantonner, se nichent-elles ?

Est-ce parce que nous avons, ici en Algérie le déshonneur ode Bentatlha et des enfants qui se nourrissent de poubelles, que nous allons fermer les yeux ou relativiser la tragédie des gamins palestiniens esclaves dans les colonies sionistes ?

Ignorer une seule victime, de quelque confession que ce soit, de quelque région que ce soit, sous quelque prétexte que ce soit, c’est faire le jeu des bourreaux et tracer le chemin le plus sûr vers un monde où le ticket de victimes se gagne à coup de médiatisation, de tractations et de géostratégies gagnantes.

Qu’on le veuille ou non, la prédation a un seul visage et un seul but et la Palestine est la meilleure preuve de la vassalité de tous et la pierre angulaire des cris de rage de nos peuples et de nos nations.

Ce n’est d’ailleurs pas fortuit que les monarchies en silicone crées en 24h par l’intelligentsia britanno-sioniste, se chargent, aujourd’hui de nous informer, de nous éduquer à la démocratie (en passant par tous les arts de la table et de l’eye liner) et de nous aider à nous débarrasser de « nos bourreaux » Highlander ».

Zineb Azouz.
Constantine, le 03 Juillet 2012.

[i] Voir à ce sujet l’excellent travail et les documentaire de Mme Marie-Monique Robin


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