DzActiviste.info Publié le jeu 7 Mar 2013

Implications de SNC-Lavalin Inc. dans les affaires de corruption en Algérie.Mon cas-vs-Lavalin Inc.

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LavalinPar Amar Ouerdane

Je tiens à rapporter mon cas personnel dans l’implication de SNC-Lavalin Inc. dans les affaires de corruption en Algérie. Je travaillais chez Lavalin Inc. à Montréal de 1975 à 1982 comme Technologue en électricité. Très apprécié au sein de la Compagnie au point que mon grand patron, Mr N. M., avait décidé de faire écrire un article élogieux sur moi dans leur ‘’Magazine Lavalin’’ de décembre 1979. Au retour de son premier voyage en Algérie, en 1980, suite aux négociations sur la construction du ‘’Monument à la Révolution’’, à l’occasion du 20e anniversaire de l’indépendance du pays, Mr N. M. m’avait immédiatement transféré dans une autre branche de Lavalin Inc. où il y  avait moins de travail, encore moins dans ma spécialité. De transfert en transfert jusqu’à ma mise à pied le 9 février  1982. Conformément à la loi qui dit qu’un employeur ne peut licencier un employé après 5 ans de service sans cause juste et suffisante, j’ai porté plainte à la Commission des Normes du Travail du Québec même si les frais de la Commission allaient être partagés, moitié-moitié, entre la plus grande compagnie d’ingénieurs-conseils du Canada et moi, en chômage : 950 dollars chacun.

Dans sa décision, légalement irrévocable, le 12 décembre 1982, la Commission avait condamné Lavalin Inc. à me réengager et à me payer tout le salaire perdu depuis mon congédiement, plus un montant forfaitaire égal à 3 mois de salaire. Lavalin Inc. avait fait le 13 janvier 1983 une ‘’Requête pour l’émission d’un bref d’évocation’’.

Durant toute cette longue période procédurale je travaillais durant presque 4 ans pour le compétiteur numéro 1 de Lavalin Inc., en l’occurrence SNC Inc. qui, plus tard a acheté Lavalin alors en faillite. Mes anciens patrons chez Lavalin Inc. redevenaient mes nouveaux patrons dans la nouvelle compagnie SNC-Lavalin Inc. Et j’étais mis à la porte quelques semaines plus tard.

Mon avocate, Me Louise Ménard, du grand Bureau d’avocats de Montréal, Trudel, Nadeau, Lesage… m’écrit, le 5 novembre 1984, suite à mes nombreux appels téléphoniques sans réponse, pour me dire : ‘’Je vous avise par la présente, que je cesse d’occuper dans ce dossier en raison de ma récente nomination au poste de juge au Tribunal du Travail. Le dossier susdit a été remis à Me Suzanne Handman de mon bureau qui communiquera avec vous sous peu à propos de ce mandat’’.

Le Bureau d’avocats en question ne m’avait recontacté, malgré toutes mes démarches, que…le 8 avril 1991! Et ce, pour me dire, par Me Guy Gamache, ‘’… que nous puissions discuter de la poursuite de la cause citée en rubrique, laquelle est pendante devant la Cour supérieure du district de Montréal depuis 1983’’. Aucune suite!                                                                                                                    La dernière lettre du Bureau d’avocats m’a été envoyée le 10 juin 1993 par Me François Côté. Il me dit, entre autres, ‘’… Si vous croyez avoir besoin de conseils ou de renseignements concernant votre réclamation (277 837,00 dollars) auprès du Syndic, je vous suggère de ne pas hésiter, au moindre doute, à contacter le bureau de l’aide juridique le plus tôt possible’’.  Au fait, il ne semblait pas y avoir de suivi de mon dossier parce que je leur avais remis l’Avis de Refus d’Aide Juridique du Centre Communautaire Juridique de Montréal daté du 11 aout 1982 et dont le numéro de dossier est : 12-13070.  Le motif invoqué est : ‘’ Vu que vous poursuivez votre ancien employeur devant la Commission des normes du travail et que vous pouviez percevoir une somme d’argent qui vous permettra de payer les honoraires de votre avocat’’.

Des années plus tard, après tant de démarches décourageantes, l’avocate Me Susan Heap du Bureau d’avocats Ouellet, Nadon, Cyr… avait pris le dossier en mains. Dans sa lettre du 26 janvier 2006, l’avocate m’écrit : ‘’Pour votre information, veuillez trouver ci-joint copies des procédures qui seront signifiées aux procureurs de Lavalin Inc.’’. Et dans sa présentation à l’avocat de Lavalin Inc., Me Michel Décary, du Bureau Sikeman, Elliot et Ass., Me Susan Heap écrit, le 25 janvier 2006 : ‘’Prenez avis que la présente requête sera présentée pour adjudication devant l’un des juges de la Cour supérieure, où devant le greffier spécial, siégeant en Division de pratique en salle 2.16 du Palais de justice de Montréal, le 10 mars 2006’’.

Le 19 novembre 2006, Me Susan Heap m’écrit : ‘’Je désire vous aviser du fait que je viens d’être nommée Commissaire; je siègerai donc comme décideur à la Commission des relations du travail du Québec. Il m’est en conséquence impossible de continuer à vous représenter et je dois dès maintenant cesser d’agir dans votre dossier’’.

Parallèlement à toute cette longue et frustrante lutte juridique, il m’a été impossible de trouver un quelconque emploi, encore moins dans mon domaine.

Enfin, j’avais rencontré à Montréal, par hasard, et ce, lors d’une conférence d’un ministre algérien de passage à Montréal, invité par Lavalin Inc., le numéro 2 de l’Ambassade algérienne à Ottawa.  À la sortie de la conférence, il s’adressa à moi, à cause de mon intervention lors de la conférence, pour me demander d’aller le rencontrer à Ottawa pour en parler de mon congédiement par Lavalin Inc. Il semblait être parfaitement au courant de mon dossier. J’avais avisé quelques amis journalistes de ma visite à Ottawa. ‘’Les problèmes de l’Algérie, me disait-il, « ghir binatna » (seulement entre nous). Arrête de critiquer l’Algérie dans les journaux et Lavalin te réengagera’’. Il étala sur son bureau la revue de presse de mes écrits, qu’ils lui auraient été remis par ‘’quelqu’un’’ de notre Association, insista-t-il, et me montra avec une  colère camouflée ma photo dans le quotidien Ottawa Journal du 19 avril 1980 expliquant aux manifestants de ne pas répondre aux provocations lors de notre marche du Parlement canadien jusqu’à l’Ambassade d’Algérie.  À sa demande d’arrêter d’écrire sur l’Algérie, je lui ai répondu quelque temps après, à l’occasion du 3e anniversaire du ‘’Printemps Berbère’’, par un article publié dans le quotidien Le Devoir du 20 avril 1983.

 

Amar Ouerdane

Auteur du livre : La Question berbère dans le mouvement national algérien : 1926-1980,             éditeur Septentrion, 1990, préface de Kateb Yacine.


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