DzActiviste.info Publié le mer 5 Juin 2013

Incertitudes Abed Charef

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De quoi demain sera fait ? L'Algérie est dans le doute, alors que le l'enjeu est précisément de chasser le doute.

L'Algérie a changé d'incertitudes. Un mois après l'hospitalisation du président Abdelaziz Bouteflika à l'hôpital français du val de Grâce, la question n'est plus de savoir si le chef de l'Etat sera candidat pour un quatrième mandat ; on spécule désormais sur son état de santé, pour savoir s'il serait en mesure d'aller au terme du mandat en cours, dans des conditions correctes. L'Algérie ne se demande pas non plus combien de temps tiendra le gouvernement de M. Abdelmalek Sellal, et qui lui succèdera ; la question porte désormais plus haut, pour savoir qui sera le successeur du chef de l'Etat lui-même. Autre incertitude qui s'est imposée, on ne se demande plus si les institutions actuelles peuvent encore colmater les brèches d'un système politique qui part en lambeaux; on se demande désormais par quel miracle ne s'est pas écroulé un système institutionnel dans lequel on ne sait même plus faire un communiqué officiel concernant la santé du chef de l'Etat. Il y a quelques mois, parler des élections présidentielles de 2014 ressemblait à une aventure assez risquée. C'était un tabou qu'on évoquait à voix basse, entre personnes de confiance ou dans des cercles restreints. Les rares personnes qui ont osé laisser apparaitre leurs ambitions ont été sèchement éjectées du circuit politique, pour leur imposer silence. Des personnalités très en vue affirmaient publiquement leur choix pour un quatrième mandat. Parmi elles, des ministres, comme MM. Amara Benyounès et Amar Ghoul, et des chefs de partis, comme Mm Louisa Hanoun. Aujourd'hui, leurs propos paraissent totalement incongrus. Un homme comme Ahmed Benbitour, qui a décidé de se porter candidat aux présidentielles quelles que soient les conditions, peut dès lors se targuer d'avoir une longueur d'avance sur les autres postulants.

Sur le plan économique aussi, le pays a basculé. En quelques mois, le climat a totalement changé. Au début de l'année, avant Tiguentourine, on parlait encore d'exportations de gaz, de réserves de change qui pouvaient encore augmenter, et d'opulence, ou plutôt d'insouciance financière. En quelques mois, de nouvelles vérités se sont imposées. Y compris dans le cercle des décideurs économiques, comme le révèle la récente polémique entre le ministre de l'énergie, M. Youcef Yousfi, et le patron de Sonatrach Abdelhamid Zerguine.

Ce qui a changé sur le terrain économique? On admet désormais que l'Algérie a atteint son pic énergétique durant la seconde moitié de la décennie écoulée, en gros entre 2005 et 2010. Et que désormais, la production d'hydrocarbures va baisser, au mieux stagner, sauf découverte majeure, peu probable, ou recours massif au gaz de schiste sur le long terme. On admet aussi, et surtout, que le rythme des exportations va baisser progressivement, avec le boom de la consommation interne. Et que ces exportations vont ramener moins de recettes en devises, d'autant plus que le prix du gaz va baisser, face à une concurrence féroce, à une offre abondante et à une consommation mondiale en berne.

Face à ces indices inquiétants, le pays a peu de choses à proposer, à l'exception d'un niveau de consommation élevé, d'une exigence de consommation encore plus élevée, alors que la production reste désespérément faible. Le premier ministre Abdelmalek Sellal l'a encore reconnu la semaine dernière, lui qui n'arrive pas à s'expliquer la faible performance des entreprises. La production industrielle représente à peine 5% du PIB, un chiffre si bas qu'il est impossible d'envisager, à court terme, de voir l'activité industrielle atteindre un seuil acceptable. Cette somme d'incertitudes paralyse le pays, qui se trouve face à ce paradoxe, si souvent relevé : comment un pays, avec autant d'atouts, parvient-il à faire aussi mal, au point de s'installer dans le doute ? Comment a-t-il réussi à créer de mauvais partis, des entreprises non performantes, une administration inefficace ? Comment a-t-il pu détruire les valeurs morales et politiques qui ont fait son histoire ?

En ces temps d'incertitude, où le doute s'installe, où une pensée insidieuse laisse entendre que c'est comme ça et pas autrement, que le pays est condamné à vivoter, à ne pas avoir d'ambitions, à subir le cours de l'histoire ; en ces temps où un discours révisionniste s'instaure et menace de devenir dominant, il devient nécessaire de revenir à quelques fondamentaux qui ont permis au pays d'avancer. Pour faire en sorte que demain soit synonyme de certitudes et d'espoir, non un monde d'incertitudes et de menaces.
 


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