DzActiviste.info Publié le sam 29 Mar 2014

Indignez-vous, résignez-vous ! (source LeMatin DZ)

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Indignez-vous, résignez-vous ! (source LeMatin DZ)

La Palisse dira : un jeune pour s'indigner un vieux pour se résigner. Pas de panique, la tempête peut se faire au fond d'un verre à thé. L'indignation, écrit Marcel Sel dans son livre "Indignés de Cons" est une kalachnikov sans munition sans cible sans leader sans idéologie. Une impasse dans l'impasse. Des abrutis pour le printemps berbère, des abrutis pour la place Tahrir, des abrutis à Ouargla à Ghardaïa chez Barakat chez les harragas les drogués les kamikazes les terroristes les djihadistes les tayabates du hammam etc. Une jeunesse vieille et damnée de surcroit. Manipulée de gré ou de force avant d'être jetée dans la fosse commune. "Envoyez-les dans n'importe quelle guerre, ils oublieront de critiquer votre gouvernement", conseillait le Florentin. Une jeunesse désenchantée est une fin du monde, l'avenir est déjà dépensé, hier c'était demain. Il ne te reste qu'à rêver à ton suicide, petit garnement ! Les houris seront là, après les vers. Baise la poussière sous les pieds de ton calife, l'Omniprésent recommande l'obéissance, clame l'imam-fonctionnaire-missionnaire avec une conscience apaisée et une piété irréprochable : "Ô vous qui croyez ! Obéissez à Dieu! Obéissez au Prophète et à ceux d'entre vous qui détiennent l'autorité." On est dans le monde arabo-musulman, pétrole ou razzia, le butin se partage entre l'Autorité et l'Épée. Avis aux fuyards. Et notre deuxième patrie, la France qui vient d'élire le FN comme nous le FIS avant, est bien partie pour nous plagier. Il est loin le temps du roi Philipe le Bel qui pendait les créanciers et les meneurs de gueux pour éviter la banqueroute et la perte du trône. Imaginons Hollande se débarrassant des banquiers et des Mélenchon pour sortir de la Crise. Loin aussi le temps du général de Gaule qui payait les timbres de sa correspondance personnelle et écrivait de sa main ses discours et ses mémoires en reprochant à son premier ministre de passer ses vacances à Saint-Tropez à l'époque paradis des riches, des m'as-tu-vu. Aujourd'hui le banquier fait le monarque de l'Elysée, accusé de viol DSK loue un appartement new-yorkais à 35000 euros par mois et les descendants de Voltaire condamnés à l'alternative zéro. La peine de mort étant interdite, on se rabat sur le suicide assisté ou pas, sur le suicide à grand ou petit feu. Quant aux indignés de la tribune, on les transforme en courtisans et la masse suivra. L'espoir se "chimèrise" avec cette jeunesse américaine qui refuse de faire son printemps malgré l'arnaque des subprimes. Comment s'indigner quand la vie est à crédit ? On estime la dette d'un étudiant américain à 30000 $. L'endetté ne proteste pas s'il ne veut pas aggraver sa situation et risquer la rue, pire la prison. En Amérique, la dette des ménages dépasse les 10000 milliards de $ et chaque Américain a d'office une dette de 33000 $, vieux et bébés compris. A la question "Peut-on faire confiance, en général, à autrui ?" Les enfants de l'Oncle Sam répondaient oui à 77% en 1964. Aujourd'hui c'est la désillusion dans tous les domaines, le déclin n'a rien épargné. Putman note que les gens qui ne s'arrêtent pas à un panneau "Stop" est passé de 30% dans les années 60 à 90% en 2000. Le civisme se perd même au risque d'un accident mortel. On peut rêver d'une démocratie qu'on n'a jamais connue et la perdre en plein cauchemar. On comprend pourquoi le FMI est venu nous vendre le paradis à crédit à nous, pauvres algériens. On comprend aussi pourquoi les rapaces étrangers sont si nombreux si puissants à soutenir un système opaque mal-aimé pourri imprévisible quitte à tous nous liquider femmes et enfants en premier afin de transformer notre fabuleux désert en gruyère vénéneux. "Nous sommes conviés à un dîner de cons. La puissance financière de quelques-uns a atteint des niveaux effrayants. Le pouvoir politique n'est plus qu'une vue de l'esprit. Les citoyens n'ont plus la moindre prise sur l'Etat. Nos démocraties se meurent. Alors, Stéphane Hessel nous invite à nous indigner. Les Indignados espagnols et américains se lèvent et protestent. Mais ils n'ont pas le pouvoir de changer les choses. Les cibles à atteindre sont trop hautes, trop floues. Et nous, les citoyens ? Que faisons-nous? Rien!" Démocraties agonisantes, avortées, en gestation, peuples lâches indifférents déprimés révoltés. Les vampires ont bu trop de sang pour reculer. 100000 ans la durée d'une espèce, or la survie d'un pays comme le Japon dépend d'une piscine construite par des corrompus qui ne peut se refroidir qu'au bout de 50000 ans. Si la science n'arrive pas en 40 ans à la maitriser, il faut prier tous les dieux pour qu'aucun séisme ne vienne frapper au mauvais endroit au mauvais moment. Sinon la catastrophe sera planétaire parce que la locomotive mondiale chinoise est trop proche pour en sortir indemne. Un scientifique de renom a affirmé que le réel danger qui menace la vie sur terre est encore inimaginable. En un mot, un accident dans une centrale nucléaire a autant de probabilité de se produire au Japon qu'en France ou ailleurs. Tout simplement parce que la sécurité a un prix et l'"elite" assassine préfère s'empiffrer que dépenser pour préserver la vie de la masse laborieuse. On l'a vu au Bangladesh, chez nous et ailleurs. Plus on monte les étages plus la moralité baisse, plus on descend plus le moral baisse. En 2012, le cabinet d'avocats new-yorkais Labaton Sucharow publiait un sondage portant sur 500 professionnels de la haute finance aux USA et en Angleterre. Résultats : 24% pensent que pour réussir on peut être immoral et même sombrer dans l'illégalité. 26% ont été témoins de pratiques illégales sur le lieu de leur travail. 16% ont affirmé qu'ils iraient jusqu'à commettre un crime pour échapper à la justice. 40% pensent que leurs concurrents sont mafieux. Près d'un tiers reconnaissent que les primes les poussent aux compromis et au viol de la loi. 23% avouent tricher sous d'autres pressions. Et dire que nous sommes dans les deux plus vieilles et plus importantes démocraties au monde. Et cette faune dorée crapuleuse a le destin de la planète entre ses pattes. La juge Eva Joly, candidate malheureuse à la présidence française s'interroge dans son livre, Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre? : "Quelle démocratie peut rester vivante si les élites ont acquis, de facto, le pouvoir de violer la loi et la garantie de l'impunité ?… maîtres de la haute finance, ces silhouettes rapides qui disposent de leurs jets privés et hantent les palaces… pour qui une commission d'un million de dollars est un simple pourboire… Chaque scandale remplace le précédent. La répétition engendre la lassitude… Je ne m'y résigne pas" Elle s'est pourtant résignée de force. Comme s'est résigné le peuple algérien en découvrant son immense solitude face à la Bête désormais soutenue par le Clan sans frontières. Rachid Mimouni parlait de la Ceinture de l'Ogresse, aujourd'hui il faudrait parler des satellites de l'Ogresse. Le miracle, on l'attendait, on l'espérait, on pouvait le réaliser et pourtant, c'est la "naine" Tunisie qui nous a fait la leçon. Dans son livre, Les Ruptures et l'Oubli, Mostefa Lacheraf écrit : "En 1977, le ministre de l'Education nationale de Tunisie… se retint difficilement avant de me suggérer l'organisation, aux mêmes dates, du baccalauréat dans nos deux pays, pour la raison toute simple que des élèves tunisiens…pas toujours méritants, franchissaient la frontière et venaient se présenter régulièrement à Annaba et ailleurs, obtenant à tout coup un franc succès avec mention, en arabe et en français, dans un examen où les jeunes Algériens … échouaient souvent piteusement. Le ministre du pays-frère entendait mettre un terme à une inégalité… qui n'avantageait pas les meilleurs parmi les élèves tunisiens et mettait en évidence le très bas niveau de notre enseignement, arabisé ou pas depuis une quinzaine d'années." Monsieur Lacheraf précise "honteux" que dans cette épreuve, nos lycéens bénéficiaient de 4 années d'études de plus que leurs homologues tunisiens. Et comme tout le monde est d'accord experts enseignants parents élèves politiciens que l'école algérienne n'a pas cessé de régresser, on peut estimer le chaos 37 ans plus tard. On comprend pourquoi le printemps arabe ne pouvait être déclenché que par la jeunesse de Bourguiba. Et en 80, le printemps ne pouvait être que Berbère dans cette Kabylie qui a mieux résisté que le reste du pays comme toujours. Le combat était trop inégal trop miné, aujourd'hui la résignation a repris son droit, la pègre nationale a trouvé refuge protection baraka dans l'univers des sociétés offshore et paradis fiscaux. On ne se pose plus la question combien de temps durera le pétrole, pourquoi la France a interdit le gaz de schiste sur son sol et pas nous, mais combien de temps aurons-nous de l'eau pour étancher notre soif ? Ces polluantes ne se boivent pas, mais adorent l'eau. Sans parler de l'extraction de l'or qui est encore plus catastrophique pour l'environnement rien que pour le plaisir de couvrir de bijoux les concubines des "Princes des ténèbres". On ne se pose plus la question quand vont-ils construire un hôpital pour nos enfants cancéreux, mais combien de temps le reste de la progéniture échappera à la peste des décharges à ciel ouvert et autres damnations qui en un clin d'œil conduisent du berceau au cercueil ? Jusqu'à quand l'oxygène de l'air tiendra avant d'être complètement carbonisé ? On ne se demande plus combien de millions ont-ils touché pour enterrer les déchets nucléaires chinois ou autres nationalités "amies", mais à quel endroit de notre gourbi ?… À nos rares moments de lucidité on se pose ce genre de questions bêtes tout en sachant qu'on n'aura que leurs réponses à leurs questions. On ne répond pas à l'espèce pavlovienne, on lui met la laisse après lui avoir arraché les griffes, ferré les crocs baveux. La calamité-télé veille 24 sur 24, casque électronique cernant les crânes : votez ou votez pas, le Messie sera encensé et la camera filmera les ingrats ! Le poète américain T.S. Eliot compare la télévision à un médium "qui permet à des millions de gens d'écouter la même blague au même moment, et pourtant de rester seuls." Les fonctionnaires véreux de l'Unique transformés en gourous d'une flopée de "petites uniques" racontent tout sauf des blagues. Si une Eva Joly qui vit en Norvège s'interroge sur le monde où vont vivre ses enfants, en Algérie, on ne s'inquiète pas, le SDF collé à l'asphalte lépreux voit toujours le ciel là où il s'allonge. Et ce n'est pas une poignée de jeunes "barakatis" dont une bonne majorité est née après 1977 qui va lui garantir un lit. L'Algérie ne pourra être sauvée du chaos que si à cet élan, il faut ajouter les parents qui ont eu la chance de décrocher un bac encore honorable non esquinté dans une ambiance pas encore tout à fait contaminée. L'économiste Edward Glaeser affirme que l'éducation (la bonne) est un levier infaillible de la démocratie. Il a constaté que 95% des démocraties éduquées en 1960 le resteront 40 ans plus tard alors que seules 50% des démocraties éduquées médiocrement le restent, l'autre moitié vire à la dictature en moins d'une décennie. Que dire quand on défait une éducation et qu'on bouche toutes les issues de secours ? L'histoire de notre pays, le QI de nos représentants autoproclamés en sont le meilleur exemple. Lacheraf note que les enseignants qui maîtrisent la langue arabe se comptent sur les doigts d'une seule main en Algérie et il ajoute : "…l'instrument par excellence de la catastrophe algérienne de longue durée dans tous les secteurs de l'activité humaine n'est autre que le système éducatif dégradé …" Sur les responsables de l'Education nationale, il écrit : "Des hommes sans culture complémentaire d'appoint autre qu'oratoire et de circonstance, c'est-à-dire spontanéiste, sans bases réelles, "acquise" paresseusement à la seule lecture de journaux, mais surtout affiliés à des formations religieuses et qui ne conçoivent pas juste avec une exigence le métier d'enseignant, fonction ardue dans les pays dignes de considération où les concours universitaires et agrégations les plus difficiles et soutenus par des années de dur labeur et d'effort intellectuel intense…" N'oublions pas que l'auteur parle de l'époque des années 70 où ministre de l'Education, il a pris le risque de critiquer le "mammouth" et se faire virer, pousser à l'exil sans retour. Il suffit de voir le pedigree des jeunes maîtrisant facebook et autres sites sociaux qui militent pour les droits de l'"homosalgerius" pour se convaincre que l'héritage des Amazighs, nos aïeux trahis, fait de la résistance. L'indignation est une prise de conscience du faible dans l'urgence. Que dire quand on a accumulé moult indignations dans un monde qui se révèle indigne. Le miracle ne peut venir d'une poignée de sympathiques utopistes se jetant dans l'arène aux fauves les mains nues pour dire non au règne à vie d'un Néron porté aux nues par les puissances qui font et défont le monde d'aujourd'hui. Un philosophe a dit que l'utopie c'est ce qu'on n'a pas encore essayé, mais pouvoir essayer simplement ou penser à le faire est encore une utopie en Algérie. "La démocratie n'est pas une valeur occidentale, et d'autant moins que l'Occident s'est laissé dériver vers le régime oligarchique, ne conservant de la démocratie que ses formes extérieures, l'institution élective notamment, quand la réalité du pouvoir a glissé vers les maîtres des finances. Elle est une aspiration vivante aussi bien chez les Occidentaux dépouillés de leur liberté d'agir que du côté des peuples pauvres fatigués de subir l'exploitation de leurs propres dominants."(3) Nous ne sommes pas seulement fatigués, mais écœurés quand nos propres dominants perpétuent leur dictature avec la mascarade d'un vote où nous jouons les bouffons sans talent et ça les fait rire, eux et rien qu'eux. Il faudrait qu'on y aille petits et grands, vieux et jeunes, femmes et hommes, malades et sains tous parce que notre mal est trop profond, a trop duré et nos limites dépassées. D'autres peuples l'ont fait avec des casseroles et des poêles à frire à la main chaque samedi pour éclater les tympans des parlementaires jusqu'à faire tomber le gouvernement islandais et exiger que les banquiers paient cash leurs erreurs. Avant la crise, en 2007 l'ONU a classé l'Islande, le pays où l'on vit le mieux. Étant donné que l'Algérie est loin de ce classement, elle risque moins de perdre l'éden qu'elle n'a jamais connu que d'être, en cas d'échec, sauvagement punie par ses geôliers et c'est là où réside notre problème.

Références

1- Indignes de Cons (la crise expliquée aux cancres et aux économistes), Marcel Sel avec la collaboration de Karine Quarant-Schmidt

2- Homo Economicus, prophète (égaré) des temps modernes, Daniel Cohen

3- Fin de l'Occident, Naissance du Monde, Hervé Kempf

4- Les Ruptures et l'Oubli, essai d'une interprétation des idéologies tardives de régression en Algérie, Mostafa Lacheraf


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