DzActiviste.info Publié le dim 30 Sep 2012

INITIATIVE POLITIQUE DES DISSIDENTS DU FFS, Samir Bouakouir s’explique

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Entretien réalisé par Sofiane Aït Iflis
Lesoirdalgerie.com 30 09 2012

Après avoir animé durant plusieurs semaines une protestation contre la direction du FFS, Mustapha Bouhadef et Djamel Zenati ont signé, au nom de leurs camarades dans le mouvement de fronde contre les responsables du FFS, une déclaration-annonce d’une initiative politique. Partie prenante du projet, Samir Bouakouir, candidat malheureux à la députation lors des dernières élections législatives, dévoile, dans cet entretien, les grandes lignes de l’initiative. Fondamentalement, clame-t-il, elle poursuit à non pas mettre du mouvement dans le statu quo mais à le casser. Une perspective, donc, foncièrement éloignée des choix tactiques du FFS.

Le Soir d’Algérie : MM. Mustapha Bouhadef et Djamel Zenati viennent d’informer du lancement prochain d’une initiative politique. En quoi consiste-t-elle et implique-t-elle l’ensemble des militants et cadres du FFS qui contestent la ligne politique suivie par l’actuelle direction du parti ?

Samir Bouakouir : Les «élections législatives», de par l’ampleur de l’abstention, ont mis à nu le gouffre qui sépare un système politique obsolescent et finissant de la société réelle. Le pays se trouve en situation, non pas de mauvaise gouvernance, mais de non-gouvernance qui accentue la tendance structurelle à l’enlisement et le chaos. Ces dernières années, notamment depuis l’intronisation de Bouteflika, le pays n’en finit pas de vivre au rythme infernal de la répression policière, de l’arbitraire judiciaire, d’une corruption institutionnalisée et d’émeutes récurrentes. La responsabilité du chef de l’Etat dans le processus de délitement politique et institutionnel, d’affaissement moral et civique est engagée. Isolé à l’intérieur, discrédité à l’extérieur, même s’il bénéficie d’une certaine complaisance, le pouvoir algérien se «bunkerise», enfermé dans l’illusion que la manne pétrolière le met à l’abri de toutes les tempêtes. Sur le plan économique, sans programme, sans vision, le pays navigue à vue. L’inflation galopante paupérise de plus en plus la population, poussant les pères de famille vers la débrouille pour boucler les fins de mois. Pour leur part, les jeunes n’ont aucune visibilité sur leur avenir et cherchent par tous les moyens, parfois au péril de leur vie, à fuir le pays. Ce ne sont certainement pas les déclarations volontaristes de ce «nouveau» gouvernement, au profil «technocratique» douteux, qui rétablira la confiance avec les citoyens. Faut-il rappeler que la majorité des ministres ont participé à la descente aux enfers que connaît le pays ? Plus grave encore, les Algériens ont appris que l’ancien chef du gouvernement, qui plus est a accepté ce fait, n’avait même pas la possibilité de réunir ses ministres.

C’est en toute conscience de l’extrême gravité de la situation, que nous avons décidé d’agir et de lancer un appel à la mobilisation de tous les patriotes algériens pour sauver notre nation d’un chaos programmé.

Vous vous tracez une nouvelle voie et vous vous définissez de nouvelles perspectives politiques, alors que l’après-législatives vous a vu entreprendre une tentative de repositionnement du FFS sur sa ligne de conduite originelle. Estce- là un délaissement de votre premier engagement ?

Non. Il n’y a pas de discontinuité dans la démarche. Je ne désespère pas, mes camarades non plus, de voir le FFS se repositionner comme une force politique inscrite dans un changement radical et pacifique. Il appartient aux militants de ce parti, précurseur de la résistance démocratique en Algérie, d’isoler en son sein les individus aux commandes, coupables de compromission. Notre initiative s’inscrit dans une perspective historique qui dépasse le «sort» d’un parti politique. C’est de l’Algérie qu’il s’agit. Au lendemain des élections, cette dynamique du rassemblement a trouvé un écho positif auprès de l’opinion et a suscité de grands espoirs au sein de la société. Forts de cet enthousiasme, nous avons décidé d’aller à la rencontre des jeunes, des universitaires, des militants politiques, des syndicalistes, des acteurs de l’économie productive et créatrice de richesses, des femmes, des hommes de médias et de la culture qui récusent la fatalité et qui résistent avec dignité et courage. Une plate-forme qui définira le contenu et la méthode de notre démarche politique sera proposée dans les prochains jours. C’est certes une œuvre difficile et semée d’embûches, mais c’est la seule voie de salut pour notre pays. Il faut sortir des logiques d’appareils qui ont stérilisé le débat et provoqué le désengagement citoyen. Il faut faire preuve d’imagination pour réinventer de nouvelles formes de lutte et d’organisation, promouvoir la culture démocratique en bannissant les comportements autoritaires et sectaires, en opposant l’argument à l’insulte et à l’invective.

L’idée d’un mouvement transpartisan mais qui implique fondamentalement la société civile ne se suffit certainement pas à elle-même. Elle doit nécessairement être portée par des actions. Lesquelles pensez-vous sont les plus à même de lui donner un prolongement pratique ?

Longtemps la «classe politique» a tourné le dos au peuple algérien. Les choix et les grandes décisions qui engagent le pays se sont toujours faits dans l’opacité la plus totale à l’exclusion du peuple algérien. Notre mouvement s’inscrit en rupture totale avec ce qui s’est fait depuis l’indépendance. Contrairement à d’autres initiatives, nous avons fait le choix de la transparence la plus totale. Nous proposons de rendre le pouvoir au peuple, c’est pourquoi nous avons opté pour une dynamique politique et non pas pour un parti. Le mouvement que nous projetons de construire n’a pas vocation à participer aux élections ni à prendre le pouvoir. Ceux qui souhaiteront participer aux échéances électorales seront libres de le faire dans un cadre autre que ce mouvement. Le cadre que nous proposons est ouvert et pluriel. L’adhésion se fait à titre individuelle par l’acceptation d’une charte ou plateforme démocratique et ne rentre pas en contradiction avec les structures existantes. Notre démarche est partie du constat unanime que les résistances qui s’expriment pacifiquement dans le pays demeurent hélas dispersées et politiquement désarticulées. Cette segmentation traduit une certaine incapacité à transformer toutes ces luttes en un projet alternatif et constitue une source de démobilisation populaire. Notre objectif est donc de faire converger toutes les énergies, au sein de la société et des institutions, afin de dégager de nouvelles perspectives politiques économiques et sociales pour notre pays et d’œuvrer, par la mobilisation populaire pacifique, à créer le rapport de force nécessaire à la fondation d’une deuxième république.

Vous conviendrez que l’aboutissement d’un projet de mouvement large et rassembleur suppose quelques décantations politiques préalables. Y en a-t-il de perceptibles aujourd’hui sur la scène politique ?

L’après-10 mai a plongé le pays dans une impasse intégrale. Ce scrutin aurait pu constituer une opportunité pour favoriser une évolution politique positive en renouant avec le processus démocratique à partir d’une institution parlementaire réhabilitée. En entravant cette possibilité, le pouvoir a créé les conditions d’une rupture politique violente. L’inconséquence et l’irresponsabilité politiques vont forcément provoquer une plus grande radicalisation qui prendra fatalement des formes extrêmes, populistes, voire néo-fascistes. Cet aveuglement à vouloir gérer le statu quo à travers des réaménagements internes au pouvoir est donc suicidaire pour le pays et rend d’autant plus urgente l’émergence d’une grande force politique pacifique alternative en mesure d’empêcher une nouvelle restructuration interne au système, à l’échéance de 2014. Or, le changement n’attendra pas 2014. Il serait illusoire de penser que la situation économique, politique et sociale qui prévaut actuellement dans le pays permettra à ce pouvoir de se maintenir jusqu’à cette date. De plus, on ne peut accepter que le chef de l’Etat actuel procède à une nouvelle révision constitutionnelle qui privera de nouveau les Algériens de leur droit à l’autodétermination. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de mettre du «mouvement dans le statu quo», mais de le casser !

S. A. I.


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