DzActiviste.info Publié le ven 1 Juin 2012

[Vidéo] Intervention de Lahouari Addi – Colloque «Algérie 50 ans après l’indépendance : défis et perspectives»

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Colloque organisé à paris le 21 mai 2012 par l’association des élèves de Sciences Po pour le Monde Arabe (SPMA). Ci-dessous un résumé de l’intervention du professeur Lahouari Addi.

Partie 1 : « Eclairages historiques et mémoriels » (9h30-11h)

Une étude très tardive de l’Algérie par les sciences sociales

Lahouari Addi

Lahouari Addi (via colloquealgerie2012.com)

Lahouari Addirevient dans un premier temps sur les sciences sociales et l’étude de l’Algérie. « Pendant toute la première moitié du XXe siècle, les sociétés colonisées ont été complètement ignorées par la science politique. » souligne Lahouari Addi, en poursuivant « il faudra attendre les travaux pionniers de Pierre Bourdieu en sociologie. ». Mais en science politique, il existe un vide considérable. A partir des années 1960, on entre dans la période dite postcoloniale. Jean Leca essayait d’expliquer comment se construisait l’Etat avec les vestiges de droit public de l’Etat colonial. Puis quatre années avant Edward Saïd, en 1974, le congrès international de sociologie qui se tenait en Algérie imposait le tiers-mondisme dans les sciences sociales. Vint ensuite le procès de l’anthropologie occidentale, et les discours parlant au nom d’acteurs collectifs reliés à des notions peu définies (capitalisme, socialisme, impérialisme). « Ce sont vraisemblablement les émeutes des années 1980 qui ont, en Algérie, attiré l’attention sur le décalage et la rupture profonde entre la société algérienne et le domaine académique : les sciences sociales n’avaient pas d’objet et les sociétés n’avaient pas de discours scientifique » poursuit Lahouari Addi. Il se réfère également à Michel Foucault en insistant sur l’absence de « conscience épistémique », autrement dit le fait de ne pas considérer la société algérienne et la « conscience sociale » comme objet de science humaine, et objet de sociologie.

La sociologie politique – discipline de Lahouari Addi- a pour objet les conflits politiques et leur résolution par l’Etat : « comment étudier des conflits politiques à la lumière d’un Etat qui a pour objectif de rejeter et d’ignorer les conflits politiques ? » s’interroge-t-il. En effet, « le Pouvoir considère qu’il n’existe pas de conflits entre algériens mais une union monolithique et monopolistique ; les conflits n’existent qu’avec l’extérieur -ils opposent à la France ou au Maroc- ou venant de l’extérieur – comme l’exprime l’insulte courante en Algérie pour décrédibiliser quelqu’un « hizb fransa »- ».

Les institutions naissantes empreintes de « populisme » : idéalisation du peuple et mépris de la société

La seconde partie de son intervention revient sur la dimension populiste des institutions naissantes de l’Etat algérien indépendant et le caractère apolitique du politique. Lahouari Addi poursuit : « le présupposé de base de cette construction apolitique du politique est que l’armée est l’avant-garde de l’évolution politique et le « protecteur ». Le peuple est une entité indéfinie, une alchimie, une construction idéologique par lequel le pouvoir politique est nié ».

Lahouari Addi revient sur le contexte post-indépendance et « la soif de modernité incarnée par l’utopie populiste ». Il considère que « le populisme idéalise le peuple et méprise la société, le peuple n’est pas une réalité sociologique mais une construction idéologique ». Il n’a de substance que face à l’ennemi étranger, et se dissout dans une société ignorée où n’existe ni droit, ni sujets de droit. Pour illustrer son propos, il considère que « c’est le Colonel Houari Boumediene qui a le mieux incarné cette contradiction : il adorait/idéalisait le peuple mais détestait/méprisait la société. Le populisme avait horreur du tumulte des aspirations individuelles, des couleurs et des odeurs. Toutes les politiques économiques et sociales ont été pensées pour les besoins du Peuple et non de la société. ».

Il analyse ensuite un changement de cap car « si de 1962 à 1988, le régime a défendu ce populisme en bénéficiant de la croyance des élites, les choses ont changé depuis 1988 car désormais plus personne n’y croit. En effet, les élites dirigeantes ont fait du régime une fin en soi : l’Etat est devenu un refuge pour les dirigeants qui n’ont de toute évidence nul autre endroit où aller, la société est inhabitable et hostile pour eux ». Selon Addi, les islamistes ont d’une certaine manière reproduit sous une autre forme le populisme du FLN d’antan.

En somme il conclue en rappelant que la société algérienne a du faire face à un populisme utopique autiste et que l’objectif des institutions naissantes postindépendance était d’intégrer le Peuple dans l’Etat en considérant que la société avait été « souillée » par l’acculturation française. « Si l’Algérie a échoué à réellement se développer, c’est parce que toutes les politiques de développement économique menées jusque-là ont été conçues pour le « peuple » et non pour la société. ». Ce populisme a été battu en brèche par divers échecs socio-économiques. Il conclue « si les hommes politiques ne croient plus en ce populisme, ils sont encore liés par son héritage ».

Via http://colloquealgerie2012.com

 


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