DzActiviste.info Publié le lun 14 Jan 2013

Intervention française au Mali: Lecture lambda en quatre coups de cueiller à pot !

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Comme les gens n’ont plus le temps de lire les interminables analyses de supposés experts en Terrorisme, en islamisme, et autres opportunismes, nous allons opter pour une nouvelle façon d’expliquer les choses simples, sans chercher à les compliquer, ni à les rendre imperméables au bon sens commun.
Essayons de répondre clair, à des questions claires.

Donc, d’abord les questions:

1/Pourquoi la France intervient-elle au Mali ?
2/Pourquoi maintenant ?
3/Pourquoi et pour qui  le Sahel est-il important ?
4/Quel est le rôle de l’Algérie dans le schmilblick ?

1/Réponse à la première question:

―  En tout cas certainement pas pour pour les motifs officiels invoqués officiellement. N’en déplaise aux chauvins du cocorico, si la France était Zorro, ou Superman, qui vole au secours des peuples, ça se saurait. 
La France a décidé de laminer les groupes islamistes qui pullulent au Mali, pour de nombreuses raisons, toutes aussi peu avouables les unes que les autres, où des impératifs de politique domestique ne sont pas absents. Loin s’en faut ! 
Mais l’un dans l’autre, le principal motif se trouve dans les gros intérêts de la France dans la région. Un seul exemple:  Le Mali est le voisin immédiat du Niger. La quasi-totalité de l’uranium du Niger part en France, pour alimenter les centrales nucléaires. Ce pays est le principal pourvoyeur d’uranium de la France, depuis plusieurs décennies. Un vrai marché de dupes, soit dit en passant, où le peuple nigérien est le dindon d’une grosse farce. C’est comme ça !

2/Réponse à la deuxième question: 

― La France a dû attandre d’obtenir l’aval des autres puissances qui ont vue sur la Sahel, particulièrement les USA, dont l’accord préalable est incontournable, pour toute  initiative dans les parages. 
Le Sahel est la chasse gardée des Américains. 
Ils acceptent que leurs alliés, dont la France, puissent y avoir des intérêts, tant qu’ils ne gênent pas leur stratégie pour cette région. 
L’intervention a été retardée à cause des autres évènements dans la sphère arabe. Il fallait diluer l’action dans le temps, pour ne pas braquer les progressistes arabes et maghrébins. Pour ne pas gêner les alliés du Golfe. Cette action, en plus de se situer dans une stratégie française, reste imbriquée dans une vision atlantiste. 
L’intervention de l’Otan en Libye avait fini par susciter certains remous, jusqu’à transformer des despotes comme Kadhafi ou Bachar en héros. Il a donc fallu tempérer. 
Le régime algérien, qui s’était opposé à toute intervention de ce type à ses frontières a dû obtempérer aux injonctions  qui lui ont été envoyées. Il s’est incliné la mort dans l’âme. Il sait qu’il n’est plus qu’un pion dans l’échiquier.Il a été démasqué.

3/Réponse à la troisième question: 

Le Sahel est pour toutes les grandes puissances, une région d’une importance géo-stratégique de première importance. 
Prenez la carte du monde, à plat ! 
Le Sahel est la bande de territoires qui va des côtes de la Mer Rouge, au Soudan, à l’Atlantique, face aux USA. 
Cette région, zone tampon entre l’Afrique Sub-saharienne et le Maghreb, est l’exact centre du monde, à égale distance de tous les grands pôles stratégiques du monde. 
Exactement au centre. 
C’est le centre du monde « utile ». 

Or, il faut signaler deux très importants facteurs.  

– Cette région, barrage ethnique et géographique entre l’Afrique sub-saharienne et l’occident, en plus de représenter des frontières extérieures de l’Europe, est un potentiel particulièrement prometteur de ressources hydrocarbures, et d’autres minerais stratégiques, dont l’uranium. Les réserves confirmées en feraient un « Moyen Orient » de rechange.

– La Chine, dont le fulgurant « développement » a fait un très grand consommateur d’énergie, convoite très sérieusement le continent africain, et le Sahel en particulier. C’est sa seule alternative, avec les capacités « off-shore », trop couteuses, pour préparer l’avenir, puisque les grands pôles hydrauliques sont pris par ses adversaires occidentaux. L Sahel est pour la Chine la porte d’entrée de l’Afrique. D’où sa forte, et maladroite implication au Soudan.

Or, même si presque personne n’en fait état, une véritable guerre a lieu, depuis quelques années, entre la Chine et l’occident, autour de l’Afrique. 
Les occidentaux font tout et n’importe quoi pour empêcher la Chine de prendre pied sur le continent noir. Et la Chine déploie toutes les stratégies, et des moyens exorbitants, pour forcer le blocus. Les uns et les autres jouent jusqu’à des limites à peine imaginables, sur la très haute corruptibilité des dirigeants africains. C’est une vente à la criée, où le plus corrupteur l’emportera. Pour le moment, la Chine n’envisage pas les options armées. Pour le moment. 

4/ Réponse à la quatrième question: 

Ce point, malheureusement pour les lecteurs, devra être développé un peu plus en détail.
Le plus grand perdant dans cette opération est le DRS. La police politique algérienne, si tant est que la subversion, et le trafic international peuvent être considérés comme de la politique.
Pendant de très longues années, les services occidentaux, y compris la CIA, ont été intoxiqués sur la réelle capacité du DRS, en matière de manipulation des groupes terroristes. 
Par qui ? 
Par des Hauts responsables, sécuritaires et politiques français. 

De très hauts responsables sécuritaires français, qui se goinfrent au râtelier de leurs copains-coquins algériens, et qui ont été achetés très chers, ont donc distillé sur leurs généreux bienfaiteurs des fiches particulièrement trompeuses. 

Les généraux du DRS, particulièrement feu le Général-major Smail Lamari, avait réussi à acheter la collaboration de ces très hauts responsables sécuritaires et politiques français. A un très haut niveau. Et rès cher !

Ceux-ci, qui écrivaient leurs rapports hautement confidentiels sous la dictée, et qui en dictaient eux-mêmes, ont réussi à faire croire à tous leurs collègues occidentaux, que le DRS contrôlait totalement la situation, et même qu’il avait réussi à infiltrer Al Qaida. Une grosse couleuvre.

Ce n’est qu’en 2005 que les Américains découvrirent que si les généraux du DRS avaient bel et bien créé les groupes terroristes qui avaient saigné le pays, et s’il avaient en effet réussi à infiltrer presque tous les mouvements salafistes du monde, y compris l’entourage même de Ben Laden, ils n’en avaient pas moins une démarche résolument mafieuse. Juste mafieuse, où la manipulation pour les besoins de service était tout à fait secondaire. 

Les Américains mirent du temps pour assimiler qu’un Général-Major du DRS était le grand parrain du trafic de cocaïne et de kif, à destination de l’Europe, et qu’il utilisait les services de plusieurs groupes terroristes du GSPC, et de toute une aile du Polisario. Non pas pour infiltrer les groupes terroristes, et avoir barre sur eux, mais juste pour s’enrichir. 

Puis, ils surent que d’autres Généraux algériens patronnaient le trafic de la cigarette de contrebande, en collaboration avec d’autres groupes terroristes. Ils découvrirent bien des choses, que l’Algérien lambda connaissait mieux que le meilleur agent de la CIA à Alger. 

Ces scandales, et de nombreux autres, comme celui de l’improvisation qui déboucha sur le massacre des moines de Tibhirine, permirent de comprendre que les rapports de certains patrons et agents des services français avaient été monnayés, pour surévaluer les capacités du DRS. Les Américains découvrirent que leurs collègues français avaient été tout simplement payés par le DRS.
Le roi était nu. 

Mais comme toute cette supercherie ne gênait pas vraiment les intérêts occidentaux, américains surtout, on laissa courir. A plus forte raison qu’on savait que le DRS contrôlait, peu ou prou, tous les mouvements dits islamistes qui activaient dans le Sahel. Il les avait créés de toute pièce, comme l’AQMI, ou fortement infiltrés, comme Ansar Eddin, entre autres. 

Or, le DRS allait connaitre de profonds bouleversements. Comme ce n’est pas notre sujet, et que nous cherchons à simplifier plutôt qu’à complexifier la compréhension de ces phénomènes, contentons-nous de dire, très simplement , que le DRS perdit à peu près totalement, le contrôle sur ces groupes, et que sa propre cohésion s’en ressentit fortement. 

Le trafic et l’intrusion massive de nouveaux éléments dans la très complexe configuration sahélienne, comme l’importance grandissante d’un clan du Polisario et des narco-trafiquants, ajoutés à une lutte de chiffonniers qui faisait rage au coeur du DRS, avait achevé d’affaiblir totalement l’influence de celui-ci dans la gestion des mouvements terroristes. 

L’intervention française, pour être bien comprise, doit être située dans ce contexte. 
Les services français viennent de se réveiller, et de comprendre enfin que le DRS ne contrôle plus rien, et même qu’ils est tout à fait contre-productif. 

S’il y a un perdant dans cette intervention, c’est bien le haut commandement des services  algériens. Ils vendaient du vent, et on se pressait à leurs guichets. 
Les Occidentaux  ont compris maintenant. Après quoi ?
Ils savent désormais que  les marionnettistes ne sont pas ceux qu’ils croyaient, que leurs experts en affaires terroristes, islamistes, et n’importe-quoitistes sont des charlatans de foire. 

Le rôle de l’Algérie, ou devrais-je dire du régime algérien, parce qu’il y a entre les deux une différence énorme, est désormais de naviguer avec le vent. Louvoyer, miauler, et faire comme si. Fini le temps béni où on faisait promener tout le monde.

D.Benchenouf


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