DzActiviste.info Publié le mar 20 Nov 2012

Interview de FRANCIS PERRIN. Président de Stratégies et politiques énergétiques

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FRANCIS PERRIN. Président de Stratégies et politiques énergétiques

«On ne peut pas écarter l’hypothèse d’une baisse brutale des cours»

Propos recueillis par Melissa Roumadi

Les opérateurs du marché pensent que le marché pétrolier, en particulier en zone Europe-Méditerranée, est actuellement surapprovisionné en brut léger.

Quels sont les facteurs ayant induit cette situation de surapprovisionnement ?

Il est clair que le marché pétrolier mondial en général et la zone Europe-Méditerranée en particulier sont fort bien approvisionnés. L’accroissement de la production pétrolière des Etats-Unis, notamment grâce à l’huile de schiste ou provenant de réservoirs compacts, est un facteur explicatif important de cette situation. De nouveaux approvisionnements – ou sur le point de l’être – à partir de la région de la mer Caspienne en sont un autre. Le fait que la Libye ait quasiment retrouvé son niveau de production d’avant la guerre de 2011 pèse également. La production de brut de l’Irak continue sa montée en puissance.

De plus, il ne faut pas voir cette question que sous l’angle de l’offre, mais aussi de la demande. N’oublions pas que l’Union européenne, deuxième consommateur mondial de pétrole après les Etats-Unis et devant la Chine, est officiellement en récession.

Est-ce que cela pourrait avoir une incidence sur les cours du brut à court et moyen termes ?

Oui, bien sûr, mais… Il est clair qu’une abondance de l’offre a tendance à peser sur les prix dans le sens de la baisse. Néanmoins, la demande pétrolière mondiale reste orientée à la hausse, même si son rythme de croissance est inférieur à ce qu’il était auparavant. Par ailleurs, les inquiétudes sur la situation politique de divers pays au Proche et au Moyen-Orient contribuent à maintenir les prix à des niveaux élevés jusqu’à présent. Le 16 novembre, le brent de mer du Nord a ainsi clôturé à 109 dollars par baril environ pour le contrat de janvier 2013. Cela reste un fort bon prix pour les Etats producteurs et pour l’industrie pétrolière. On ne peut cependant pas totalement écarter l’hypothèse d’une baisse brutale.

Sachant que les raffineurs ont tablé sur une croissance des approvisionnements en pétroles lourds au détriment des pétroles légers, la nouvelle donne du marché ne risque-t-elle pas de remettre en cause les programmes actuels d’investissement en la matière ?

L’industrie du raffinage est assez fragile dans les pays de l’OCDE du fait d’une demande au mieux stable, de surcapacités de production, de marges médiocres dans la période récente et de la concurrence de nouvelles raffineries très compétitives construites au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique latine. Au plan mondial, la demande pétrolière est toujours sur une pente ascendante. Il est vrai que l’afflux sur le marché de pétroles légers peut remettre en question à court terme la rentabilité de certains projets.

Mais il s’agit d’abord de projets de moyen et de long termes et leur intérêt ne peut pas être apprécié seulement au regard des évolutions du marché que nous constatons aujourd’hui. Sur le fond, l’idée consistant à traiter du brut lourd pour mettre sur le marché des produits raffinés légers conserve beaucoup de sens. Elle s’inscrit bien dans de grandes tendances en termes de réserves mondiales et d’évolution de la demande.

En cas de redressement de la croissance économique, ne risque-t-on pas de voir une plus grosse demande sur

les pétroles lourds au détriment des pétroles légers ?

Cela me paraît tout à fait inévitable et c’est la raison pour laquelle il ne faut pas trop extrapoler dans le temps les tendances actuelles, même s’il convient de les étudier de façon approfondie et de procéder aux ajustements qui s’imposent. Cela ne signifie pas qu’il faille changer de direction à 180 degrés.

En tant que producteur de pétrole léger, l’Algérie ne risque-t-elle pas de rencontrer des difficultés à trouver de nouveaux marchés d’exportation à l’avenir ?

La situation n’est pas facile et il faudra en tenir compte en termes de politique de prix. Mais Sonatrach a une très bonne connaissance des marchés et devrait réussir à naviguer dans des eaux agitées tout en tenant le gouvernail d’une main ferme. Nous parlons d’un marché concurrentiel et les acteurs publics et privés doivent constamment s’adapter à des conjonctures nouvelles et parfois imprévues. A moyen et à long termes, il restera fort intéressant pour un producteur de contrôler des réserves de brut léger et très léger. Ce n’est pas une malédiction.

 M.    R.

In El Watan du 20 novembre 2012


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