DzActiviste.info Publié le lun 10 Mar 2014

INTERVIEW DE MEHDI BSIKRI «Barakat !», le mouvement citoyen anti-Bouteflika en Algérie

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1982271_756035437754239_1880438229_nDepuis que le président algérien Abdelaziz Bouteflika a annoncé sa candidature à sa propre succession, des centaines de personnes regroupées au sein du mouvement « Barakat ! » – « Ça suffit » en français – se mobilisent contre ce quatrième mandat consécutif. Le point sur les actions de ce mouvement citoyen avec Mehdi Bsikri, journaliste au quotidien El Watan et membre du mouvement Barakat.

JOL Press : Qu’a provoqué l’annonce d’un quatrième mandat d’ Abdelaziz Bouteflika dans la société algérienne ?

Mehdi Bsikri : Je ne veux prétendre être le porte parole du peuple Algérien, mais ce qui est certain, de mes déplacements à l’intérieur des wilayas, c’est que la population crie son ras le bol. Elle ne veut pas d’une candidature qui traduit la reconduction d’un système qui brime les libertés et qui viole les droits des citoyens. Le peuple algérien dans sa majorité, du moins ce que je récolte comme témoignages et comme appréciation relative à la magistrature de Bouteflika, ne veut plus être considéré comme un sujet. Les Algériens veulent prendre la parole pour dire « stop » à la mauvaise gestion de leur pays, pour dire « non » à la corruption, pour dire « ça suffit » le détournement de deniers publics. Le peuple algérien aspire à vivre dans la dignité et dans la prospérité. Il veut le renforcement légal des institutions et de l’administration, seule option pour la pérennité de l’Etat. Le régime en place a vidé les institutions pour continuer à diriger le pays, au détriment du bien être des Algériens.

JOL Press : Comment se traduit la mobilisation contre ce 4e mandat ?

Mehdi Bsikri : La mobilisation contre le 4ème mandat s’accentue. Elle prend plusieurs formes. Les étudiants, les médecins, les chômeurs, les jeunes, les fonctionnaires, etc, chacun milite à sa façon, mais tout le monde converge vers le refus, pour dire « non au 4eme mandat », symbole de la pérennité du système.

JOL Press : Quelles sont les revendications du mouvement « Barakat » ?

Mehdi Bsikri :  Le mouvement Barakat est un cadre uniquement et purement citoyen. Il est pacifique et patriotique. Nous refusons toute forme de violences. Barakat milite pour un changement radical positif. Il émane de citoyens Algériens qui ne s’attachent pas, une fois dans le mouvement, à des casquettes partisanes. Le mouvement Barakat a tracé les grandes lignes, pour éviter, ou du moins essayer, les dénigrements colportés par les propagandistes bouteflikiens et leurs relais. Un exemple: si des groupes sortent dans la rue pour scander des slogans favorables à Bouteflika, ils ne seront pas inquiétés par les policiers. Dans le cas contraire, les opposants seront interpellés et ne pourront pas se rassembler.

Nous disons « non au système, non à la police politique, non au 4ème mandat ». De ce fait, personne ne pourra nous accuser de quoi que ce soit. Autre détail : nous sommes indépendants. Nous ne sommes liés à aucun parti politique et nous ne soutenons aucun autre candidat à la présidentielle. Ces précisions s’imposent d’elles même, mais nous avons jugés utile de les mettre en relief. Dernier point, nous insistons pour que nos revendications demeurent encadrées dans un cadre algéro-algérien et nous refusons tout financement, qu’il soit local ou extérieur.

JOL Press: Que signifie « Barakat » ?

Mehdi Bsikri : L signification du mot « Barakat », en arabe algérien veut dire « ça suffit ». Le slogan a une référence historique typiquement algérienne. Le peuple algérien, une fois l’indépendance acquise, criait « 7 ans Barakat », suite aux tragiques évènements de l’été 1962, quand deux clans de l’armée, ceux de l’intérieur opposés à ceux des frontières, sont entrés en confrontation

JOL Press : Qui compose et quelles sont les actions menées ?

Mehdi Bsikri :  Le mouvement Barakat est composé de simples citoyens algériens, issus de différents profils, de différentes régions du pays, amoureux de leur pays et conscients des futurs enjeux. Ils sont avocats, médecins, journalistes, architectes, artistes, acteurs, chômeurs, femmes et hommes. Nous ne faisons aucune distinction, ni entre les professions, ni entre les sexes. Nous sommes tous égaux, tous citoyens.  Barakat milite pour la consécration d’un Etat républicain, démocratique et souverain. Le mouvement Barakat veut l’émergence d’une économie nationale solide et efficace, capable de répondre à toutes les demandes des citoyens. Ils interpellent sur les dérives du système. Ils disent qu’il est temps de sauver l’Algérie, car continuer à gouverner le pays d’une pareille manière, ne peut conduire qu’au précipice.

Pour le moment, le mouvement Barakat a organisé deux sit-in en face de la faculté centrale d’Alger, située en plein centre de la capitale. C’était le 1er mars et le 6 mars derniers. « Barakat » prépare également en ce moment un texte qui explique précisément les raisons de notre opposition au système, et de ce qu’il propose comme mécanismes alternatifs pour que l’Algérie puisse sortir de la crise politique

JOL Press : Y-a-t-il un certain fatalisme en politique aujourd’hui en Algérie?

Mehdi Bsikri :    Je ne pense pas. Les Algériens sont très politisés. Ils gardent espoir pour un changement radical dans la sérénité et la quiétude, et savent impertinemment que la propagande du régime est mensongère.

JOL Press : Quelles sont les priorités aujourd’hui en Algérie ?

Mehdi Bsikri : Il existe tant de priorités en Algérie. Tous les analystes indépendants ont exposés les secteurs à réformer et les chantiers à entreprendre en urgence: la justice, l’administration, l’éducation, la santé, l’agriculture, les nouvelles technologies, le logement, les infrastructures culturelles et sportives, les routes, l’accordement au réseau de distribution de gaz, de l’eau et de l’électivité, la préservation de la nature, sont là des points que je présente à tire d’exemple. Il est plus que certain que le système ne doit plus continuer à gérer le pays. Les compétences algériennes, patriotes et intègres existent. Elles ont des propositions modernistes et progressistes. Il reste juste à ouvrir la porte de l’avenir pour une Algérien meilleure.


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  1. Abou Daoud dit :

    Il faut activer dans toutes les villes d’Algérie. BARAKAT de ce Système est le mot d’ordre que tous les Algériens (enes) devraient scander

  2. Walid dit :

    Les deux premiers mandats du président Bouteflika sont marqués par une ferme volonté de « civiliser » le régime. La professionnalisation de l’armée, la mise à la retraite de hauts gradés et la promotion d’hommes neufs, proches du chef de l’État, vont dans ce sens. Mais la répression des émeutes de Kabylie (Printemps noir) entre avril 2001 et 2002 discrédite l’image de l’État. En août 2005, la nomination au poste d’ambassadeur à Rabat du général Larbi Belkheir, ex-directeur de cabinet de Bouteflika, traduit également une reprise en main de l’armée par le pouvoir civil.

    La presse écrite se trouve fragilisée avec l’arrestation de journalistes en 2004 : parmi eux Mohamed Benchicou, directeur du quotidien Le Matin, condamné en juin 2004 à une peine de prison. Quelques mois auparavant, ce dernier publie un livre dans lequel il dresse un portrait critique du président : Bouteflika, une imposture algérienne. Et en 2007 Mohamed Benchicou écrit un autre livre après sa sortie de prison qui est intitulé Les geôles d’Alger et Bouteflika a été vivement critiqué par l’association Reporters sans frontières qui l’accuse de tenter de mettre au pas la presse privée du pays. Bouteflika promettait en 1999 de respecter la liberté de la presse.

    Il est réélu en avril 2004, au 1er tour de scrutin d’une élection multipartite, avec 84,99 % des voix.

    En 2005, nommé président d’honneur du FLN par le 8e congrès du parti au mois de janvier, le président Bouteflika convoque pour le mois de septembre un référendum pour faire adopter un ensemble de mesures dont le but est de « restaurer la paix civile en Algérie ». Il propose ainsi de reconnaître le droit à des réparations aux familles de disparus, d’accorder une forme d’amnistie pour les membres de groupes armés non coupables de massacres, de viols et d’attentats à la bombe et de créer une aide pour les veuves et orphelins de membres de groupes armés tués. Ces mesures prévoient aussi une amnistie complète pour les membres des forces de sécurité (toutes composantes confondues) responsables de graves violations des droits humains (voir art. 45 de l’Ordonnance d’application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale). Depuis toute plainte contre eux est considérée comme irrecevable. L’article 46 de ladite ordonnance prévoit une peine de prison de 3 à 5 ans pour « quiconque qui, par ses déclarations, écrits ou tout autre acte, utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie nationale, pour porter atteinte aux institutions de la République algérienne démocratique et populaire, fragiliser l’Etat, nuire à l’honorabilité de ses agents qui l’ont dignement servie, ou ternir l’image de l’Algérie sur le plan international. »[7] Durant la campagne pour le référendum, menée tambour battant, l’opposition et les familles des victimes ainsi que les associations des Droits de l’homme sont écartées du débat. Les médias restent hermétiques à toute contestation et entretiennent une confusion entre le droit de refuser et la trahison du pays. L’État utilise dans cette campagne tous les moyens matériels y compris les fonds publics pour le seul bénéfice des partisans du président. Ce référendum pose tout de même le problème des personnes disparues, dont le sort ne peut pas faire l’objet d’une enquête indépendante ou internationale. L’opposition critique une mascarade électorale où, selon elle, les résultats sont connus d’avance (97,36 % de oui et 79,76 % de participation, sauf en Kabylie avec seulement 12 % de participation).

    Le 2 mars 2006, il fait fermer les 42 établissements francophones afin de lutter contre la « déviation linguistique ». En juillet 2006, Abdelaziz Bouteflika signe un décret pour gracier les journalistes poursuivis pour diffamation.

    Le parlement algérien vote à main levée, le 12 novembre 2008, la modification de la Constitution (500 oui, 21 non, 8 abstentions). Parmi les changements figure le retrait de la limite de deux mandats consécutifs qu’un président peut exercer.

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