DzActiviste.info Publié le jeu 8 Nov 2012

INTERVIEW EL WATAN

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Le ministre des Finances, M. Karim Djoudi a affiché mardi certaines inquiétudes quant à l’impact de la crise de la Zone euro. Il ne compte pourtant pas revoir la politique gouvernementale en matière de dépense publique. Qu’est ce qui pourrait expliquer le maintien de ce cap malgré une situation qui est plutôt menaçante ?

Kamal Benkoussa (KB):  L’Etat doit jouer un rôle important dans le développement économique du pays mais effectivement on doit s’interroger sur l’efficacité de son action en matière de dépenses publiques, développement économique et de création d’emplois. Malgré les milliards de dollars injectés dans l’économie, la croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) Algérien reste faible (2.6 %). Dans une interview récente, le président Obama confessait que durant son mandat de 4 ans il avait appris une chose importante, un Etat ne se reforme pas si facilement. Utilisant l’image d’un gros pétrolier, il expliquait qu’après avoir déterminé le cap à prendre, la manœuvre pour l’orienter dans la bonne direction prenait du temps. Il ajoutait que peu importe le temps que cela devait prendre, il était impératif d’avoir une vision claire pour l’avenir de son pays et de la partager avec ses concitoyens. En période de crise, il est normal que les leaders politiques expliquent leurs choix et objectifs. Cela permet de rassurer et d’impliquer le citoyen dans la gestion responsable des affaires de l’Etat.  En Algérie, faute d’action gouvernementale structurée et bien définie, on préfère maintenir le même cap au risque de rester dans l’erreur. Ainsi, les résultats escomptés du plan quinquennal 2010-2014 sont aujourd’hui décevants.

 

 Croyez-vous au final que l’Etat soit pigé dans une logique de dépense ?

 KB: L’Etat peut se sentir « piégé » dans une quelconque logique mais l’Algérie, pays riche, n’a que des choix qui s’offrent à elle. Aujourd’hui l’Etat paie le prix d’une gestion catastrophique et laxiste de ses dépenses publiques. Il est donc difficile au gouvernement de changer de fusil d’épaule lorsque les leviers qui permettraient d’adopter un autre modèle économique et de reformer la société en profondeur sont quasi inexistants. En ce sens, oui, l’Etat est piégé dans ce qu’il a toujours fait à savoir dépenser de façon irrationnelle et surtout irresponsable.

 

Quelles pourraient être l’alternative en matière de gestion des réserves et des richesses afin de sortir enfin du modèle mono exportateur qui prévaut actuellement ?

 KB: Il y a un peu plus d’un an cette question m’avait déjà été posée par un journaliste et je crois même me souvenir que c’était vous. Je vous avais expliqué que la crise qui touche l’Europe et les Etats-Unis allait inéluctablement fragiliser l’Algérie. En Aout 2010, dans un  article publié dans le journal Liberté intitulé « La guerre des Mondes » j’expliquais que le monde serait face à un véritable dilemme à savoir mettre en place un programme de relance et créer plus de dette ou au contraire rassurer les agences de notation en faisant de l’austérité budgétaire une priorité au risque d’enfoncer l’économie mondiale dans la dépression. J’avais ajouté que cette crise était une formidable opportunité pour notre pays et qu’elle pourrait nous permettre de rattraper notre retard industriel en nous dotant d’une structure de type Fonds souverain à l’exemple de Singapour, de la Chine ou encore du Koweït. Ces structures de Fonds ont non seulement permis à ces pays d’amortir les effets de la crise (contraction du PIB, chômage, etc.…) mais aussi d’acquérir à bon prix certaines technologies et savoirs faire dont ils ont besoin. Je pourrais rentrer plus dans le détail sur la structure de Fonds dont l’Algérie aurait besoin et comment cela fonctionnerait mais malheureusement une rubrique entière du journal El Watan me serait nécessaire. Alors pour résumer et démontrer la pertinence d’un Fonds souverain en Algérie appuyons nous sur des données empiriques. Je prendrais l’exemple du  Kuweit Investment Authority (KIA) créé en 1953 et dont les dividendes sur investissements ont représenté en 2007 l’équivalent de 40% des revenus d’hydrocarbures du pays. Entre le 22 Aout 2011, jour de la publication de mon interview El Watan, et aujourd’hui, l’indice Standard and Poor’s 500 (les 500 plus grandes sociétés américaines) a augmenté de près de 26% alors que les bons du Trésor Américain offrent un rendement inférieur à 2%.

 

 

Journaliste: Mme Roumadi Melissa


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