DzActiviste.info Publié le dim 8 Avr 2012

INTERVIEW JOURNAL LIBERTE: “Le pétrole, une malédiction pour l’Algérie”

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Kamal Benkoussa : Cette question revient continuellement et on essaie tous, tant bien que mal, d’expliquer d’où viennent ce malaise et cet échec. Il est vain d’entreprendre un semblant d’explication si nous n’admettons pas que nous en portons tous une part de responsabilité. D’une part, nous avons des leaders politiques qui sont totalement déconnectés de la société et du monde de l’entreprise. Il en résulte une mauvaise gestion qui déstabilise fortement l’environnement des affaires de notre pays. D’autre part, notre désengagement de l’action citoyenne a laissé le champ libre à l’irresponsabilité politique de nos gouvernants. En effet, leur gestion des affaires publiques réduit chaque jour encore un peu plus les potentialités qu’a l’Algérie en matière de développement économique. Au-delà de cet aspect économique, le climat politique est tel que la méfiance que nous entretenons les uns vis-à-vis des autres a anéanti tout espoir de cohésion sociale en Algérie. De fait, nous sommes dans l’incapacité de nous entendre et de nous unir autour d’un projet commun et d’une action citoyenne, seule force de changement. Bref, nous avons tous conscience que le problème de l’Algérie réside dans sa mauvaise gouvernance et que tout repose sur la compétence du politique. En effet, nombreux sont les exemples de pays émergents qui disposaient de beaucoup moins de capitaux que l’Algérie, mais qui ont su prendre le chemin de la croissance grâce à de bonnes politiques de développement. Aujourd’hui, nos gouvernants se satisfont de taux de croissance très faibles et s’enorgueillissent d’avoir évité la crise de 2008, alors que c’est grâce ou à cause du sous-développement de son système bancaire que l’Algérie doit son salut. L’absence de véritables institutions bancaires, canal entre l’épargne des ménages et les fonds prêtables aux entreprises (nécessaires à l’investissement), est une fois de plus la résultante de mauvaises décisions prises par nos gouvernants. Notons que sans un système bancaire diversifié et développé, on ne peut concevoir de réelle stratégie de développement économique.

Mais la rente pétrolière y est pour beaucoup ? 

La rente pétrolière y est pour beaucoup certes, mais à mon humble avis, le pétrole est une malédiction dès lors que la gestion des gouvernants est irresponsable. Les lendemains sont incertains, et l’Algérie doit se préparer à une nouvelle ère sans cette énergie fossile. Cela suppose une bonne gestion de nos réserves existantes, mais surtout d’avoir la capacité d’anticiper l’après-pétrole. La malédiction réside donc dans la manière dont la rente pétrolière est gérée et de fait dans le mode de fonctionnement de nos institutions. En effet, tant que le budget de l’état ne sera pas principalement indexé aux contributions fiscales de nos concitoyens, malheureusement nos doléances n’auront jamais l’écoute ou le traitement mérités, et l’Algérie restera gouvernée dans l’irresponsabilité la plus totale. Insensibles aux revenus d’impôts, nos gouvernants ne ressentent pas le devoir de se justifier auprès du citoyen algérien quant à la gestion de nos réserves énergétiques et de l’allocation faite de la rente pétrolière.
En quelque sorte, la société civile est totalement marginalisée de tout processus décisionnel. Je pense que dans l’état actuel des choses, il ne faut absolument rien attendre de nos gouvernants. C’est un constat foncièrement regrettable, car il est primordial que s’instaure en Algérie un véritable dialogue entre l’état et ses administrés si nous aspirons à ce que notre pays devienne une grande puissance économique. Le jour où nos trottoirs seront aussi larges que nos revendications, alors peut-être aurons-nous été entendus !

Qu’est-ce qu’il faudrait faire pour pouvoir déclencher ce cycle de développement ? 

On ne cesse de répéter que le problème de l’Algérie n’est pas son pétrole mais le mode de fonctionnement de l’état et de ses institutions. En effet, au lieu d’encourager l’investissement, l’état entrave le bon fonctionnement de l’économie en jouant un rôle coercitif qui le rend ainsi indispensable auprès des opérateurs privés. Ainsi, ce mode de gestion des institutions de l’état permet à nos gouvernants d’acquérir une certaine crédibilité qui initialement leur faisait défaut.
De fait, tant que l’Algérie ne se dotera pas d’institutions fortes, seules garantes des libertés individuelles (dont celle d’investir librement), la gestion partisane de nos gouvernants restera un facteur d’instabilité économique et sociale. Une réforme de l’état et de ses institutions s’impose donc en Algérie, et il nous faut donc repenser notre modèle de société. Il est temps que l’Algérie soit enfin gouvernée par de véritables esprits visionnaires, capables de définir une stratégie de développement économique claire et articulée secteur par secteur, qui lui permettrait d’entrer dans le 21e siècle.
Ils devront expliquer aux Algériens les objectifs à atteindre dans les 5 à 10 années à venir. Expliquer comment l’Algérie pourrait se doter d’une industrie forte, innovante et exportatrice. Expliquer comment l’état accompagnera en toute confiance l’investissement privé dans divers projets structurants (industrie, sidérurgie, pétrochimie, agroalimentaire, services, infrastructures, etc.). Bref, ils devront présenter à nos concitoyens les différentes options qui s’offrent à notre pays en matière de développement économique et social. Il y a 50 ans, l’Algérie a arraché son indépendance territoriale en payant un lourd tribut, aujourd’hui c’est de son indépendance économique dont il est question.

 

Kamal Benkoussa


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