DzActiviste.info Publié le ven 15 Jan 2016

J’accuse ! Le neveu de Kasdi Merbah répond à Khaled Nezzar.

Partager

nezzar merbahOn ne peut même pas dire de Khaled Nezzar qu’ il soit devenu prolixe depuis un certain temps ; je dirais pour ma part qu’il est devenu bavard et qu’il radote. Le plus grave est qu’il se contredit sans cesse, car il ne maîtrise même plus sa mémoire. C’est une évidence que le menteur a toujours besoin de maîtriser sa mémoire, pour avoir à répéter sans cesse les mêmes mensonges, car lorsque l’on dit la vérité, il suffit de relater les faits tels qu’ils se sont déroulés, sans plus. Nezzar est sans cesse obligé de se surveiller et à la longue, le menteur finit par se trahir, car comme dit un proverbe bien de chez nous : « Al kadhab nessih wou seqssih ! »

C’est ce qu’il s’est passé à de multiples reprises et tout récemment encore avec la polémique née après le décès de Hocine Aït-Ahmed sur la proposition qui lui a été faite d’accepter la présidence de l’État. Il se rend compte, aujourd’hui, qu’il lui est insupportable d’admettre cette vérité, se souvenant que quelques années plus tard, Aït-Ahmed lui fit la remarque, qu’en effet, tout les séparait et que ce qui les séparait le plus était un fleuve de sang.

Nezzar veut écrire l’histoire à sa manière, en occultant les crimes irrémissibles dont il est
responsable et dont il ne peut qu’avoir honte aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle Nezzar multiplie les interventions et les interviews. En fait, c’est devant un juge d’instruction secondé d’un procureur de la république que Nezzar et ses acolytes devront répondre de leurs actes. Cela se fera In Cha Allah, chez nous, quand la justice sera devenue indépendante. Il est permis de rêver. Netfaelou ! Pourquoi pas ?

Au cours de sa dernière interview accordée à Echourouk TV, Nezzar a accablé le FIS en l’accusant d’avoir assassiné le président Mohamed Boudiaf et Kasdi Merbah. Rien que ça ! Comment peut-il se livrer à de telles allégations sans apporter le moindre début de preuve ? Pourquoi lui, qui était aux manettes, n’a-t-il rien fait pour réunir toutes les preuves à même de confondre les assassins et les traduire devant la justice ?

Au cours de cette interview, Nezzar a fini par reconnaître pour la première fois que Merbah devait rencontrer Zeroual et qu’il avait mené des tractations avec les dirigeants du FIS. La réalité est que Nezzar savait absolument tout de ce qu’il s’était passé.

Quant au FIS, il a tout de suite fait savoir qu’il était étranger à cette affaire. La radio clandestine du FIS avait fait la même déclaration et une minicassette audio de l’enregistrement avait été aussitôt glissée dans la boîte aux lettres de la maison familiale à El-Biar. Certains murs du centre d’El-Biar, notamment près de la mairie et au niveau du mur d’enceinte de l’école primaire Paul Bert, étaient recouverts d’inscriptions fraîchement peintes en rouge, disculpant le FIS.

Qamreddine KHERBANE, dans un article paru dans Jeune Afrique, à l’époque des faits, avait
catégoriquement écarté toute implication des islamistes. Anwar Nacereddine HADDAM avait fait une déclaration allant dans le même sens. Curieusement, quelques minutes à peine après l’attentat, Larbi BELKHEIR avait contacté le directeur d’un quotidien national en lui disant qu’une rumeur faisant état de l’assassinat de Kasdi MERBAH circulait en ville et il lui demanda d’appeler sa femme pour s’en assurer …

Nezzar ment encore une fois en prétendant que les tueurs avaient récupéré sa veste, un cartable et son arme de poing. Or, tout cela est faux. Merbah ne portait pas de veste pour la simple raison qu’on était au mois d’août et qu’il était vêtu d’une simple chemise d’été à manches courtes. Il ne portait pas de cartable. Une petite sacoche lui servait à ranger son Smith &Wesson.

De plus, j’ai été le dernier à lui avoir parlé encore vivant et le premier à l’avoir vu mort, quelque minutes plus tard, alors que tout le secteur avait été déserté par la foule. Le choix de la date du changement de gouvernement, nommant celui qui voulait faire changer de camp à la peur, n’est pas anodin. Il coïncide jour pour jour avec cet attentat spectaculaire commis par des tueurs professionnels surarmés dont certains portaient des UZI, comme pour créer une diversion et un écran de fumée.

Il est essentiel de rappeler que ce jour-là, à l’heure de la fusillade, le barrage de contrôle
habituellement fixe avait été levé. J’ai été entendu deux semaines plus tard par un capitaine de la gendarmerie de Rouiba, une audition purement formelle qui ne connaîtra aucune suite. Je n’ai jamais été convoqué au simulacre de procès. De jeunes innocents, des voisins que je connaissais parfaitement avaient été ramassés et accusés à tort. Ils ont été exhibés au JT de 20 heures un mois après l’assassinat pour tromper l’opinion publique en donnant l’illusion d’une enquête menée à son terme avec célérité. Ils finiront par être libérés quelques années plus tard, après que leur innocence fût reconnue.

Nezzar affirme que Merbah devait rencontrer Zeroual et que des documents ont été récupérés sur lui par les tueurs. Ceci est faux. Merbah ne portait aucun document, car il était en villégiature et il se reposait. Il venait d’ailleurs de traiter ses arbres fruitiers auxquels il accordait, comme toujours, le plus grand soin.

Par contre, c’est avec le traître Kaci Abdallah Mohamed alias Chakib, alias Papa Noël, qu’il avait rendez-vous, chez lui à Benzergua, près du lieu du crime (Qahwat Chergui). En effet, ce dernier, voyant que Merbah tardait à venir, s’est déplacé jusqu’à son domicile, pour s’assurer qu’il n’avait pas changé d’avis et que le rendez-vous était maintenu. Ce renseignement capital était destiné aux tueurs.

Kaci Abdallah Mohamed sera récompensé pour cette félonie, en se voyant nommé au CNT (le Conseil national fantoche de transition) poste qu’il occupera jusqu’au premier anniversaire du crime, puisque le 24 août 1994, il sera liquidé à son tour et réduit au silence.

De nombreuses autres personnes civiles ont mouillé dans cet assassinat, connues une à une avec leurs identités complètes. Elles auront à en répondre un jour ou l’autre In Cha Allah. C’est une question de temps.

Les autorités d’alors n’ont mené aucune enquête sérieuse, ce qui est significatif de leur implication.
Certains médias qui se reconnaîtront ont collaboré dans cette forfaiture en relayant et en confortant un discours officiel mensonger. Ni étude balistique, ni autopsie des corps, ni enquête sérieuse, ni audition du père de Merbah n’ont été réalisés. Tout a été bâclé pour en finir avec une affaire jugée encombrante comme celles du Président Boudiaf, de Abdelkader Hachani, Matoub Lounès, Saïd Mekbel et tant d’autres.

Pourtant, la famille Khalef n’a jamais cessé de réclamer la réouverture du dossier en publiant
régulièrement des communiqués à travers certains journaux ou sur les réseaux sociaux. Il est essentiel de rappeler que Merbah venait de rentrer d’une mission officieuse accomplie en France et en Suisse en vue de contacts avec différentes personnalités, devant permettre de trouver une solution à la crise politique grave qui frappait le pays, menacé d’embrasement, ce qui ne tardera pas à se produire hélas, après son assassinat. D’ailleurs, il ne manquait pas de dire, alors, que si une solution n’était pas trouvé rapidement, « on allait voir ce qu’on allait voir ». Je répète ici littéralement ses propos.

Car, Merbah n’était pas homme à rester les bras croisés devant une situation délétère, menaçant gravement l’avenir de l’Algérie et jusqu ‘aux fondements mêmes de l’État. Il est le premier haut responsable à avoir quitté le parti du FLN après s’être rendu compte que rien ne pouvait être changé de l’intérieur. Il est le premier haut responsable à avoir fondé son propre parti politique, afin de pouvoir agir en toute légalité, en ayant les coudées franches et en appliquant un programme politique qu’il avait établi avec une équipe de cadres de valeur. Il n’était pas homme à se terrer chez lui, attendant fébrilement, comme certains, le coup de fil libérateur des Tagarins.

Le jour de son assassinat à 13 : 40 très exactement, il apprit à mon père que les choses s’annonçaient bien et que tout allait rentrer dans l’ordre, In Cha Allah, avant la fin de l’année en cours. Il faut dire aussi que durant son séjour à l’étranger, il avait été en contact téléphonique avec le ministre de la Défense Liamine Zeroual. C’est pour cette raison que j’avais déjà demandé, que le Président Zeroual s’exprimât enfin, au sujet de cette affaire. J’ai même eu à me déplacer à Batna le jeudi 28 novembre 2013 et à me présenter à son domicile pour en discuter. Il était absent ce jour-là, selon ses gardiens. Je leur ai confié un message verbal à lui transmettre avec mes coordonnées pour qu’il me rappelle. Il gardera le silence à ce jour…

Élu président de la république en 1995 avec une confortable majorité, il avait toute la légitimité requise pour mettre de l’ordre dans la maison. Il ne l’a pas fait et c’est dommage ! « La vérité finit toujours par se savoir » dit l’adage populaire.

Avec le temps, les langues se délient et des accusations graves émanant d’officiers supérieurs et même de généraux accablent des responsables militaires de premier plan. En effet, le courageux général Benhadid a déclaré que le général Smaïn Lamari avait, sous ses ordres, l’émir de l’Ouest, Ahmed Bénaïcha.

Nous connaissons, tous, les liens qui unissaient ce général barbouze à Charles Marchiani, Charles Pasqua et Yves Bonnet, entre autres responsables du renseignement français. Le général Benhadid sera mis aux arrêts alors qu’il n’avait que confirmé ce que tout le monde savait. Qui ne se souvient pas de l’affaire du vrai-faux enlèvement des époux Thévenot du Consulat de France à Alger ? C’est aussi, un peu cela, la Françafrique !

Zeroual avait avoué à Louisa Hanoune l’existence d’escadrons de la mort, activant en dehors des institutions légales et au profit de groupes d’intérêts. Quand il était à la tête du MAJD, Merbah avait dénoncé l’existence de voitures banalisées qui mitraillaient certains édifices. C’est ainsi qu’opérait cette faune sans scrupules et sans honneur, qui s’enivrait d’un pouvoir sans limite, faisant la pluie et le beau temps, et ordonnant la mort de celui ou celle qui entravait leur chemin, au nom de la prétendue sacro-sainte raison d’état, comme le révélera plus tard le colonel Samraoui, rapportant une discussion qu’il eut avec Smaïn Lamari. Ces monstres se sont bâti des fortunes colossales qu’ils devront un jour ou l’autre restituer au peuple.

D’autres officiers dont les Capitaines Ahmed Chouchane et Hassine Haroune du MAOL ayant refusé de cautionner l’arbitraire, ont nommément accusé l’actuel patron des services, le général Sahraoui El Bachir, alias Tartag, alias Albombardi, alias Ghoul Ben-Aknoun, d’avoir organisé et exécuté l’assassinat de Merbah et de ses compagnons, obéissant aux ordres de son patron d’alors, le sinistre général Smaïn Lamari, lui-même aux ordres de l’inamovible, débarqué, Toufik. J’ai eu à rapporter cette accusation il y a quelque temps déjà, avant sa nomination, mais aucune réaction n’a été enregistrée.

Pour conclure, il faut dire que cette situation a trop duré et que la vérité doit enfin éclater au grand jour. Les responsables militaires et civils de la tragédie algérienne doivent être identifiés nommément et traduits devant la justice. La vérité doit être connue de tous, aussi horrible soit-elle.

Tous les protagonistes – ayant trop de choses à se reprocher – se rabattent sur les historiens en
attribuant à ces derniers le rôle d’écriture de l’histoire. Les historiens interviennent des décennies après les événements, une fois tous les acteurs disparus, en exploitant des documents d’archives.

Dans la situation actuelle, les acteurs sont vivants et ce sont – non pas les historiens – mais des juges d’instruction qui doivent réaliser ce travail, à charge pour eux de déterminer les responsabilités de chacun. Nous assistons en effet ces derniers temps à une fièvre de l’écriture où chacun écrit ce qui le met en valeur en falsifiant la vérité et en polluant le fonds d’archives. Ces derniers temps, on assiste à un déballage effroyable d’anciens responsables accusant leurs collègues des pires infamies. La réciprocité de ces déballages achève de convaincre le petit peuple que nous sommes, que le pays était aux commandes de voyous qui se crèpent le chignon comme de vieilles mégères.

Pour ma part, j’accuse tous ceux qui détenaient une parcelle de pouvoir durant ces trois dernières décennies, les généraux Toufik, Larbi Belkheir, Smaïn Lamari, Mohamed Lamari, Mohamed Touati alias El-Mokh, Khaled Nezzar, Sahraoui El-Bachir alias Tartag, Liamine Zeroual, Ali Haroun, Réda Malek, Mouloud Hamrouche, Boustilla, Guenaïzia et tant d’autres.

Des parents comme Oum Amine, Hacène Ferhati et tant d’autres ne cesseront jamais d’exiger la vérité et que les corps de leurs disparus leur soient rendus. Les charniers doivent être clairement indiqués et ouverts. Les examens ADN détermineront la parenté. Nous-mêmes ne cesserons jamais d’exiger la vérité au sujet de ce qu’il s’est passé. Dans son appel historique, lancé le 12 juillet 1993, au peuple algérien, Kasdi Merbah avait mis en garde contre les dangers encourus. S’il avait été écouté ou à tout le moins laissé en vie, nous aurions fait l’économie de plus de 250 000 morts. C’est la vérité historique des faits.

Il est vrai que toute vérité n’est pas bonne à dire à chaud, comme l’a si bien dit l’actuel président de la république, mais avec le recul et le temps qui passe, l’heure est arrivée de dire aux Algériens ce qu’il s’est réellement passé, afin que ces événements ne se reproduisent plus jamais. C’est faire oeuvre de pédagogie que de dire la stricte vérité, aussi douloureuse soit-elle. C’est ce qu’attendent les familles de victimes et de disparus, car il s’agit d’une phase incontournable, seule à même de permettre un nouveau départ dans la reconstruction de notre Algérie meurtrie.

Cela dit, je ne me fais pas nullement le défenseur du FIS dont les membres doivent aussi répondre de leurs actes. D’ailleurs certains de leurs responsables, dont Ali Benhadj, ont maintes et une fois fait des déclarations publiques dans ce sens.

L’armée est la colonne vertébrale de la nation et les services de sécurité, toutes branches confondues, sont la vigie assurant une surveillance permanente du territoire et dont le renseignement est à la base de toute action. Cependant, ces services doivent agir exclusivement pour la sauvegarde de la nation et de ses intérêts et en aucun cas être au service d’intérêts étroits, particuliers ou de groupes. Ses éléments ne doivent pas être transformés en nervis de pontes mafieux exécutant au doigt et à l’oeil des ordres insensés. Dans certains pays développés, ces services sont dotés d’une charte claire qui enjoint les agents de refuser d’exécuter un ordre manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public.

Il faut dire enfin, que la première violence commise en Algérie a été l’interruption du processus électoral de 1991 qui équivaut, il faut l’avouer clairement, à un coup d’état militaire. C’est exactement ce qu’a dit, là aussi, l’actuel président. Ce n’est pas se faire violence que de reconnaître sa responsabilité, c’est l’ultime acte de courage salvateur, susceptible d’agir comme une catharsis aux problèmes de conscience qui tourmentent les âmes de tous les acteurs de la tragédie nationale.

Il est temps de dire la vérité !

Alger, 14 janvier 2016
Abderrezak Laïbi,
neveu de Khalef Abdellah, dit Kasdi Merbah.

 


Nombre de lectures: 10434 Views
Embed This

Commentaire



Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>