DzActiviste.info Publié le lun 10 Mar 2014

Je me suis trompé.

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Je pensais franchement que le président Bouteflika n’allait pas briguer un quatrième mandat. Pour des raisons de santé mais aussi pour des considérations éthiques. Trois mandats, ça suffit… J’étais convaincu que l’agitation des thuriféraires et autres zélateurs autour de la candidature du chef de l’Etat participait du seul désir des courtisans de voir leur protecteur continuer à leur assurer la prébende et, sans doute aussi, l’impunité. Faut-il, en effet, rafraîchir les mémoires et rappeler aux uns et aux autres les différents scandales de corruption qui ont émaillé ces dernières années la vie politique nationale?

Je me suis trompé. Force est de constater que le vertige du pouvoir a obscurci la raison et que ni la maladie, ni les considérations éthiques, n’ont constitué l’obstacle. Voilà, c’est fait. Pour autant, ce mandat sera le mandat de trop. Il aggravera la situation de précarité qui prévaut dans notre pays et va, n’en déplaise à ceux qui associent le quatrième mandat à la stabilité, hypothéquer la paix sociale. Au moins parce que la prédation des richesses nationales va se poursuivre et que les inégalités sociales se creuseront davantage.

Le danger pour notre pays ne vient pas du refus de ce quatrième mandat, il vient de l’obstination du clan à vouloir reconduire l’échec des trois mandats précédents. Personnellement, je vois les choses comme ça, si tant est que ce qui est exigé d’un chef d’Etat reste la bonne gouvernance et la construction du bien-être des citoyens. En l’occurrence, le bonheur n’est pas ce qui caractérise aujourd’hui l’Algérie.

Voici un extrait d’une contribution que j’ai publié, au lendemain des législatives de mai 2012, dans le quotidien national d’informations Liberté sous le titre « Pourquoi le pouvoir-FLN n’a pas gagné? ». Je pense qu’il résume la situation sociale dans notre pays et le bilan des trois mandats précédents 

(…) Depuis plus d’une dizaine d’années, la vie semble s’être figée en Algérie. Un gouvernement inamovible, pourtant décrié, et des programmes présidentiels qui se suivent et se ressemblent sans qu’ils aient un réel impact positif sur le destin des citoyens. Seule la misère ne s’est pas arrêtée de galoper ; elle a continué de progresser et d’envahir les foyers. Une cruelle réalité dont sont témoins les nombreux « mouvements d’humeur » observés quotidiennement dans notre pays. Emeutes répétées, grèves, marches, manifestations en tous genres, etc. Les signes d’un mécontentement généralisé qui a gagné tous les pans de la société. Des soubresauts ignorés par les décideurs, quand ils ne sont pas carrément objets de manipulation ou de répression. Un peuple malmené par des conditions d’existence avilissantes imposées par une gestion hasardeuse des affaires publiques et une gouvernance où l’injustice le dispute à l’incompétence et à l’incurie. Le résultat? Une société angoissée qui se défait parce que ses mécanismes élémentaires de régulation se déconstruisent de façon progressive et irrémédiable. Le risque ? La chute des interdits qui fondent l’ordre social et la menace de l’installation définitive d’une situation d’anomie avec la violence qui lui est consubstantielle. Un péril potentiel pour le pays (…)

(…) Ce qui est survenu dans les autocraties arabes ne peut pas, dans un futur proche, ne pas concerner l’Algérie. Tous les ingrédients sont réunis pour y parvenir et, n’était la miraculeuse aisance financière actuelle due au renchérissement du prix des hydrocarbures et le souvenir traumatisant de la violence terroriste et des années de sang, la lame de fond du mécontentement aurait depuis longtemps emporté le régime qui nous dirige et balayé, avec, la caste privilégiée qui vit ostensiblement aux dépens d’une population de plus en plus indigente. De plus, l’environnement économique international n’est, présentement, pas réjouissant. La crise qui s’est emparée de l’espace européen menace l’ensemble de la planète. Un crash financier international et un effondrement des prix du gaz et du pétrole ne sont pas à écarter. Les 200 milliards de Dollars, que les décideurs de ce pays ont thésaurisés dans des banques américaines, n’y feront rien. L’explosion populaire – quand elle adviendra – remettra, alors, en cause jusqu’à l’existence même de la nation algérienne. Au mieux l’Algérie vivra l’instabilité qui prévaut en Tunisie ou en Egypte, au pire elle fera les expériences dramatiques de la Libye ou de la Syrie.

Les citoyens algériens veulent leur part des richesses du pays. Ils veulent aussi plus de considération, plus de démocratie et de liberté. Des revendications humaines et politiques légitimes et des droits constitutionnels que le pouvoir feint d’ignorer. Au lieu de réduire les convulsions sociales récurrentes à de simples jacqueries de la faim, ce dernier (le pouvoir) devrait comprendre ces émeutes comme un désir profond de recouvrer une dignité malmenée, et en prendre acte. Dans tous les cas, il faudra bien, un jour très prochain, entendre cette demande et la satisfaire. Une demande qui est plus que jamais d’actualité et que le pouvoir-FLN sorti vainqueur ( ?) des dernières élections ne pourra pas solutionner s’il persiste dans la fuite en avant qu’il a entamé au lendemain de l’indépendance de la patrie.

La pauvreté et la misère dans lesquelles vivent nos concitoyens – un demi-siècle après la libération de notre pays – n’ont aucune justification et l’indignité qui leur est infligée est inacceptable. L’Algérie est une nation riche, très riche, qui sommeille sur des réserves financières que beaucoup de pays, même parmi les plus développés, peuvent lui envier. Une richesse pourtant sans prospérité parce qu’elle ne profite pas à tous. Il y a trop d’injustice et de privations. Le peuple est depuis trop longtemps bâillonné. Il lui est interdit de s’exprimer et est toujours spolié de sa liberté. Les jeunes sont marginalisés et exclus de la construction de leur destin personnel, et de celui de leur pays, par une gérontocratie qui légitime sa mainmise sur l’Algérie par le truchement d’une supposée appartenance à la famille révolutionnaire et qui ignore que 85% de la population algérienne est née après l’indépendance. Nos jeunes concitoyens ne veulent plus être les otages des étiquettes politiques, des querelles idéologiques et partisanes. Ils attendent, en vain, des pouvoirs publics mais aussi des acteurs politiques de l’opposition des réponses concrètes à leurs préoccupations quotidiennes. Voilà pourquoi les citoyens sont désabusés et qu’ils manifestent de la circonspection et du scepticisme face à toutes les promesses de changement qui leur sont données. Tout est, pour eux, mensonge. Plus personne n’est digne de confiance. Voilà également pourquoi ils se détournent des affaires de la cité et qu’ils ont la certitude que le changement ne viendra ni de l’engagement politique ni des urnes mais que la révolution se fera dans et par la rue. Voilà pourquoi, enfin, majoritairement ils se sont détournés des dernières élections – de toutes les élections – et qu’ils ne sont pas allés, une fois de plus, voter.

Aujourd’hui, les algériens ne sont pas heureux dans leur pays. Ils ne l’aiment plus. Un constat sans appel que l’on ne rappellera jamais assez parce qu’un tel état d’esprit érode irrémédiablement le sentiment patriotique et est, par conséquent, porteur de péril pour la pérennité de la nation. Le véritable souci. Il doit être présent à l’esprit de tous les citoyens et constituer une préoccupation permanente des hommes politiques de notre pays. Ces derniers, en particulier ceux qui détiennent le pouvoir, seraient bien inspirés d’œuvrer – au-delà de toutes considérations idéologiques – à restaurer dans leur dignité les personnes, notamment les jeunes, en leur redonnant l’initiative sur leur destin et en leur permettant de prendre une part active dans la décision politique et l’édification de l’avenir de leur pays. Faute de quoi, le péril se rapproche de la demeure.


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