DzActiviste.info Publié le jeu 10 Jan 2013

Je suis la conscience du peuple.

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Lorsqu’un Algérien se rend en voyage dans un pays d’Europe occidentale, en Amérique du Nord ou au Japon, ce qui l’impressionne le plus, de prime abord, c’est, bien sûr, la prospérité matérielle qui transparaît à tous les coins de rue, dans les immeubles ultramodernes dotés de toutes les commodités nécessaires au confort de l’être humain (air conditionné, ascenseurs, éclairage, etc.), dans l’abondance des produits de consommation, la disponibilité et le bon fonctionnement de tous les services publics, etc. Il comprend que cette prospérité matérielle est le fruit d’un travail acharné et d’une parfaite maîtrise de tous les processus de production, maîtrise rendue possible par le développement scientifique continu et l’application judicieuse de toutes sortes de techniques modernes qui facilitent la vie dans les grandes métropoles et la rendent plus fluide et moins sujette aux aléas de toutes sortes.
Mais après avoir séjourné quelques jours dans une de ces villes, l’Algérien se rend bien vite compte que la prospérité matérielle n’est pas l’élément le plus frappant. Ce qui l’impressionne encore plus, c’est le comportement policé des personnes qui y vivent, la propreté et l’ordre qui y règnent, le respect et la tranquillité, le raffinement et le goût du beau qui se manifestent dans l’architecture, les parcs, les parterres fleuris, etc.
Cet Algérien ne peut manquer de penser alors aux grandes villes de son pays et à tous les fléaux qui y rendent la vie quotidienne quasiment infernale. S’il appartient à la génération de ceux et celles qui ont connu l’Algérie des années 50 et 60, il n’aura d’autre choix que d’admettre que le parcours de son pays s’est fait dans le mauvais sens : au lieu de s’améliorer et devenir de plus en plus raffinés, les Algériens sont devenus, au bout de 50 ans, des être « vils, cyniques et répugnants », égoïstes, indisciplinés, irrespectueux, belliqueux… La liste des épithètes peu élogieux épuiserait tous les dictionnaires.
« Pourquoi? », se demandera alors cet Algérien? Oui, pourquoi cette évolution à rebours? Bien qu’intéressante et importante au plus haut point, cette question ne le retiendra pas longtemps, car une autre le hantera tout de suite après, déclenchant en lui une profonde angoisse, pour ne pas dire une peur panique : « Continuerons-nous à couler ainsi indéfiniment, dégringolant chaque jour un peu plus dans le classement mondial des peuples, jusqu’à nous retrouver à la dernière place, masse informe de rustres et de malfrats, pataugeant à longueur d’année dans la fange et le vice, navigant à vue sur un océan d’indignité, de mensonge, de corruption et de lâcheté, inconscients et insensibles, improductifs et médiocres, impitoyables et rusés, hypocrites et roublards, inconsistants et tricheurs…??? »
El harba tsellek ya lkhawa! Sauve qui peut! Ce pays est maudit!
« Réveille-toi, mon fils, ce n’était qu’un cauchemar! », espère-t-il de tout son cœur entendre la voix de sa vieille maman lui crier à l’oreille. Mais non, aucune voix de vieille maman ne crie. C’est bien la triste réalité.
« Quel malheur! Qu’ai-je donc fait pour naîtredans un pays pareil? », se dira notre Algérien, décidément de plus en plus angoissé, désespéré même. Et vous comprendrez aisément qu’arrivé à ce point, il est mûr pour la harga. Mieux vaut tenter la traversée et prendre le risque de devenir de la nourriture pour poissons affamés que de subir la mort lente dans un pays qui coule, irrémédiablement.
À ce moment-là surgit un idéaliste, du genre de ceux et celles qui fréquentent LQA.
« Hé, doucement, mon ami, el-harga n’est pas la bonne solution », lui dit-il. « En supposant que tu aies une chance du tonnerre et que tu réussisses à passer à travers les filets des gardes-côtes algériens, italiens ou espagnols et à faire un pied de nez aux poissons qui t’attendaient de nageoire ferme, que crois-tu trouver de l’autre côté de la Méditerranée? Tu deviendras un esclave des temps modernes, mon ami. Oui, tu trimeras comme un dingue pour un salaire de misère, dans un boulot dont personne ne veut, affrontant le froid et la froideur des gens, avec la nostalgie du pays qui te taraudera le cœur et le souvenir de ta vieille maman inconsolable qui t’empêchera de dormir. »
– C’est quoi la solution, alors, d’après toi ya Monsieur le briseur de rêves?
– La solution? Se battre.
– Se battre? Contre qui? Mais, je n’ai pas envie de me battre, moi. J’ai envie de vivre. Et puis d’abord, qui es-tu toi? Pourquoi tu me parles ainsi?
– Je suis la conscience du peuple. Je suis le dernier fil par lequel vous vous rattachez encore à l’humanité. Sans moi, vous ne seriez plus qu’un troupeau de moutons qu’on mène à l’abattoir.
– Je ne comprends rien à ce que tu racontes. Ne serais-tu pas un de ces intellectuels de l’opposition virtuelle ta3 el facebook we twitter? Un de ces pauvres losers qui se trouvent à l’étranger et qui se font embarquer illico-presto, manu-militari par la SM dès qu’ils se pointent à Dar-El-Beïda pour assister à l’enterrement de leur vieille mère morte de chagrin. Non, tu ne me feras pas ce coup-là, ya kho. Moi je suis un mâreg, fhemtni? J’en ai rien à foutre de votre changement ta3 el khorti. L’Algérie, je vous la laisse. Hay likoum, je vous fais don de ma part de pétrole et de ma place au cimetière. Je vais me tailler, kho. Tôt ou tard, je quitterai ce pays de fous où il n’y a ni travail, ni logement, ni mariage, ni fiançailles, pas même un petit tour dans un jardin public avec une copine, za3ma, hak ta3ref…
– Je t’ai déjà dit que ce que tu trouveras de l’autre côté, ce n’est pas le paradis dont tu rêves mais une vie d’esclave. Tu ne comprends pas?
L’histoire vous intéresse? Malheureusement, je ne peux pas vous raconter la suite, car je ne la connais pas et je ne peux même pas l’imaginer. Le scénario s’arrête toujours au même endroit : comment faire d’une bande d’opposants virtuels dispersés un peu partout en Algérie et dans le monde, et qui ne se connaissent que sur internet, des opposants réels qui ont un projet, un programme et une organisation et qui arrivent à toucher la masse du peuple et à faire bouger un pays qui est paralysé par la peur et la médiocrité? Comment fédérer toutes ces volontés et les faire tendre vers le même but? Comment les faire sortir de l’anonymat et leur faire occuper les rues et les places, attirant toujours plus de monde, comme une boule de neige qui grossit en avançant? Comment balayer le doute et la peur?
Comment donner au peuple algérien une véritable opposition, lucide et éclairée, courageuse et incorruptible, combative et résolue, une opposition digne de ce nom, capable de tenir tête à la mafia qui a pris possession du pays et qui écrase sans pitié la population de son talon de fer, une opposition capable de combattre cette mafia et de la chasser?

Adel HERIK LQA


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