DzActiviste.info Publié le mer 16 Jan 2013

Kader Farès Affak : « L’exploitation du gaz de schiste est le choix du marché »

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KADER FARÈS AFFAK, FONDATEUR DU COLLECTIF NATIONAL POUR LES LIBERTÉS CITOYENNES, À L’EXPRESSION

« L’exploitation du gaz de schiste est le choix du marché »

Par Wafia ADOUANE – Mardi 15 Janvier 2013

Les associations estiment qu’elles ne sont pas associées au débat sur l’exploitation du gaz de schiste. Kader Farès Affak pose cette question: qui a autorisé l’Etat français à faire de l’expérimentation en Algérie?

L’Expression: Quel regard portez-vous sur le projet d’exploitation du gaz de schiste en débat à l’APN dans le cadre d’une nouvelle loi?

Kader Farès Affak: L’APN entérine ce qui a été décidé. Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a proclamé la fatalité de l’exploitation du gaz de schiste. Le pouvoir se limite à des explications techniques limitant l’échange à des arguments de nature scientifique. Il se déleste des questions politiques, éthiques et économiques qui sont inextricablement mêlées. L’Algérie risque de se transformer en un champ d’expérimentation.

Le mouvement associatif est-il impliqué dans la prise de cette décision qui intéresse tout le monde?

Le mouvement associatif n’est nullement associé, l’idée que la contestation des décisions est attribuée à l’ignorance et à l’irrationalité des citoyens a été mise en avant.

Quels sont les dangers que fait peser l’exploitation de ce gaz sur l’environnement?

On citera les plus connus et qui concernent les écosystèmes sahariens et la santé des populations. Il s’agit, en l’occurrence, des émanations et fuites de gaz et effluents récupérés à la fin de l’exploitation de gaz de schiste. Dans le cas de contamination des ressources hydriques ou nappes phréatiques, cela deviendrait impossible de les dépolluer ou vraiment difficile de faire et ce, uniquement pour certains produits. Les émanations de gaz, comme tout un chacun le sait, contribuent à l’accentuation du réchauffement climatique et ce, pour la simple raison qu’il s’agit de gaz à effet de serre, où déjà notre Sahara est connu pour sa température élevée, donc elle connaîtrait une canicule encore beaucoup plus inquiétante et insupportable. Aussi, la remontée des radionucléides et des bactéries en fouilles depuis des centaines de millions d’années est également très dangereuse puisqu’il s’agit d’organismes (immortels) et de produits radioactifs très nuisibles à la santé humaine. Les séismes provoqués par la fracturation hydraulique sont assez réguliers et de magnitude moyenne, de l’ordre de 4,5 à 5e sur l’échelle de Richter, ce qui induirait une instabilité permanente du sous-sol saharien.

On évoque également des risques sur la santé. Qu’en pensez-vous?

L’Association toxicologie-chimie (France) dans son rapport publié en mai 2011 signale que sur les 2 500 mélanges chimiques retrouvés dans les fluides de fracturation, plus de 650 contiendraient des produits potentiellement nocifs pour l’homme (effet neurotoxique, hématotoxique, hépatotoxique, néphrotoxique, reprotoxique). Parmi ces derniers, 22 sont classés comme cancérigènes dont certains sont à éliminer impérativement, car ils sembleraient être responsables d’effets irréversibles: le benzène, le formaldéhyde, l’oxyde d’éthylène…. D’autres considérés comme préoccupants pour la santé devraient être remplacés par des produits moins toxiques. C’est l’exemple des éthers de glycol, des composés du bore, des formamides….La population exposée est celle des travailleurs sur les gisements et des riverains, avec des pics de niveau de pollution au niveau des sites d’activité extractive. L’étude entreprise dans le Colorado, auprès de 5 000 personnes vivant pour la plupart dans un rayon de 200 mètres autour des puits a conclu à une exposition significative aux polluants.

L’apparition de symptômes, troubles respiratoires, allergies, maux de tête, saignement de nez, spasmes musculaires, étourdissements, diarrhées, ont incité les services sanitaires à des analyses de l’air puis à des analyses de sang dans lesquelles des taux largement supérieurs à la normale ont été signalés; autre fait inquiétant, le décès prématuré de bétail et l’apparition surprenante de pluie d’oiseaux morts. Les investigateurs ont proposé plus de 70 recommandations pour réduire ces impacts, mais le rapport n’a jamais été finalisé du fait que la société d’exploitation contestait les conclusions de ce rapport. L’exposition de l’homme aux agents toxiques se fait au contact de l’eau potable polluée et de l’air contaminé par évaporation des substances chimiques incorporées dans les liquides de fracturation au cours des différentes étapes d’exploitation des gisements. Sont retrouvés dans l’air, des polluants atmosphériques divers: hydrocarbures, NOx, SOx, O3, particules variées….

Si tel était le cas, pourquoi, à votre avis, le gouvernement a-t-il décidé d’exploiter ce gaz?

L’exploitation du gaz de schiste c’est le choix du marché. C’est la logique marchande qui prévaut puisqu’on préfère prendre des risques avec l’environnement plutôt que de développer des énergies renouvelables moins rentables.
Ce choix s’inscrit par ailleurs dans le processus de financement de l’économie nationale. En exploitant le gaz de schiste, le pouvoir fait le choix de développer les gisements d’hydrocarbures pour maximaliser la rente.

Cette rente est transformée en capital placé sur les marchés financiers internationaux (en bons du Trésor américain, entre autres). Il ne s’agit plus de développer une industrie industrialisante et de bouleverser les rapports qui prévalent à la campagne par une révolution agraire, mais de faire grossir les revenus financiers de l’Algérie. Cette année, les placements à l’étranger ont déjà rapporté 4,7 milliards de dollars. Pour les générations futures, le choix n’est ni de laisser une ressource ni un pays capable de produire ce qu’il consomme, mais de leur assurer un matelas financier. C’est un curieux choix de société!

Pourquoi le mouvement associatif observe un silence sur ce projet qu’on s’apprête à faire passer par le truchement du Parlement?

Le silence est dû à l’absence de ce mouvement associatif, ou au moins son inefficacité qui s’explique par les manoeuvres du pouvoir d’intégration et de manipulation par la diffusion la plus large de la rente et aussi par le non-fonctionnement démocratique de ce mouvement.

Que pensez-vous des déclarations du ministre Youcef Yousfi sur le dossier?

Je répondrai par cette question: qui a autorisé l’Etat français à faire de l’expérimentation par rapport aux méthodes d’extraction du gaz du schiste et par la suite son exploitation sur le sol algérien alors que ce même Etat interdit pour le moment son exploitation sur son propre sol?

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