DzActiviste.info Publié le lun 3 Déc 2012

Keltoum, 41 ans, avocate et sans-abri depuis sept ans

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Sans-abri personnes destinées à un avenir et qui, par un enchaînement d’évènements tragiques, se retrouvent au bas de l’échelle sociale.
Ce n’est pas seulement les malades mentaux ou bien les personnes démunies qui peuvent se retrouver du jour au lendemain dans la rue. Les sans-abri sont monsieur et madame tout le monde. Des personnes destinées à un avenir et qui, par un enchaînement d’évènements tragiques, se retrouvent au bas de l’échelle sociale.  C’est le cas de Keltoum N., une jeune femme âgée de 41 ans, native de Bab El Oued. Elle a difficilement accepté de témoigner. Ces personnes sont méfiantes. La vie leur a appris à se méfier de tout et de tout le monde, y compris des personnes qui décident de leur venir en aide. Récit. «J’avais huit ans quand mes parents ont divorcé. Chacun a choisi de refaire sa vie. Je me suis retrouvée sans famille. C’est ma tante qui a eu pitié de moi. Je me suis installée chez elle. Depuis, je n’ai jamais eu de nouvelles de mes parents, comme si j’étais orpheline. Lorsque j’ai eu mon baccalauréat en 1992, ma tante a changé de comportement envers moi. Elle était devenue agressive… elle a tout fait pour que j’abandonne mes études… J’ai réussi  malgré la pression à décrocher mon diplôme d’avocate. J’étais étudiante à la faculté de Ben Aknoun.
Une fois le diplôme en poche, ma tante m’a tout simplement mise à la porte. Les premiers temps, je passais mes nuits dans la cage d’escalier de l’immeuble… certains m’aidaient et m’apportaient à manger, d’autres me laissaient me laver chez eux…  En 2000, j’ai réussi à décrocher un boulot, j’avais cru que c’était fini, mais mon passé et ma situation ont très vite fait de me rattraper, j’étais devenue dépressive, je ne pouvais plus continuer à travailler…»  Keltoum prend son temps elle a du mal à parler… elle est toujours sous calmants. «Voyant mon état, ma tante a accepté de me reprendre. En 2005, j’ai été hospitalisée à l’hôpital Drid Hocine. Une fois sortie, j’ai décidé de quitter définitivement le domicile de ma tante. Aujourd’hui, cela fait sept ans que je suis dans la rue… plus exactement au boulevard Amirouche… En 2008, j’avais quitté la capitale pour les rues de Tiaret et Bouira, croyant qu’à l’intérieur du pays, j’aurais plus de chance de trouver un toit ou un travail… mais en vain… Tout ce que je veux, c’est travailler…»  Keltoum parle difficilement. Elle prend son temps pour reprendre son souffle, et continue son récit : «Vers 23 heures, les services de sécurité nous autorisent à nous installer au boulevard Amirouche, sous les arcades et en face du commissariat central.
Chaque nuit, nous sommes une dizaine de femmes à nous retrouver au même endroit… Malheureusement, cela n’empêche pas les agressions, une fois, j’ai failli être poignardée par un délinquant…» Elle s’arrête. Nous profitons de l’occasion pour lui demander ce qu’elle pense des centres d’accueil. «En 2009, j’ai décidé de rejoindre le centre de Birkhadem… Très vite, j’ai constaté qu’il n’y a aucune sécurité dans ces endroits… Je préfère la rue… Des fois, je vous rassure que la rue est plus clémente que les centres d’accueil».  A la question : «Avez-vous un appel à lancer ?» Elle répond timidement : «Il faut sécuriser les centres d’accueil au moins pour les enfants. Quand il fait froid, les gens ne savent pas que des enfants sont sous les cartons en bas de chez eux… Me concernant, je demande juste une chose, pouvoir travailler… je ne veux pas voler ou agresser pour survivre… je suis avocate… Je suis avocate… ce n’est pas de ma faute si je suis dans la rue…»
Propos recueillis par Zohra Chender
03/ 12 2012 http://www.algerienews.info


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