DzActiviste.info Publié le sam 2 Nov 2013

La belle petite province de Moh blue !

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Ca y est les gars ! Les frères Boutef et les généraux de leur suite ont accepté la proposition que mon ami Abou Kamis et moi leur avons faite. Nous leur avons donc proposé de créer deux provinces en République Fédérale Algérienne. Et ainsi, conformément à la Constitution fédérale, ces deux nouvelles entités  continueront de faire partie de notre pays, mais elles seront dotées de prérogatives et de dispositions qui en feront des provinces totalement autonomes pour tout ce qui concerne leur organisation sociale.

 

Mon ami Abou Kamis et les nombreux disciples qui l’ont suivi ont donc reçu officiellement un territoire grand comme deux wilayates, en plein sud, avec plein de puits de pétrole et de gaz. Comme Abou Kamis est  un excellent gestionnaire, puisque parti d'un simple étal de poulets de chair, il est devenu éleveur, puis industriel, puis grand importateur, il a donc promis de faire de cette nouvelle province un petit Etat de l'Algérie qui fera pâlir d'envie le Koweit et tous ces émirats arabes de pacotille. Cette nouvelle province de la République Fédérale Algérienne portera le nom de "Firdaws taiwan".

 

L’article 1er de sa constitution provinciale stipule que la loi du pays ne sera pas inspirée de la chariaa, mais bourrée de chariaa, jusqu’à ras-bord. C’est exactement en ces termes que cela est précisé. « Echari3aa lel foum ! » Il est précisé tout aussi précisément, que celle-ci sera appliquée dans toute sa plénitude, et dans toute sa rigueur. Sauf pour la zakat, qui tombe en déssuétude, puisque la province étant très riche, et qu’aucun pauvre n’étant prévu, les citoyens seront donc exempts de verser leur « moud de blé ».

 

Le drapeau de la province, le même que celui de la République Fédérale, sera néanmoins frappé en son milieu d’une devise en lettres d’or : « Khoudh ma3tak ellah ! » L’hymne provincial sera tala3a el badro, façon reggae pour empêcher que tout le monde s’endorme lors de l’accueil des personnalités étrangères.  

 

Voici quelques dispositions que j’ai prises au hasard dans la constitution de Abou Kamis, et que je vous livre en vrac, pour que vous vous fassiez une idée, et que vous preniez vos dispositions avant d’y entreprendre un éventuel voyage. La mixité est prohibée dans tous les espaces publics. Même les marchés seront dotés de parties séparées pour les deux sexes. Pareil pour les établissements d’enseignement, de la crèche à l’université. Pareil pour tout d’ailleurs, les bus, les hôpitaux, et jusqu’aux fêtes de mariage, où la seule exception à la séparation sera l’autorisation de la mixité pour les mariés, qui pourront paraitre ensemble durant tout le temps que durera la fête. Le reste du temps, ils pourront se voir, et avoir des relations matrimoniales dans le respect des traditions, à condition d'éviter les familiarités. Trop long à rapporter. Des tas de choses en longueur, avec des circonvolutions artistiques qui finissent toutes par allah.

 

Normalement, si tout marche selon le programme de Abou Kamis, les hommes des générations futures, celles qui auront eu la chance de ne pas avoir subi l’impiété de la RADP, ne connaitront pas d’autres femmes dans leur vie que celles dont la proximité leur est permise par l’islam. Ainsi, par exemple, une institutrice ne peut enseigner qu’à des filles, et un instituteur à des garçons. Et comme Abou Kamis aime bien faire du zèle avec le Bon Dieu, il a décidé que la règle s’appliquera de façon intégrale. Ainsi, par exemple, même si la musique est totalement proscrite, les chansons de louange à Allah, lorsqu’elles sont interprétées par des hommes ne peuvent être écoutées que par des hommes. Et inversement. Pour éviter que le démon ne prenne possession des esprits qui ne demanderaient que ça. Même pour les films, pareil, ils sont interdits, en attendant qu'il n'y ait que des films dont les acteurs ne sont que des hommes, ou que des femmes ! Des films qui seront projetés dans des cinémas pour femmes ou pour hommes. 

 

En tout les cas, pour le peu que j’ai pu lire de cette Constitution, la chose la plus importante dans la vie, sera de préparer l’autre vie. Mais des aménagements sont tout de même prévus pour qu’il y ait de la joie licite, de la bouffe très licite, et des espiègleries polissonnes absolument licites, mais juste pour les hommes, quand ils sont avec leurs épouses. Alors là, riche programme pour El Hadj et les préposées à ses plaisirs. Je n’en dirais pas plus. Je vous laisserai découvrir par vous-même les mâles délices de Firdaws Taïwan !

 

Alors, venons-en à ma province à moi ! Rien à voir avec celle de mon ami Abou Kamis. Toute pauvre la pauvre, et sacrément contente d'avoir eu la chance d'être pauvre. 

Déjà que moi je m’appelle Moh Blue ! Par rapport à mon éternel bleu shangaï, mon cher dengri tout délavé.

 

Pour ma province à moi, une toute petite portion de terre, de mer, et de ciel, je n’ai pas été exigeant, mais tout de même. J’ai insisté pour que nous ayons un petit coin de grande bleue. Une petite plage protégée du vent, entre ciel et vertige.

Tout près de notre capitale, Où toutes les maisons sont en en plain-pied, ou aucun étage n'est toléré, un petit port où les tutoiements des mouettes ponctuent les kcidètes de chaabi au mondol solitaire. Notre capitale est un modeste petit village, où aucune maison ne ressemble à l’autre, toutes construites avec amour et génie, par ceux-là mêmes qui les habitent. Près du môle, un petit bar gentil, peint en bleu roi, pour donner un coup de coude au ciel et à la mer, où tout le monde est régalé de kémias ramenés de la maison, que les clients s’échangent entre apéro et poésie.

 

Ah, j’oubliais. Notre province s’appellera « 3ich tchouf » , notre blason sera un bébé qui se balancera dans le croissant du drapeau, en faisant tournoyer l’étoile rouge avec ses petits pieds. Nous avons beaucoup insisté pour n’avoir aucune ressource naturelle sous nos pieds. Hormis l’humus où nous ferons pousser ce que nous mangerons. Nous avons insisté encore plus pour que jamais sur nos terres ne puisse rentrer un quelconque objet de luxe, ni tous ces objets inutiles, comme les voitures, les bijoux, et toutes ces choses dont se servent les hommes pour écraser leurs frères.

 

Notre seul moyen de locomotion sera le vélo. Et pour nos travaux agricoles, nous nous ferons aider par nos amis les animaux. Mais nous avons conclu un traité de paix avec eux. Jamais nous ne mangerons l’un d’eux. Ils nous donneront leur laine, leur lait, leurs œufs, et nous aideront aux travaux des champs, et de notre côté, nous les aimerons, et nous les traiterons comme des frères. Nous veillerons à leurs vieux jours, et nous les mettrons en terre quand ils mourront, en les pleurant, comme nous le ferions de n’importe qui parmi nous.  

 

Après une très vive discussion, nous avons fini par accepter qu’il y ait deux véhicules dans la Province. Un camion de pompier, et une ambulance.

 

Les meilleurs parmi nous, que nous honorerons chaque année, après les moissons, seront ceux qui nous auront apporté le plus de savoir, de bonheur, de joie, de choses utiles. C’est pour cela que nous lançons un appel à tous les enseignants, les artistes, les paysans, les ouvriers, de venir peupler notre chère province. Nous leur disons avant qu'ils ne viennent que nous les aimerons, que les chérirons, que nous nous sustenterons de leur miel béni. 

 

Ah, j’oubliais encore, le plus important peut-être. Chez nous, le devoir le plus sacré est celui de veiller à ce que nul ne puisse être opprimé. Chez nous, le juge ne peut exercer qu’une seule année. A la suite de laquelle il est orienté vers une autre activité de son choix. Parce que la justice est un fardeau trop lourd pour être porté toute une vie. Parce que chaque jugement doit être précédé de quarante nuits de veille et de reflexion.

 

Chez nous, ceux qui pratiquent leur religion sont respectés, parce qu’ils mettent leur croyance en adéquation avec leurs actes. Aucune parole brutale ne macule leur bouche, et il ne savent chanter que l'amour et le bien. Nous considérons que la religion est un espace sacré, que personne ne peut violer, mais dont les adeptes ne doivent pas la laisser déborder dans la vie des autres, même pour faire le bien. Parce que le mal passe par les bouches menteuses.

 

La femme chez nous est respectée à la hauteur de l’amour que nous lui vouons, pour avoir reçu l’insigne honneur de porter le petit de l’homme, pour sa capacité à l’amour et à la tendresse, pour la douceur de son tempérament, pour sa mystérieuse beauté, pour toute la lumière dont elle nous gratifie chaque jour. Dans tous nos gestes quotidiens, nous la révérons et la sublimons. Lorsque nous l’invitons à passer avant nous, ce n’est pas par une simple routine qui se croit de la galanterie, mais c’est parce que dans le fond de notre cœur, nous savons qu’elle a droit de préséance sur nous. Parce que nous savons que tout ce que nous pourrions lui consentir d’honneurs et de prévenances, nous ne lui rendrions pas le millième de l’amour que sa simple présence offre au monde. Nous la chérissons, parce qu’elle est le rythme de la vie. Ce n'est pas pour rien qu’aucun animal, si ce n’est l’homme, ne brutalise sa femelle.

 

El hassoul, il ne faudrait pas non plus que je fasse trop de publicité à ma province. On voudrait vraiment rester Algériens, mais aussi rester entre nous, une toute petite société de gens simples, connectés sur radio saada, avec un brin de menthe sur l’oreille, et un nuage de bonne humeur au-dessus de la tête.  Chez-nous, pas de frime, pas de prêcheurs fouettards, pas de gens qui connaissent ce qui vous est profitable mieux que vous-même, pas de bling-bling, aucune discrimination, respect et amour à en revendre, y compris pour mèl el aggoun*.

Alors, si vous vous décidez pour notre province, venez à pied, les poches vides, et le cœur plein de joie. 

 

DB

 

Mel el aggoun, littérallement "le bien muet" désigne les animaux. 


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