DzActiviste.info Publié le dim 28 Juil 2013

La chronique du blédard : Père-moniteur au bord de la crise de nerfs

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 25 juillet 2013

Akram Belkaïd, Paris

Dis-donc toi, viens par ici ! Qu’est-ce que je t’ai dit hier, hein ? Tu t’en souviens pas… Je t’ai expliqué qu’il fallait enlever ton bermuda en haut des escaliers, avant même de mettre le pied sur la plage. Regarde ! Maintenant, il est complètement mouillé et plein de sable. Allez, va vite le rincer et ne me le ramène pas avec des algues, d’accord ? Je vais l’étendre. J’espère pour toi qu’il va sécher d’ici tout à l’heure sinon tu te baladeras en maillot en ville. Allez, vas-y !

Et toi, tu attends quoi pour aller me chercher de l’eau ? Bah oui, de l’eau ! Pour mouiller le sable et creuser un trou. Parce qu’au cas où tu ne le saurais pas, pour planter le parasol, on a besoin de ficher le piquet. Hé oui, on n’a pas encore inventé le parasol automatique connecté à internet, mais ça viendra… Allez, prends le seau jaune et va vider la mer. Comme ça, quand le soleil va taper fort, tu pourras venir t’allonger à l’ombre et en profiter pour mettre le bazar dans les serviettes. Hé, fais pas cette tête, je plaisante… Non, non, tu es gentille, c’est à moi de planter le parasol. J’ai pas envie de le voir s’envoler comme hier.

Mais m…, tu vois bien que les serviettes sont dépliées ! Mais pourquoi tu marches dessus alors ? Faut faire attention ! Bien sûr qu’il y a du sable partout, mais c’est pas une raison pour en rajouter. Allez, dégagez tous d’ici. Entrez dans l’eau et mouillez-vous la tête. Et interdiction de revenir ici avant vingt minutes.  Quoi les crèmes ? Vous n’avez qu’à vous en mettre tous seuls. J’en en assez de jouer au peintre. Prenez les aérosols et que chacun en applique à l’autre. Et revenez ici pour que je vous inspecte. Non ! Vous allez vous en mettre, un point c’est tout. Le soleil va cogner dur aujourd’hui. Sinon, je vais encore avoir droit à vos jérémiades : j’ai un coup de soleil ici, j’ai mal là, me touche pas l’épaule… Allez, allez, on s’active.

Ouais, quoi encore ? J’ai eu droit à mon quart d’heure de paix, c’est ça ? Il n’y a pas de vagues et alors ? Non, s’il n’y en n’a pas ici, il n’y en aura pas ailleurs. C’est pas moi qui les fabrique, ces vagues. De toutes les façons, il est trop tôt. Il y en aura dans une heure ou deux, quand le vent va se lever. Bah, en attendant, trouvez autre chose. Allez voir s’il y a des méduses du côté des rochers. Je ne sais pas moi, faites un château de sable. Et pourquoi vous ne jouez pas au beach ? Il y a trois raquettes qui sont encore intactes. Oui, la quatrième, vous l’avez cassée. Je vous ai dit cent fois de ne pas les jeter dans l’eau, c’est comme ça qu’elles s’abiment. Oui ! C’est fait pour jouer sur la plage, pas pour être jeté dans l’eau.

Vous voulez déjà manger ? Il y a de l’eau, du jus, des gaufrettes et des biscuits salés. Mais, bon. Soyez juste un peu discrets. Pas la peine de donner envie aux gens. Pourquoi ? Parce que c’est le ramadan, je vous rappelle. Nooonnn ! On ne mange pas avec les mains pleines de sables. On se rince d’abord, on remplit le seau jaune, on revient, on rince ses pieds, on s’assied sur la natte sans remettre les mains au sol et on mange discrètement. Bon, je vais aller me dégourdir les jambes. Non, personne ne vient avec moi ! Vous restez sages et faites attention aux affaires. Et gardez la natte propre.

Mais… c’est quoi ça !? Je vous ai demandé d’être discrets mais pas de manger en se cachant sous la serviette ! On dirait une burqa à trois têtes ! Allez, c’est juste qu’il faut respecter les gens qui jeûnent et pas se transformer en épouvantails qui mastiquent. Tiens, vous voyez la dame voilée sous le parasol. Ça fait trois heures qu’elle est là sans boire. En vous voyant le faire, elle peut se sentir mal. C’est déjà arrivé. Comment ça, on essaie ? Mais ça va pas ? Non, ça ne m’amuse pas ! Allez, finissez ce goûter et allez nager. Mais, non, il n’y a aucun risque. C’est ça, on ne dira rien à vos mères… Dans l’eau, j’ai dit !

Mais qu’est-ce qui se passe ? Une guêpe ? Et alors, c’est pas la peine de crier comme ça ! Tu viens de réveiller toute la plage ! Tiens, tout le monde nous regarde. Ils se paient notre tronche. Une guêpe, t’es sûre ? Elle t’a piquée ? Non ? C’est déjà ça. C’est parce que vous n’avez pas jeté les packs de jus dans la poubelle. Forcément, le sucre, ça attire ces bestioles. La prochaine fois, il ne faut pas hurler comme ça. Un geste de la main, et c’est réglé, d’accord ? Yakhi tbahdila yakhi !

Et ta cousine, pourquoi elle boude ? Vous vous êtes encore moqués d’elle ? C’est pas gentil. Non, vous gardez vos histoires pour vous. Ça ne m’intéresse pas de savoir qui a commencé. Allez, appelle ton frère et faites la paix avec elle. Tiens, regarde, il commence à y avoir des vagues. Non ! Non et Non ! Vous ne nagez pas jusqu’à la bouée, il y a du courant ! Vous ne dépassez pas les rochers, c’est compris. Et je vais vous surveiller. Si je siffle, ça voudra dire retour immédiat à la maison, compris ?

Quoi encore ? Attend, avant que tu m’expliques, je vais te dire une chose. Juste après qu’on soit arrivé, je me suis installé en me disant que j’allais passer un bon moment. Que j’allais pouvoir lire quelques dizaines de pages. Mais là, j’en suis encore à la page vingt. Comme hier… Et je suis sûr que demain, j’en serai au même point. Ça te fait rire ? Et tu riras aussi si je décide qu’il n’y aura pas de plage demain ? J’ai l’air de plaisanter ? Bon, qu’est-ce que tu voulais me dire ? Comment ça, il y a trop de vagues ?
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