DzActiviste.info Publié le dim 22 Avr 2012

La chronique du blédard : Une campagne électorale bien décevante

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 19 avril 2012
Akram Belkaïd, Paris

Ce dimanche 22 avril, on saura donc quels seront les deux candidats (ou candidates, même si la probabilité est moindre) qui s’affronteront au second tour de l’élection présidentielle française. Il va sans dire que les soupirs de soulagement seront nombreux et cela n’aura rien à voir avec la qualification de tel ou tel favori ni avec l’élimination de tel (ou telle) épouvantail… En réalité, le premier tour achevé, la moitié du chemin aura été accomplie et cette campagne électorale calamiteuse sera enfin proche de son dénouement. Bien sûr, il faudra encore subir l’entre-deux tours, une période qui n’est jamais sereine et où la surenchère électorale battra son plein. Mais, tels les chevaux qui sentent l’écurie, celles et ceux que les joutes politiciennes accablent sauront trouver la patience nécessaire pour tenir jusqu’au soir du 6 mai prochain, date du second tour.

Quelle campagne… Quelle pitoyable campagne. De l’ennui, des excès dans la démagogie, le populisme et le mensonge. Des promesses débitées en rafales et dont tout le monde sait bien qu’elles ne seront jamais tenues. Une course à la petite phrase assassine, à la formule lapidaire dont on espère qu’elle fera date. Des médias, notamment la télévision, qui ne savent plus quoi inventer pour transformer ce rendez-vous démocratique en spectacle permanent où les sondages quotidiens sont censés relancer le suspense et mobiliser l’attention des électeurs. Il ne manquait qu’un concours de chant (ou de claquettes) réunissant les dix candidats pour atteindre le comble du ridicule et du sensationnalisme. Cela viendra un jour, peut-être en 2017, quand les télévisions se sentiront suffisamment forte pour l’imposer.

Outre son caractère très convenu – ah, ces spots officiels qui auraient pu être diffusés en noir et blanc -, cette campagne frappe surtout par l’incapacité de ses acteurs à se projeter vers l’avenir en ayant le courage de dire que l’état du monde exige d’importantes transformations et remises en cause. Bien sûr, l’écologie a été présente dans les débats mais de façon mécanique. On en parle parce qu’il faut en parler, tout comme un dirigeant politique français se doit d’inclure les mots liberté, république, laïcité, dans ses discours. Pour autant, les programmes des principaux candidats sont basés sur le postulat d’un monde en bonne santé, sans inégalités et aux ressources naturelles infinies.

Aucune réponse ou ébauche de réflexion n’a été apportée à ceux qui disent et répètent que le statu quo est intenable, que le niveau de pauvreté est intolérable, que le développement fulgurant des pays émergents combiné au train de vie soutenu des pays développés est en train d’assécher les ressources du globe, que les prix des hydrocarbures ne vont pas diminuer de sitôt, que les réserves en eau potable sont en train de chuter et que la grande majorité des écosystèmes est menacée. On le sait, il ne faut pas faire fuir l’électeur en agitant le spectre d’une crise de la civilisation moderne, mais tout de même ! Ce n’est pas de l’avenir de l’ours blanc dont il s’agit mais bien celui de l’humanité.

Début janvier, l’association La Vie Nouvelle qui édite le trimestriel Citoyens organisait ses rencontres annuelles avec des thèmes de réflexion dont auraient pu s’emparer les candidats à la présidentielle française. Voici les questions posées qui attendent des réponses et des réflexions de la part de ceux qui prétendent diriger un pays dont l’évolution peut encore influer sur ses voisins européens et méditerranéens : «Quelles sont les conditions nécessaires pour réussir la transition écologique et énergétique ?», «Sur quelles bases construire une société ayant pour objectif un emploi de qualité pour tous ?», «Comment proposer une alternative à la politique migratoire actuelle, réaliste humainement et économiquement, promouvant la libre-circulation des personnes?», «Comment, par l’Europe, le politique peut-il regagner du pouvoir sur l’économie et la finance en conservant et développant nos valeurs sociales et démocratiques pour un développement éco-compatible partagé avec le Sud, et en s’ouvrant au monde ?» et «Quelle réforme fiscale faut-il adopter pour une équité sociale, en dégageant des marges de manœuvres pour l’Etat et les collectivités locales ?».

Il existe aussi une autre initiative majeure qui aurait pu servir de plate-forme de discussion pour les candidats à commencer par ceux qui se sont avérés incapables de formuler un programme cohérent, se contentant d’effets d’annonces suggérés par des experts en communication pour qui les électeurs ne sont rien d’autres que des clients à manipuler. Il s’agit du Pacte civique conçu par plusieurs acteurs de la société civile française et dont l’objectif est de «renouveler le vivre-ensemble et rénover la qualité démocratique» (*). «Etre créateurs de sens», «être sobres pour économiser les ressources, vivre de façon solidaire et distinguer l’essentiel du superflu», «être justes pour assurer le respect des droits fondamentaux pour tous et le partage des richesses», «être fraternels pour n’oublier personne et mobiliser les capacités de tous», voici certains des impératifs de ce Pacte qui entend soutenir l’adoption de réformes répondant à ces exigences. Autant de lignes de force pour des programmes que l’on attend encore.

En rêvant un peu, on peut se dire que le contenu de ce pacte et ses objectifs auraient pu contribuer à hausser le niveau des débats et des discours. Au lieu de ça, il y a eu des arguties sur la viande halal ou sur le coût du permis de conduire. A chaque époque ses politiciens, dira-t-on. C’est effectivement le cas et la campagne électorale aura montré que la classe politique française n’a peut-être pas les moyens (ni l’envie ?) de prendre la mesure du défi de changement de société et de modèle de développement qu’impose un ordre du monde finissant.

(*) http://www.pacte-civique.org 



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