DzActiviste.info Publié le ven 22 Juin 2012

La chronique économique : Petite pause pour le baril de pétrole

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Revoici donc le baril de pétrole sous la barre des 100 dollars. Certes, ce n’est pas une décrue considérable puisqu’il se maintient au-dessus de 96 dollars à Londres. Pour autant, cela place les prix de l’or noir à leur plus bas niveau depuis dix-huit mois et cela relance les discussions concernant l’évolution à court et moyen terme du marché pétrolier. Il existe à ce sujet plusieurs hypothèses mais la plus répandue est que cette baisse modérée devrait durer encore plusieurs semaines en raison de la conjoncture mondiale.

DE NOMBREUX FACTEURS BAISSIERS

Il est vrai que le contexte économique ne favorise pas une hausse des cours. En Europe, la croissance est au plus bas et de nombreux pays sont confrontés à une grave crise de finances publiques. Aux Etats-Unis, la situation est moins grave mais de nombreux signaux – dont la hausse récente du chômage – démontrent la réalité du ralentissement de l’activité. Tout cela a un impact négatif sur la demande en pétrole et il est donc normal que les prix de l’or noir baissent. De plus, de nombreux investisseurs se détournent du marché pétrolier en raison de l’appréciation du dollar étasunien, monnaie dans laquelle sont libellées les transactions pétrolières (cette hausse du dollar est due aux doutes sur l’avenir de l’euro).

Un autre facteur baissier réside dans l’arrivée massive, sur le marché physique, du pétrole de schiste («oil shale »). C’est le cas notamment aux Etats-Unis où l’Etat du Dakota du nord – principal lieu d’exploitation de ce type d’hydrocarbure – est devenu la seconde source de production pétrolière derrière le Texas mais devant l’Alaska. 
Cette émergence du pétrole de schiste – conjuguée à la montée en puissance du gaz de schiste – n’est pas un phénomène anodin. Cela offre aux Etats-Unis mais aussi à d’autres pays consommateurs, une diversification importante. Il est encore trop tôt pour dire si le pétrole de schiste va contribuer à rééquilibrer la répartition de la production mondiale (42% sont assurés par les pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole – Opep) mais une chose est sûre : le marché sait qu’à l’avenir, le pétrole de schiste pourra compenser en partie la diminution de la production du brut classique.
Enfin, circonstance suffisamment rare pour ne pas être évoquée, la géopolitique influe aujourd’hui à la baisse sur les marchés pétroliers. Ainsi, la crise du nucléaire iranien n’est-elle pas dans une phase aiguë.      Les pourparlers entre Téhéran et les pays occidentaux ont repris tandis que l’annonce d’un éventuel retrait de la vie politique du président Mahmoud Ahmadinejad en 2013 alimente les supputations sur un rapide règlement du différend entre l’Iran et la communauté internationale.
En tout état de cause, les primes de risque pour le passage du détroit d’Ormuz ont diminué ce qui, de manière mécanique, a un effet baissier sur les prix du pétrole. Par ailleurs, l’entrée en vigueur, le 1er juillet prochain, de l’embargo européen sur une partie des exportations pétrolières iraniennes a déjà été intégrée par le marché et ne devrait pas engendrer de hausse significative des cours (cela d’autant que le rebond de la production irakienne permet de compenser les effets de cet embargo).

UN MARCHE HAUSSIER A TERME

Mais l’équilibre du marché pétrolier reste fragile. Malgré l’émergence du pétrole de schiste, l’essentiel de l’approvisionnement de la planète continuera de dépendre de zones plus ou moins instables à commencer par le Golfe et l’Afrique de l’ouest. Cela signifie que la moindre crise politique aura des conséquences immédiates sur les cours du brut d’autant que des zones de production, plus stables sur le plan politique, comme la Mer du nord ou le Golfe du Mexique, ont commencé à décliner.
En clair, il ne devrait pas se passer trop de temps pour que le baril ne repasse la barre des 100 dollars. A moins que les géants de l’Opep ne s’engagent dans une course effrénée à la production. Ce qui est une autre histoire…

Le Quotidien d’Oran, mercredi 20 juin 2012
Akram Belkaïd, Paris
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