DzActiviste.info Publié le dim 30 Déc 2012

La «Cité interdite»

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L’année 2012 se termine avec son lot d’atteintes aux droits humains, d’arrestations arbitraires, du refus de manifester dans un climat politique et social qui a comptabilisé plus de 10 000 émeutes à travers le territoire national. Des militants arrivent toutefois à se regrouper pour faire entendre leurs voix. Alger est en réalité une «Cité interdite» depuis que Ali Benflis a signé, en 2001, la loi interdisant les marches dans la capitale.

La société civile, celle qui ne se nourrit pas de la semoule du pouvoir, tente d’occuper l’espace public, en vertu des articles de la Constitution algérienne qui garantissent cette liberté.

A qui appartient l’Algérie, lorsque le syndicaliste autonome, Yacine Zaïd, se voit menotté, tabassé au niveau d’un barrage à Ouargla et trimballé dans un 4×4 blindé, alors qu’il voulait rejoindre la ville de Hassi Messaoud pour régler une affaire personnelle.

L’arrestation et la présentation devant le juge du jeune blogueur, Tarek Maâmeri, 23 ans, qui ne fait que dire ce qu’il pense sur Youtube, sont la parfaite traduction de la violation de la liberté d’expression. Un jeune qui donne son avis sur la gestion de l’Etat constitue pour les officines un danger pour leur pérennité.

En mai dernier, Abdelkader Kherba est poursuivi en justice et jeté en cellule juste parce qu’il voulait soutenir des greffiers qui avaient organisé un sit-in. Et même lorsque Kherba est appuyé par d’autres activistes, ils sont à leur tour poursuivis pour attroupement non armé. Notons dans ce sillage que chaque mercredi les familles des disparus, mères, enfants, frères et proches, qui demandent la vérité et la justice, sont bousculées et empêchées de s’adresser aux officiels. Quid de l’affaire Mellouk Benyoucef, le premier à avoir rendu public le scandale des magistrats faussaires et des faux moudjahidine. La justice n’a cessé de le tuer dans l’âme pour le décourager. Echec ; il décide aujourd’hui de poursuivre son combat pour la vérité. Et ce jeune douanier, Rachid Aouine, qui a dénoncé la vente du gaz algérien sans que la douane ne comptabilise l’exportation. Il est radié en cette fin d’année de son poste. Mais lui aussi, il maintient le cap pour affronter l’injustice. Quant au jeune Mohamed Baba Nadjar, qui croupit dans une prison à Saïda, il n’arrive toujours pas à arracher son droit pour la réouverture de son procès, alors que c’est un droit constitutionnel. Il est condamné à perpétuité, mais du fond de sa cellule, il meurt à petit à feu et clame son innocence, car accusé d’un meurtre.

Lorsqu’ils ne sont pas arrêtés en pleine rue, sans motif et sans justificatif, comme c’est le cas avec le porte-parole du CNLC ou le représentant des travailleurs des pénitenciers, les militants actifs sont harcelés de jour comme de nuit par des appels téléphoniques anonymes, histoire des les intimider. Les auteurs de ces appels ne savent pas que cela les encourage à résister.

Ce n’est pas le ton de liberté dont jouit une certaine presse qui peut faire oublier les innombrables atteintes aux droits humains que subissent les militants, les défenseurs des droits de l’homme, les syndicalistes, les couches défavorisées de la société et surtout les citoyens vivant dans les zones rurales et enclavées. Ces derniers, qui continuent à vivre dans des conditions qui ne diffèrent pas du XIXe siècle, ne trouvent pas de tribune pour s’exprimer ni de porteurs de voix pour extérioriser leurs peines.

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