DzActiviste.info Publié le jeu 8 Mai 2014

La complainte des trottoirs sans piétons

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khobzaSalim METREF

Note de l’auteur : Cet article a été publié une première fois en août 2013

 

Les trottoirs d’Alger sont  tristes et anémiques. Ils rapetissent  et s’écroulent sous le poids de mastodontes polluants qui les occupent, les écrasent,  les piétinent et en chassent  les piétons.
Les piétons d’Alger qui déambulent sous un soleil de plomb dans des rues sans lune, sans trottoirs et sans noms ne savent  plus  où  mettre les pieds, n’ont plus de places où flâner ni encore moins où battre le pavé.
Les pavés d’Alger qui appartiennent à l’histoire, aux poètes et aux révolutions sont engloutis par les chaussées qui préfèrent s’enrober de bitume carnassier.
Les chaussées d’Alger s’épaississent, prennent de la hauteur, narguent les trottoirs, les annexent et les phagocytent.
Les trottoirs d’Alger se réduisent  comme une peau de  chagrin et subissent les assauts conquérants de rutilantes rugissantes. Tout y passe. Bus, bennes, camions de police et de livraison.
Parfois les piétons d’Alger osent la chaussée mais pas pour très longtemps. Les ogres métalliques qui roulent des mécaniques les en chassent immédiatement.
Alors il arrive que de vénérables piétons soient fauchés mortellement même dans leurs derniers retranchements. Surtout les plus insouciants. Personnes âgées et innocents petits enfants.
Les trottoirs d’Alger meurent de mort lente. Mais les routes d’Algérie tuent vivement.
Alors de grâce, braves roulants, allumés du bocal et accros du  volant, épargnez la vie de nos enfants.
Les rues d’Alger dament  le pion aux trottoirs  qui  n’accueillent  plus de  piétons,  non  plus de raison  ni  de vocation.
Alors, halte à l’amputation ! Et vite, vite, restituez les trottoirs aux enfants qui apprendront  eux  aussi à damer le pion  à des chauffards sans foi et sans nom et à battre le pavé de temps en temps. C’est aussi dans l’air du temps !


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