DzActiviste.info Publié le dim 10 Mar 2013

La face cachée de Mohamed Raouraoua : un parcours atypique et une fortune aux origines douteuses (1ère partie)

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Il est « l’homme fort » du football algérien. Il est si puissant que personne n’ose se mesurer à lui ne serait-ce que pour jouer le rôle de lièvre à l’élection de la présidence de la plus importante fédération sportive. Jeudi, devant un parterre  qui lui était totalement acquis, il décrocha son troisième mandat à la tête de la Fédération Algérienne de Football par un vote à main levée et des applaudissements nourris. Un plébiscite. Président de la FAF, voilà un poste qu’il ne lâchera pas pour tout l’or du monde. Un poste où il est seul maître à bord. Il n’a de comptes à rendre à personne. Ni cour des comptes ni ministère de tutelle ni justice. La FAF est son royaume. Il en fait et y fait ce qu’il veut.  Il est beaucoup mieux que le Président de la République. Il est le « tout puissant » El Hadj Mohamed Raouraoua.
 
­­« Ana, kbiiiir… » (je suis très grand) répétait Mohamed Raouraoua à l’un de ses proches dans sa luxueuse villa de Moretti achetée pour une bouchée de pain (deux cents mille dinars soit vingt millions de centimes) rasée et reconstruite en six mois par les Chinois qui ont réalisé l’hôtel Sheraton à Staouéli.
Il se voit grand parce qu’il a « envoyé le président dormir tranquillement en faisant sortir dans la rue 35 millions d’Algériens fêter la qualification de l’EN au mondial 2010» susurre-t-il à qui voulait l’entendre s’expliquer sur cette puissance qu’il manifeste avec dédain à la face de quiconque voudrait lui apporter la moindre contradiction ou lui contester le moindre bout du pouvoir qu’il s’est arrogé dans le monde du football. Il ne manque pas de s’approprier le retour à la paix civile et réduire les réalisations du président Bouteflika à une qualification à la phase finale de la coupe du monde de football sur laquelle l’un de ses sbires installé au Qatar jettera, tout récemment, le doute en insinuant que les matchs ont été combinés et que tout le mérite revient à Raouraoua qui a acheté les arbitres et les matchs de qualification.  Car dans la logique du président de la FAF tout se vend et tout s’achète. 
 
Une fortune aux origines douteuses
Certaines facettes de sa personnalité rappellent quelque peu Moumen Rafik  Khalifa, ce jeune milliardaire qui a bâti sa fortune sur le bluff et la magouille tout en profitant de l’opacité du système de gouvernance du pays. A la différence de Khalifa qui a beaucoup fait dans le bling-bling, et en homme mûr et averti, Mohamed Raouraoua sait se faire discret. Il n’étale pas de signes de richesse malgré une fortune qui se compte à coups de centaines de milliards. La tour de Bab-Ezouar, à elle seule, est évaluée à plus de six cents milliards de centimes. 
Sa fortune, Hadj Raouraoua, comme il aime se faire appeler  (il a fait le pèlerinage plus d’une dizaine de fois, paraît-il), il l’a construite durant les années du terrorisme. Les années 90’. Période propice pour beaucoup de gens qui ont flairé le bon coup en profitant de certaines opportunités qu’offrait la situation qui prévalait au pays. En bon opportuniste, et ce n’est pas péjoratif, l’actuel président de la FAF a su se faire des relations tous azimuts pour se faire d’abord une place dans la périphérie du pouvoir politique, au milieu des années quatre-vingts, une période qui a vu la médiocrité s’ériger en système. 
C’est ainsi qu’un chauffeur s’est retrouvé conseiller à la présidence de la république et un bagagiste devenu ambassadeur. C’est dans la logique des choses qu’un placeur dans les salles de cinéma se  trouve propulsé à la tête de la télévision publique, la chaîne unique. En quelque sorte, Mohamed Raouraoua est passé du grand écran au petit écran après avoir fait escale dans une direction du ministère de la Culture qui avait sous sa coupe les salles de cinéma. Un parcours dont le moins qu’on puisse dire est ce qu’il y a de plus simple. 
D’ailleurs, Mohamed Raouraoua ne quittera pas le domaine de l’information et de la culture en se voyant nommer PDG de l’ANEP, une entreprise étatique sous tutelle du ministère de ce même département. Le placeur du cinéma Dounyazed et de la salle Le Mouggar a le vertige. Il ne s’imaginait pas monter si haut, lui qui ne possède ni bagages intellectuels ni une grande compétence.  
Pour se frayer son chemin dans la haute société il investit dans le relationnel. C’est son fort. Se servir et se faire servir. Il sait se montrer courtois, aimable et sympathique quand il le faut et avec qui il le faut. Tout comme il sait être arrogant, hautain et méprisant allant jusqu’à couvrir d’injures son interlocuteur qui ne pèse pas lourd sur l’échiquier social.
Certes, on peut se faire des relations pour se hisser à des postes de responsabilités dans l’administration. Mais, se constituer une fortune tout en étant fonctionnaire de l’Etat cela ne peut se faire sans outrepasser certaines règles et sans enfreindre certaines lois. Sinon, comment expliquer la fortune que s’est constituée Mohamed Raouraoua ? Ceux qui le connaissent et qui connaissent son parcours concerne sa colossale fortune en disent des choses. Nous n’oserons pas les reprendre à notre compte nous préférons les ajourner en attendant leur confirmation. Cette enquête n’a pas pour but de jeter l’opprobre sur le président de la FAF mais juste de révéler sa véritable personnalité tant il est un homme public qui occupe des fonctions qui exigent de lui une probité morale irréprochable, même si ce n’est pas le cas de tous les responsables algériens à quelque niveau soient-ils.
 
Quand le terrorisme favorise les affaires 
Selon des sources proches d’El-Hadj Raouraoua, sa fortune a pris naissance avec la fabrication de l’améliorant de la farine alors qu’il était PDG de l’ANEP. Durant la même période il achète au prix fort un terrain de 300 m2 à Hydra (pas loin de l’Ecole Nationale d’Administration) sur lequel  il construit une villa qu’il louera plus tard à l’ambassade d’Arabie Saoudite avant de la louer à la banque NATEXUS. Certaines sources disent qu’il avait fini par vendre cette villa à cette banque qui loue, aussi, quelques bureaux à la tour de Bab-Ezzouar. 
Une fois ses affaires lancées, il quitte l’ANEP pour se consacrer à elles et se libérer des contraintes de la fonction publique. On est au milieu des années quatre-vingt-dix. Le pays sombre dans la spirale terroriste. La mort rode partout. Des cadres, des intellectuels, de paisibles citoyens tombent quotidiennement. La seule préoccupation des gens est comment sauver sa tête et échapper à la faucheuse. Personne n’ose investir ou entreprendre quoique ce soit. De son côté, l’Etat consacre tous ses moyens à la lutte antiterroriste et ferme les yeux sur tout ce qui s’assimile à la fraude et à la corruption. Pratiquement il n’y avait plus d’Etat. 
Il faut être vraiment futé pour penser à investir. Et des futés, il y en avait en Algérie. Parmi eux, Essi El-hadj Raouraoua. Il était, comme beaucoup d’autres, visionnaire. Il savait qu’un jour ou autre la paix reviendra et les affaires reprendront de plus belle. Il faut savoir les mettre sur rails tant que les autres sont paralysés par le phénomène du terrorisme. Comme beaucoup de « visionnaires » Hadj Raouraoua allait investir dans ce qui marchait le plus et qui était, à l’époque, très en vogue : l’import-export. Plutôt, l’import-import. Puisqu’il n’avait rien à exporter d’un pays ravagé par l’état de guerre qu’imposait l’hydre terroriste.
 
On l’appelait « Hadj farina »
Il commence à importer de la farine en profitant de la levée du monopole de l’Etat sur le commerce extérieur. Alors que l’ancienne entreprise étatique ERIAD le limitait dans l’achat des quantités de farine pour la fabrication de l’améliorant, avec sa société d’importation il peut acquérir tout ce dont il a besoin. Mieux encore, il ouvrira une boulangerie industrielle à Garidi (Kouba) sur les hauteurs d’Alger et vérifiera à son profit ce que signifie le dicton « ça se vend comme des petits pains ». 
Au-dessus de la boulangerie il fait de l’appartement acquis un cabinet de cardiologie dont se servira sa fille. L’appartement en question a été acquis comme un logement social. Et selon les proches du président de la FAF, il a bénéficié de cinq appartements dans la wilaya d’Alger qu’il aurait vendues. Une information qui reste à vérifier. D’ailleurs nous regrettons le refus de Hadj Raouraoua de collaborer dans la réalisation de cette enquête. Il n’a pas jugé utile de donner suite à notre demande pourtant bien réceptionnée par sa secrétaire à la FAF qui a signé l’accusé de réception. Toutefois, les colonnes de « Mon journal » et de « Jaridati » lui restent ouvertes pour confirmer ou infirmer et corriger les informations recueillies auprès de personnes qui le connaissent que trop bien.
Cependant, la plus belle des affaires du patron de la FAF est incontestablement la tour de Bab-Ezzouar dont une bonne partie des locaux sont loués à l’opérateur de téléphonie « Nedjma », -sponsor de l’Equipe Nationale de Football- et à la banque NETAXUS dont il serait actionnaire selon certaines sources. Cette tour est construite sur un terrain que lui avait vendu Rachid Marif, le président d’honneur du Mouloudia d’Alger et actuel ambassadeur d’Algérie à Rome. Pressé de rembourser un crédit contracté auprès de la banque KHALIFA au moment de sa liquidation, M. Marif a vendu son terrain à Mohamed Raouraoua (il l’aurait inscrit au nom de l’un de ses fils). Pour la construction de la tour, il est fait appel à l’entreprise égyptienne ARAB CONTRACTORS qui avait bénéficié du marché de la réalisation du siège de la FAF financé par la FIFA. Le même entrepreneur égyptien bénéficiera, également, du marché de la réalisation de la partie annexe du centre technique des Equipes Nationales de Sidi Moussa.  Le suivi des travaux de ce centre est assuré par le fils d’El-Hadj Raouraoua même s’il n’a aucune qualification en bâtiment comme l’affirment nos sources.
Pour l’anecdote, Samir Zaher, le président de la Fédération Egyptienne de Football avec lequel Raouraoua était entré en conflit allant jusqu’à lui refuser de serrer la main est un des actionnaires d’ARAB CONTRACTORS et une grande amitié le lie à son homologue algérien. Une amitié teintée d’argent et d’affaires.
 
Des biens à l’étranger comment les a-t-il acquis ?
La fortune de Hadj Raouraoua n’a pas de frontières. Plusieurs sources concordent à dire qu’ils possèdent beaucoup de biens à l’étranger dont un hôtel à la Mecque, un autre à Marseille et deux appartements à Paris. Des informations que nous publions sous toute réserve en espérant un démenti du concerné. Un démenti que nous ne souhaiterons pas voir remis en cause par des documents que fourniraient ses contradicteurs pour prouver l’existence de ces biens.
Si l’acquisition d’une fortune en Algérie peut s’expliquer par le réseau de relations tissé par le président de la FAF et par l’absence de contrôle de l’Etat en période de terrorisme, il n’en est pas de même à l’étranger. Pour acquérir des biens il faut avoir les moyens financiers. Sachant que Mohamed Raouraoua n’a jamais exercé une quelconque activité susceptible de lui offrir les moyens nécessaires à l’investissement dans l’immobilier, il y a fort à parier que les rumeurs ayant circulé au sujet de sa nomination en qualité de commissaire de l’année de l’Algérie en France en 2005 ne sont pas dénuées de fondements.
A cette époque, Hadj Raouraoua n’occupait aucune fonction dans le secteur étatique. Il venait de rompre avec la fonction publique pour se consacrer à ses affaires privées. Sa présidence de la FAF n’a aucune relation avec le secteur étatique. Nommer un chef d’une entreprise privée pour gérer les deniers publics en devises dans une manifestation qui se tient à l’étranger et qui consomme un énorme budget ça ouvre toutes grandes les portes à toutes les spéculations et supputations. L’acquisition de biens à l’étranger par un homme qui est supposé n’avoir aucune activité lucrative en dehors des frontières nationales doit interpeller la justice si cela se confirme. Ceux qui ont désigné M. Raouraoua commissaire de l’année de l’Algérie en France doivent bien des explications à l’opinion publique. 
Ce ne sont pas les cadres qui manquent au ministère de la culture pour faire appel à un patron issu du secteur  privé et dont les qualifications en matière de culture ne sont pas avérées et ne font pas de lui un personnage incontournable.
 
Et qu’en est-il du football ?
Comme nous venons de le voir, Hadj Raouraoua, même s’il n’est pas le bon capitaine d’industrie comme on en voit en Europe, il n’en demeure pas moins, qu’il a réussi à faire prospérer ses affaires et à se constituer une fortune colossale malgré le peu de disponibilité que lui laissent ses activités à la FAF, à la CAF, à l’UNAF et à la FIFA. Qu’en est-il de sa gestion du football et quelle a été sa contribution au développement du football algérien si développement y en a ?  C’est ce que nous verrons dans la 2ème partie de cette enquête que nous publierons dans notre édition de demain.
Une enquête de Hichem ABOUD
 
Pour la réalisation de cette enquête, nous avons adressé un courrier avec accusé de réception à Monsieur Raouraoua afin de nous livrer sa version ou du moins apporter les éventuelles corrections concernant les informations relatives à son parcours professionnel, sa fortune et sa gestion des affaires du football algérien. Jusqu’à l’écriture de ces lignes, nous n’avons reçu aucune réponse à notre correspondance. Cela ne nous empêche pas de lui laisser les colonnes de notre journal ouvertes pour tout rectificatif ou mise au point ou autre éclairage sur cette personnalité publique.
 


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